samedi 6 février 2010

Dimanche 31 Janvier

J'ai écrit des centaines de textos à Aline, dans lesquels je lui implorais de me donner une seconde chance. En trois jours, je n'ai pas eu une seule réponse, je ne lâche pas mon téléphone une seule seconde, attendant impatiemment qu'elle me contacte. Je fais glisser mon doigt sur l'écran de l'iphone et j'observe les numéros défiler sur mon téléphone, je me force à ne rien envoyer à Clara, à Sara l'espagnole et Anna. Je n'ai pas assuré, elles étaient toutes biens dans leur genre, j'en ai eu des opportunités pour leur plaire, et au final, je les ai toutes délaissées, par peur ou par bêtise. Je suis un romantique, certes, j'ai besoin de me sentir désiré mais j'ai tellement peur de m'engager, de rendre les relations sérieuses : j'en ai envie, mais cela m'effraie tellement ! Je vois Arnaud, heureux comme un pape, je l'envie, je suis incapable d'être aussi naïf, de me laisser porter par le courant sans jeter un oeil devant, craignant d'être une nouvelle fois déçu, et derrière, par peur de voir s'éloigner d'incroyables opportunités d'être encore plus heureux.
Aline était une vraie chance, je voulais sincèrement qu'on soit ensemble, ce n'était pas que sexuel, elle avait ce petit plus que les autres n'avaient pas, mais, je n'ai pas su éloigner Sarah suffisament tôt, et je n'ai pas empeché le micro-séisme qui nous a détruit. J'aurais du me méfier de ma colocataire, je n'aurais pas du coucher avec elle rien que pour son cul, je n'aurais pas du être autant égoïste et obsédé.
Aline ne s'en remettra pas de sitôt : Il est maintenant trop tard pour s'excuser, et trop tôt pour se faire pardonner. J'ai besoin d'une pause, de quitter cet univers pesant, de partir loin d'ici. Je comprends maintenant la conversation que j'ai eu avec Alexandra à Rennes, la première fois que nous nous sommes rencontrés : elle me parlait de New York comme du paradis, et j'avais du mal à partager ses idées, je ne comprenais pas que l'on puisse tomber amoureux d'un lieu sans y avoir jamais mis les pieds auparavant. J'avais besoin de voir pour croire, de vivre pour ressentir, je ne fantasmais sur rien ni sur personne : je voulais du concret sinon rien.
J'ai désormais compris que l'on ne part sans raison à l'autre bout du monde : on s'y rend pour fuir sa petite vie, ses ennuis, ses emmerdes, ses tracas, ses soucis, ses problèmes. Avec un billet d'avion aller-retour, on met entre parenthèses ses histoires pendant quelques jours de vacances. Avec un aller simple, on efface tout ce qui nous embrume la tête, on prend le temps de se ressourcer pour une durée non déterminée. Il me faut cela : tout supprimer, recommencer à zéro, ne plus avoir d'ex petite amie prête à tout pour me pourrir la vie, chercher de nouveaux amis sincères avec qui tout partager et un travail dans lequel je serai épanoui. Les départs sont pleins de promesses, comment ai-je pu ne pas y penser avant ? Alexandra avait raison.
J'ai préparé, sur un coup de tête, mon sac de voyages, j'y ai mis du linge propre pour quelques jours, ma carte bleue, mon passeport, mon appareil photo, un cahier avec de quoi écrire et une brosse à dents. Arnaud n'est pas à la maison, je n'ai personne à qui dire au revoir. Je laisse un message sur la table, adressé à mes colocataires : "Ne vous inquiétez pas, je reviens dans quelques jours ou semaines, je ne sais pas encore. Je pars en vacances, on se revoit bientôt". Je claque la porte d'entrée, je sors de l'immeuble, et je me dirige vers le métro le plus proche.
Je n'ai aucune idée d'où je vais, et pour combien de temps, je fais confiance à mon instinct : de toute façon, à part la Belgique, je n'ai pas mis les pieds ailleurs qu'ici. New York est peut-être un peu cher, surtout pour un avion qui partirait au dernier moment, mais pourquoi pas ? Et l'Espagne, l'Angleterre, l'Italie, les Pays-Bas, la république tchèque, la Russie, le Japon, la Suisse, l'Inde, la côte d'azur, les Alpes, l'Alsace, la Réunion, les Seychelles, les îles Fidji ? Peut-être que dans cinq minutes Aline va m'appeler, acceptera mes excuses et je stopperai mon délire pour la rejoindre. Peut-être dans une heure, je serai dans un train, un avion, en partance pour l'étranger. Peut-être que dans quelques jours, j'aurai trouvé mon paradis, dans quelques semaines la femme de ma vie et un job intéressant et peu contraignant. Peut être que dans quelques mois, je serai comblé par ma nouvelle vie. Peut être que demain, enfin, ce sera bien.


