Aline était une vraie chance, je voulais sincèrement qu'on soit ensemble, ce n'était pas que sexuel, elle avait ce petit plus que les autres n'avaient pas, mais, je n'ai pas su éloigner Sarah suffisament tôt, et je n'ai pas empeché le micro-séisme qui nous a détruit. J'aurais du me méfier de ma colocataire, je n'aurais pas du coucher avec elle rien que pour son cul, je n'aurais pas du être autant égoïste et obsédé.
Aline ne s'en remettra pas de sitôt : Il est maintenant trop tard pour s'excuser, et trop tôt pour se faire pardonner. J'ai besoin d'une pause, de quitter cet univers pesant, de partir loin d'ici. Je comprends maintenant la conversation que j'ai eu avec Alexandra à Rennes, la première fois que nous nous sommes rencontrés : elle me parlait de New York comme du paradis, et j'avais du mal à partager ses idées, je ne comprenais pas que l'on puisse tomber amoureux d'un lieu sans y avoir jamais mis les pieds auparavant. J'avais besoin de voir pour croire, de vivre pour ressentir, je ne fantasmais sur rien ni sur personne : je voulais du concret sinon rien.
J'ai désormais compris que l'on ne part sans raison à l'autre bout du monde : on s'y rend pour fuir sa petite vie, ses ennuis, ses emmerdes, ses tracas, ses soucis, ses problèmes. Avec un billet d'avion aller-retour, on met entre parenthèses ses histoires pendant quelques jours de vacances. Avec un aller simple, on efface tout ce qui nous embrume la tête, on prend le temps de se ressourcer pour une durée non déterminée. Il me faut cela : tout supprimer, recommencer à zéro, ne plus avoir d'ex petite amie prête à tout pour me pourrir la vie, chercher de nouveaux amis sincères avec qui tout partager et un travail dans lequel je serai épanoui. Les départs sont pleins de promesses, comment ai-je pu ne pas y penser avant ? Alexandra avait raison.
J'ai préparé, sur un coup de tête, mon sac de voyages, j'y ai mis du linge propre pour quelques jours, ma carte bleue, mon passeport, mon appareil photo, un cahier avec de quoi écrire et une brosse à dents. Arnaud n'est pas à la maison, je n'ai personne à qui dire au revoir. Je laisse un message sur la table, adressé à mes colocataires : "Ne vous inquiétez pas, je reviens dans quelques jours ou semaines, je ne sais pas encore. Je pars en vacances, on se revoit bientôt". Je claque la porte d'entrée, je sors de l'immeuble, et je me dirige vers le métro le plus proche.
Je n'ai aucune idée d'où je vais, et pour combien de temps, je fais confiance à mon instinct : de toute façon, à part la Belgique, je n'ai pas mis les pieds ailleurs qu'ici. New York est peut-être un peu cher, surtout pour un avion qui partirait au dernier moment, mais pourquoi pas ? Et l'Espagne, l'Angleterre, l'Italie, les Pays-Bas, la république tchèque, la Russie, le Japon, la Suisse, l'Inde, la côte d'azur, les Alpes, l'Alsace, la Réunion, les Seychelles, les îles Fidji ? Peut-être que dans cinq minutes Aline va m'appeler, acceptera mes excuses et je stopperai mon délire pour la rejoindre. Peut-être dans une heure, je serai dans un train, un avion, en partance pour l'étranger. Peut-être que dans quelques jours, j'aurai trouvé mon paradis, dans quelques semaines la femme de ma vie et un job intéressant et peu contraignant. Peut être que dans quelques mois, je serai comblé par ma nouvelle vie. Peut être que demain, enfin, ce sera bien.
FIN
que deviens tu ?
RépondreSupprimer