FIN


Samedi 30 Janvier

J'ai appelé Eric plusieurs fois, il n'a pas décroché. Je lui ai laissé des messages, lui disant que c'était urgent, que j'avais besoin de son aide. Quand nous étions copains comme cochons, en quelque sorte avant qu'il rencontre Alexandra, il ne me laissait jamais sans nouvelle bien longtemps. Ke savais que dans les quinze minutes qui suivraient mon coup de fil, il allait me répondre. C'est fou cette relation que nous avions, si fusionnelle, cette amitié que je pensais bêtement éternelle. Je me voyais déjà le témoin à son mariage, et raconter en plaisantant comment nous nous étions par hasard rencontrer dans un bar, tous les deux désespérés par ces filles qui nous en faisaient déjà baver. Je ne pensais pas que notre amitié était si fragile, et qu'une seule demoiselle aurait pu nous séparer.
Désormais, Eric ne met plus un quart d'heure pour me répondre. Il met bien plus de temps. Cela fait deux jours que j'attends qu'il me réponde.
Je reste enfermé dans ma chambre, je n'ai ni ouvert la porte ni les volets depuis vendredi soir. Cela peut paraître excessif, mais je me sens démoralisé : cela fait cinq mois que j'ai quitté Anna et que j'ai rejoint la capitale pour conquérir le coeur des parisiennes et enfin être dans une relation sérieuse. Rien n'a marché, parfois à cause de mes doutes et de mes égarements, souvent sans le faire exprès. J'ai toujours essayé de faire de mon mieux, mais cela n'a jamais marché, et pire, je me sens encore plus seul qu'il y a un an, quand j'ai débarqué ici : Mon colocataire et Eric me quittent pour une fille, j'ai rendu triste et inconsolable la fille que j'étais prêt à aimer, et je partage mon appartement avec une personne qui a sciemment détruit mon couple.
Je ne dors plus depuis plusieurs jours. Mon sommeil est agité, j'ai la désagréable sensation de ne plus rien contrôler, il m'est impossible de fermer l'oeil, mon lit me rappelle ma douloureuse rupture, comme si Sarah avait laissé une trace indélébile de son corps et de son odeur sur la couette et les draps. J'ai essayé de changer de place, de dormir sur le fauteuil du salon, mais j'y redoutais de croiser ma colocataire en petite tenue, le sourire narquois, fière de sa vengeance, satisfaite de me voir plus bas que terre. Je ne peux plus vivre ici, il est vital pour Sarah et moi que je m'en aille au plus vite.

Vendredi 29 Janvier

Un bloc de feuilles blanches, un marqueur rose, un ticket de caisse provenant de la cantine, deux paquets de chewing-gums entamés, une missive d'un syndicat dans lequel on se scandalise des salaires des patrons, une calculette pour bigleux, avec les touches aussi grosses qu'un sous-bock, un rouleau de scotch neuf, des copies de contrat dont j'étais en partie responsable, et d'autres documents, des impressions d'e-mails, des aide-mémoires, des post-it jaunes et un manuel d'instructions de Windows XP, dont je ne me suis jamais servi. Mon bureau est jonché d'objets tous plus inutiles les uns que les autres. C'est un peu triste, mais tout ce que je vais garder de cette expérience professionnelle tient dans mes poches, le reste finira au fond de la poubelle. Je prends les chewing-gums, le stylo quatre couleurs et je dérobe la clé USB que mon précédent chef m'avait gentiment prêté. C'est tout.
Pour fêter mon départ (officiellement, je démissionne pour "raisons personnelles"), j'ai offert un petit apéritif, malheureusement sans alcool, à tous ces gens qui gravitent autour de moi, que j'appelle par leur prénoms et dont je ne sais absolument rien de leur vie privée. David, le grand brun à lunettes, qui semble timide et renfermé, que fait-il de son temps libre ? Et Thomas, le petit blond pince sans rire, a-t-il une petite amie si mignonne que j'aimerais l'emprunter ? Quelles sont ses passions, ses gouts, ses convictions politiques ? Je n'en sais strictement rien, et c'est pareil pour chacun d'entre eux : il a fallu que je les réunisse tous dans une petite salle de pause pour que je me rende compte qu'aucun de mes collègues de travail n'allait me manquer. Je n'ai crée de lien affectif avec personne ici présent, et pourtant, tout le monde me sourit, lève son verre et me souhaite une bonne continuation. J'ai même eu droit à un discours dithyrambique par un de mes supérieurs, tellement hypocrite que je n'ai pas pu m'empêcher de rire quand il a déclarait que mon absence se ressentirait à chaque instant. Oui, il a dit ça. Nous avons du discuter, en cumulant tous ces petits instants à la machine à café, moins de vingt minutes ensemble. Et je suis à ses yeux quelqu'un d'indispensable : quelle chance il a que le ridicule ne tue pas.
Au loin, Cédric est confortablement assis dans son bureau, lisant une revue spécialisée dans les voitures et les jolies femmes pas très distinguées. Il n'a pas dédaigné venir nous rejoindre, malgré mon invitation : mon départ est bien le cadet de ses soucis. Le plus étrange, c'est qu'il a beau être totalement irrespectueux envers moi, j'ai tout de même de l'estime pour lui, car il est bien le seul, ici, à ne pas être un insupportable hypocrite qui ne remarque mon existence que lorsque j'amène au bureau du Coca et des gâteaux au chocolat.

dimanche 31 janvier 2010

Jeudi 28 Janvier

Je me devais d'être présent ce matin au travail, Cédric voulait me voir en tête à tête, pour, j'imagine, me passer un savon. Rappel des faits : lundi dernier, je n'avais absolument pas été attentif durant une de ces stupides réunions, et mon impatience et ma lassitude l'avaient particulièrement exaspéré. La veille, j'avais perdu la confiance de ma petite amie et je n'en avais pas dormi de la nuit. j'étais exténué, je n'avais plus dormi depuis plus de 24 heures : mes paupières étaient lourdes, ma bouche pâteuse, mon crane me faisait un mal de chien, des cernes, épais de plusieurs centimètres se dessinaient le long de mes yeux. J'aurais préféré rester dormir chez moi, mais il m'était impossible d'annuler le rendez-vous malgré mon extrême fatigue. Je suis arrivé un peu en retard dans son bureau, je m'en suis excusé.
Cédric me dévisagea immédiatement : "Stéphane, t'as une mine affreuse. Tu devrais arrêter de picoler, ça commence à se voir !". Il a commencé par entamer les hostilités, ce n'était vraiment pas le moment : la vengeance d'Aline avait encore laissé une marque au fer rouge sur mon corps, je ressentais toujours cette brulure vivace, qui n'était pas prête de s'estomper.
"Je suis désolé d'être fatigué", dis-je, "mais cela n'a rien à voir la drogue ou l'alcool. C'est juste que ... j'ai mal dormi, voilà tout".
Il me répondit d'un ton sec et menaçant : "Je m'en fous de tes histoires, de ta vie en dehors du boulot. Moi ce que je veux, c'est que tu sois au top ici ! Lundi, quand tu m'as accompagné au bilan, tu m'as foutu la honte à bailler, tout le monde t'a vu, comment je peux être crédible après ? Je ne veux plus jamais que cela se reproduise, d'accord ?"
Il m'intimidait physiquement, en me poussant du bout du doigt. Son objectif était clair : je devais me taire, rentrer dans le rang, et rester son assistant personnel qui n'avait pas le droit à la parole, ce que j'avais pris l'habitude d'être depuis quelques semaines. J'ai cette image de gendre idéal, qui sourit et plaisante, qui ne fait pas de vagues et qui sait se faire apprécier en toutes circonstances. En apparence, j'ai l'air d'un mec bien. En apparence. Je ne suis pas impulsif : je suis un fervent partisan de la politique de l'autruche, je sais parfaitement me faire oublier. Mais, ce matin, revirement de situation : Les pleurs d'Aline, sa main qui me repousse, ses yeux qui m'évitent, tous ces douloureux souvenirs qui virevoltaient dans mon esprit depuis plusieurs heures avaient exacerbé ma sensibilité. Je n'ai pas su me contenir, je me suis rebellé et j'ai balancé à mon chef tout ce que j'avais sur le coeur. "J'en ai marre de ce boulot de merde, je me sens creux, vide, inexistant. Je ne fais rien de mes journées, je ne suis là que pour des raisons purement esthétiques, et cela me pose problème."
"Et alors ?" m'a-t-il répondu, "il en faut bien des gens comme toi ! Tu étais mauvais quand tu faisais ce pour quoi tu avais été embauché, je t'ai recyclé dans un autre poste, plus dans tes capacités."
J'étais vexé d'être pris pour un incapable : "Mes capacités, c'est de me taire et de sourire ? Mais, bordel, je suis pas une potiche qui se dandine au salon de l'auto ! J'ai fait des études, je suis capable d'exercer le métier auquel j'ai été formé !".
Il exprima le fond de sa pensée d'un air totalement méprisant : "J'ai vu tes résultats avant que j'intervienne, tu étais vraiment minable, incapable. Crois moi, c'était la meilleure chose que j'avais à te proposer."
Les voix se sont élevées, je me suis plaint de ma situation, il s'en fichait éperdument. Je ne l'avais jamais trouvé aussi arrogant et cynique que lors de cette altercation : il n'attendait qu'une seule chose, que je fasse l'erreur de demander ma démission. Je l'ai faite. Il m'a demandé de confirmer mes dires par écrit avant demain soir et m'a proposé de quitter l'entreprise dès la semaine prochaine. J'ai acquiescé sur-le-champ.

Mercredi 27 Janvier

J'ai tenu la main d'Aline jusqu'à l'appartement, je l'ai lâchée pour y chercher mes clés dans la poche de ma veste. Elle a enroulé ses bras autour de ma taille, m'a poussé contre le mur en bas de mes escaliers et m'a embrassé passionnément. J'aime les filles entreprenantes,celles qui me montrent ce qu'elles veulent, ce qu'elles ressentent, celles qui attaquent, qui ne se retiennent pas, celles qui agissent, qui n'hésitent pas à se lancer, qui n'ont pas peur de l'échec. Nous sommes entrés à l'intérieur, nous avons posés nos vestes sur le porte-manteau, j'ai attrapé de nouveau sa main et nous nous sommes dirigés vers ma chambre. J'ai allumé la lumière, et, en un instant, mon monde s'est écroulé tel un château de cartes. La joie qui nous avait jusqu'alors envahi, a laissé place au dégout, à la honte, à l'irrespect, au mensonge, à la tromperie. Sarah m'avait promis qu'elle ne dormirait plus jamais dans mon lit, visiblement elle m'avait menti. Son corps entièrement nu, ses fesses blanches rebondies, ses cheveux qui tombaient sur sa nuque, ses seins aplatis contre le matelas, cette magnifique créature que j'avais su apprécier en temps voulu, a détruit tout ce que j'avais entrepris avec Aline. J'ai baissé ma tête, posé ma main devant mes yeux, espérant que ce spectacle n'ait jamais existé.
Sarah me dit d'une voix suave, sans se retourner, et donc sans remarquer la présence d'Aline : "Ah, Stéphane, je m'impatientais. Viens me rejoindre s'il te plait, j'ai envie de toi contre moi". La blessure venait à peine de s'ouvrir qu'elle y jetait des poignées de sel dessus. Dans ce cas là, face à l'évidence, comment faire croire à sa bien aimée que tout ce que j'avais dit était vrai, que j'avais été honnête et sincère, que ma colocataire m'avait piégé, que j'étais peut-être déjà amoureux d'elle. J'ai essayé de la retenir par le bras gentiment, mais à sa place, je me serais tellement senti bafouée et humiliée. Aline s'est enfuie de l'appartement et m'a claqué la porte au nez, je l'ai suivi quelques mètres dehors, je ne savais plus quoi lui dire pour qu'elle arrête de pleurer, elle me plaisait tellement, je voulais absolument pas la perdre, j'ai tout tenté. Elle s'est arrêtée quelques mètres plus loin et m'a dit, des sanglots dans la voix : "Mais pourquoi tu as tout foutu en l'air ? Pourquoi ? Je croyais que tu étais bien, je me suis encore fait avoir, putain, mais j'en ai marre ! Vous êtes tous les mêmes, sans exception, tous des connards qui pensent qu'avec leur bite ! "Je me suis rapproché d'elle pour la serrer dans mes bras, elle m'a repoussé fermement. Elle a conclu notre discussion par cette phrase, qui résonne encore en moi : "Je ne veux plus jamais entendre parler de toi. Maintenant, laisse moi, sors de ma vie."
Je ne l'ai pas empêché de partir. Je suis retourné chez moi en trainant des pieds, j'ai rejoint Sarah, qui entre temps, s'était rhabillée et m'attendait sagement au salon.
Je la regardais, j'étais plein de haine, je me retenais pour de pas devenir violent et incontrôlable : "Mais, pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi tu as détruit mon couple ? J'avais des sentiments pour elle, putain !". Je criais, j'étais menaçant. Sarah prit son temps pour me répondre : "Et moi, je n'avais pas des sentiments pour toi, peut-être ? C'est toi qui est venu me draguer, avec tes fleurs, c'est avec toi que j'ai passé mes dernières nuits d'amour. Cela ne me dérangeait pas que notre relation ne soit pas montré au grand jour, mais pour moi, ça restait du sérieux."
Si je m'attendais à cela. Elle était calme, assise sur le canapé, sereine même. J'étais, au contraire, estomaqué par ses propos : "Si je comprends bien, tu as fait ça pour essayer de me reconquérir ?"
Elle ria bêtement : "Non non, je n'ai plus envie. C'est juste que je n'aime pas qu'on me prenne pour une salope : on était ensemble tous les deux, et puis un jour tu me sors que tu as une copine sérieuse ... et moi je suis quoi alors, un bouche-trou ? Je méritais plus de respect que cela. J'ai été blessé, et voilà, maintenant je me suis vengé, on est quittes."
Quand je ne sais pas quoi répondre lorsque je me sens agressé ou en position de faiblesse, j'insulte à tout-va. Je l'ai traité de tous les noms, j'étais exaspéré, abattu. Elle est partie dans sa chambre, sans me dire au revoir. Je me suis dirigé vers la mienne, j'ai immédiatement écrit plusieurs textos à Aline pour encore m'excuser, et lui dire tout le bien que je pensais d'elle, lui raconter ce qu'il venait de se passer avec Sarah et le piège qu'elle m'avait tendu. Je ne voulais pas m'endormir tant qu'Aline ne m'avait pas répondu. J'ai passé une très longue et difficile nuit blanche, des regrets pleins la tête.

samedi 30 janvier 2010

Mardi 26 Janvier

"Je suis désolé de t'avoir fait douter un seul instant de ma sincérité. J'aimerais que tu saches que j'ai envie que notre relation fonctionne : tu me plais beaucoup, tu es belle, intelligente, drôle, spontanée, cultivée, intéressante, sociale, gentille, un peu jalouse. Pour faire court, tu es tout ce que j'aime, je suis vraiment bien avec toi, j'ai envie que nous deux, ça dure. Voila."
J'ai invité Aline au restaurant japonais le plus proche de chez elle, elle a pris des makis, moi des brochettes de viande. Je lui ai confié ce que j'avais sur le coeur dès les premières minutes, je n'ai pas tourné longtemps au tour du pot : "voilà pourquoi j'avais envie de te voir", j'ai continué, "pour que tu saches que, oui, il m'est arrivé de ne pas toujours bien me comporter avec les filles, mais voilà, j'ai totalement tourné la page. J'ai changé."
Elle était visiblement heureuse que je partage mes sentiments. J'étais sincère, je voulais être avec elle, l'histoire du ticket de métro l'avait perturbé, j'ai remis les pendules à l'heure pour que redevienne comme avant.
La suite de la soirée fut excellente : je l'ai fait rire quand j'ai essayé d'imiter sa petite voix, on s'est gentiment battu pour savoir qui payerait l'addition, nous avons eu un long débat sur quelle était la barre chocolatée la plus écoeurante (clairement, selon moi, les Bounty), puis nous nous sommes amusés comme des enfants dans le métro, à faire la course entre chaque correspondance, sous les regards des voyageurs médusés.
Nous n'avons pas voulu nous quitter alors que tout se passait à merveille, je lui ai proposé de venir dormir chez moi, elle a accepté.

Lundi 25 Janvier

J'ai encore été convié à une réunion au boulot. Je suis là, je ne fais rien, je regarde par la fenêtre, j'observe l'agrafeuse au centre de la table et je me demande qui est, en ce moment, le plus inutile de nous deux. Puis je me mets à compter le nombre de moustachus, supérieur à celui des barbus, je joue avec mon stylo, que je fais virevolter autour de mon pouce gauche. Je m'ennuie, je m'ennuie, je m'ennuie. Le sommeil s'empare de moi, j'ouvre grand les yeux pour le faire fuir. Je suis dans l'incapacité de me concentrer, je n'écoute plus depuis longtemps, je me me perds dans mes pensées, je vois, Aline, heureuse et souriante, sa tête sur mon épaule, ma main sur sa jambe, la raccompagnant jusqu'à chez elle. C'est fou comme ces moments simples deviennent, petit à petit, chargés d'émotion. Je m'en veux un peu de n'avoir pas jeté ce ticket de métro, que je gardais comme un trophée, et qui l'a fait douter de ma sincérité, de mes sentiments.
J'ai peur que cette petite querelle ait de mauvaises conséquences, je ne le souhaite pas. Cet évènement a été le premier remous de notre histoire notre relation, qui était si idyllique, a perdu un peu sa naïveté : je suis loin d'être parfait, elle s'en serait rendue compte tôt ou tard, certes. J'aurais simplement voulu entretenir égoïstement ce conte de fées le plus longtemps possible.
Cédric me tape sur l'épaule, suffisamment pour que je ressente une légère douleur, puis me fait signe de son index, comme un instituteur à un élève turbulent, que mes soupirs et mes bâillements doivent immédiatement cesser. Il m'a brutalement ramené dans le monde triste et chiant des bureaucrates et était visiblement très énervé par mon absence d'intérêt pour cette énième présentation. Si l'enfer existait, nous ne serions pas éternellement brulés vifs mais plutôt assis autour d'une grande table, obliger de participer à ce genre de meetings soporifiques, sans que l'on puisse, d'aucune manière, s'y échapper.

jeudi 28 janvier 2010

Dimanche 24 Janvier

Eric me déçoit. Je pensais, bêtement, qu'être en couple ne le changerait pas. Et bien non, je me suis trompé : il appartient désormais au groupe des gens qui m'évitent une fois la petite amie venue. Il n'y a pas si longtemps de cela, nous nous téléphonions deux ou trois fois par semaine, nous nous racontions tout sur nos petites vies, nos histoires de boulot et nos aventures (surtout les miennes).
Depuis qu'il a rencontré Alexandra, Eric est tellement obnubilé par son charme qu'il en a oublié mon existence. Je ne suis pas jaloux d'elle, bien au contraire, je le comprends, c'est une fille très bien, le genre de femme auquel on peut rapidement et facilement s'attacher.
En réalité, j'en veux plus à Eric pour son égoïsme: il tire petit à petit une croix sur notre amitié, il a trouvé une nouvelle personne à qui se confier, probablement aussi compétente et à l'écoute que moi, mais qui en plus lui offre des services que je ne peux concurrencer.
Aujourd'hui, j'avais besoin de parler à quelqu'un de ma première dispute avec Aline et c'est plus fort que moi, je l'ai appelé : c'est triste, je ne savais pas à qui d'autre téléphoner. Nous avons discuté, un petit peu, il était chez Alexandra, ils regardaient ensemble un épisode de Grey's Anatomy, la série amour/coeur/passion qui se visionne en couple ou entre filles. Je sentais que je les dérangeais, je n'ai pas monologué trop longtemps. Il ne m'a pas vraiment aidé à améliorer ma situation relationnelle, il ne m'a écouté que d'une oreille, répétant souvent "ouais" et "ché pas". Son vocabulaire avait fortement régressé, et pire, je n'ai eu aucune réponse optimiste ni de conseil naïf dont il était d'habitude coutumier : je ne demandais pas grand chose, un petit "demain ce sera bien" aurait pu suffire !
Cela me rend malheureux de le perdre, de le voir s'éloigner dans une direction opposée à la mienne. C'est la vie, il n'y a rien d'autre à dire : l'amour passe avant l'amitié chez une majorité d'hommes, mais pas pour moi : je crois que les liens entre amis sont plus forts et tenaces que ceux dans un couple. Peut-être ai-je eu tort de ne pas penser comme tout le monde ?

dimanche 24 janvier 2010

Samedi 23 Janvier

Aline dormait paisiblement ce matin, j'ai essayé de ne pas la réveiller, je suis sorti du lit, et je lui ai préparé le petit-déjeuner. J'aurais aimé lui faire quelque chose de spécial, du bacon grillé, une omelette ou des oeufs à la coque, mais mon frigo était désespérément vide. J'avais l'air ridicule quand je suis entré dans la chambre, avec mes verres de jus d'orange et mes deux bols de chocapic ! Elle a levé la tête et a ouvert difficilement les yeux. Aline a éclaté de rire quand je lui ai tendu le bol de céréales, elle m'a dit qu'elle aurait préféré des Frosties. S'en est suivi une discussion sur la masculinité des Frosties (qui s'adresse typiquement à un public de jeunes garçons sportifs), l'importance du cadeau surprise contenu à l'intérieur qui compte bien plus que le goût des céréales et bien sur le fait qu'on lit ce qu'il y a sur le derrière et les côtés de la boîte, et cela tous les matins sans exception.
Je suis parti prendre une douche, la laissant seule dans le lit. Je lui ai proposé qu'elle fasse comme chez elle, qu'elle ne se g_ne pas si elle veut aller sur Internet ou lire n'importe quel livre. Elle me souriait et m'a demandé de revenir vite.
A mon retour, Aline, assise à mon bureau, était beaucoup moins jovial : elle avait trouvé le ticket de métro, sur lequel était marqué le numéro de téléphone de l'inconnue du wagon, suivi d'un large coeur. Je l'avais laissé en évidence sur mon bureau, sans même avoir pensé une seule seconde qu'il aurait mieux fallu que je le cache.
"Qui est cette Marie ?", m'a-t-elle demandé.
Et je n'ai rien eu de mieux à répondre que : "Oh rien, c'est juste une fille qui m'a donné son numéro l'autre jour." J'ai essayé de me rattraper : "Mais c'était avant qu'on se connaisse, donc ça ne compte pas, pas vrai ?". Aie aie aie.
J'ai eu droit à un long monologue, que je peux résumer en ces quelques phrases : ses ex-copains l'ont toujours déçu, certains l'ont même trompé, elle devrait arrêter de faire confiance aux hommes, qui sont tous des obsédés et qui ne cherchent qu'à plaire à un maximum de filles en même temps, et qui ne font rien pour stabiliser les relations amoureuses. Elle n'a pas franchement tort, sauf que je ne faisais plus partie de cette catégorie de personnes : je veux sincèrement que cette relation fonctionne. Je lui ai fait comprendre que Marie n'existait plus pour moi, que je ne l'avais jamais appelé et que je ne l'appellerai jamais. J'ai fini par lui dire : "je suis bien avec toi.". Une petite heure plus tard, elle est retournée chez elle, sans que je ne sache vraiment si elle était énervée ou si elle s'était comportée jalousement uniquement pour tester mon attachement envers elle.

samedi 23 janvier 2010

Vendredi 22 Janvier

J'ai invité Aline à venir passer la soirée à l'appartement : elle voulait rencontrer mes colocataires, mettre un visage sur les noms qu'elle connaissait déjà. Sarah, quand à elle, mourrait d'impatience de découvrir qui était cette fameuse fille que j'avais préféré à elle. J'appréhendais d'ailleurs la rencontre entre les deux jeunes femmes, j'espérais que ma colocataire ne fasse aucune remarque désobligeante : elle est totalement lunatique, j'ai parfois peur de ses réactions excessives, je joue avec le feu en lui présentant ma petite amie.
Aline est arrivé vers dix-neuf heures, un peu en avance : c'est Sarah qui lui a ouvert, j'étais dans ma chambre à m'occuper des derniers préparatifs, c'est à dire faire en sorte qu'elle ne remarque pas à quel point je suis bordélique. Je me suis dirigé vers le salon quelques minutes plus tard, les deux filles étaient assises sur le canapé à discuter de ma petite personne. J'ai embrassé Aline, et je lui ai dit en lui montrant ma colocataire de la main : "Voici donc Sarah ma colocataire, je vois que vous avez déjà fait connaissance." Rapidement, elles sont devenues très complices, Sarah avait l'air contente d'avoir un peu de compagnie féminine dans l'appartement.
J'étais assez perturbé par cette situation d'ailleurs, Aline n'avait absolument aucune idée sur ce qui s'était passé entre Sarah et moi : il suffisait que cette dernière lui confesse qu'elle était nue dans mon lit il y a quelques jours pour que mon histoire avec Aline se termine brutalement. Cette épée de Damoclès, qui s'agitait au-dessus de ma tête, rendait cette rencontre excitante et stressante à la fois.
Arnaud est venu nous rejoindre plus tard, quand il a eu fini de téléphoner avec Sophie : les deux tourtereaux passent une heure chaque jour à se raconter chacun, au téléphone, leurs petites aventures quotidiennes. Je ne sais pas comment il fait pour s'intéresser à ses histoires de filles (shopping, habits, ragots) et elle à ses histoires de mecs (bouffe, jeux vidéo, ragots). L'amour doit probablement aider.
L'ambiance était excellente ce soir, Sarah était joviale et totalement extraverti. Quand je repense à la Sarah d'il y a quelques mois, c'est le jour et le nuit : tant mieux, je préfère de beaucoup la nouvelle. La soirée a été forte en franches rigolades, on a bu, ri, chanté : Arnaud a ramené des disques de Karaoké de Johnny Hallyday, je me me demande d'où il sortait ça.
Au final, Sarah n'a pas crée de problème, au contraire, elle était ravie de voir qu'Aline avait l'air d'être une fille "bien et rigolote", selon ses propres mots. Je l'ai remercié pour son comportement remarquable, la laissant seul avec Arnaud quand Aline s'est sentie très fatiguée. Nous nous sommes dirigés vers ma chambre, laissant le soin à mes colocataires de finir les bières restantes. J'espérais, de mon côté, qu'Aline avait encore gardé quelques forces pour que la nuit soit aussi excellente que la soirée que l'on venait de passer.

Jeudi 21 Janvier

C'est une évidence, mon travail ne me plait plus depuis bien longtemps : Je ne prends aucun plaisir à travailler dans cette entreprise, je m'y ennuie à un point. Je n'y ai aucun vrai ami, je n'ai pas d'attache, personne avec qui discuter sur autre chose que les résultats mensuels de vente. Lorsque je serai parti d'ici, j'imagine ne plus jamais revoir un seul des visages de mes collègues de bureau.
Depuis que Cédric s'est installé dans notre secteur, l'ambiance est devenue lourde, pesante. Son aura nous écrase, son cynisme nous fait peur. Je me suis lancé dans la recherche d'un nouvel emploi, et ainsi fuir cet univers malsain qui me bouffe de l'intérieur. J'ai posé mon CV sur des sites internet spécialisés dans le recrutement, et c'est fou le nombre d'entreprises qui sont intéressés par mon profil de glandeur.
Cette après-midi, je suis parti du travail à 14 heures sans avoir pris ma demi-journée de congés. J'avais un entretien, à la défense : l'offre était intéressante, la rémunération proposée importante. Dans ces quartiers, pas de faute de style, tout le monde est en costume, les commerciaux comme les ingénieurs en informatique.
Je suis arrivé avec un quart d'heure de retard, je me suis perdu dans ce dédale de gratte-ciels. Un homme, la quarantaine, les cheveux grisonnants, vêtu d'un costume trois pièces probablement sur mesure, est venu m'accueillir et m'a invité immédiatement à le suivre dans une petite salle de réunion, au douzième étage de la tour. Il m'a posé beaucoup de questions, sur mon parcours, mes études, mon job actuel, le salaire que j'espérais. Il me demanda ensuite "quel était mon rôle dans l'entreprise qui m'embauche". Potiche de luxe ? Je lui ai joué du pipeau sur trois octaves, j'ai inventé la belle histoire de Stéphane le commercial, qui réalise ses objectifs de vente et impressionne son boss. Un entretien, c'est du flirt, de la drague : l'interlocuteur doit penser que je suis un excellent parti, le gendre idéal que les jeunes femmes aimeraient présenter à sa famille. Je suis souvent très bon dans ce rôle.
Le cadre me questionnait encore : "Et pourquoi vous souhaitez partir de votre entreprise ?".
"Chez eux, je stagne professionnellement, j'ai envie d'évoluer, d'avoir plus de responsabilités." En même temps, c'est difficile de faire pire.
La suite de l'entretien a été en anglais, j'ai plutôt assuré. Il avait l'air content de mes capacités en langue étrangère, il m'a remercié d'être venu puis nous nous sommes serrés la main et il m'a raccompagné jusqu'au hall d'entrée. Mon peut-être futur supérieur me confia dans l'ascenseur qu'il était intéressé par ma candidature, mais qu'il attendait de voir les autres prétendants, avant de proposer le job à l'un d'entre nous. J'espère les avoir convaincus, lui et tous les autres recruteurs que j'ai rencontré ces jours-ci, de "ma motivation à rejoindre une entreprise sérieuse, moderne et dynamique" (selon les propos hypocrites formulés dans ma lettre de motivation). Qui vivra verra !

vendredi 22 janvier 2010

Mercredi 20 Janvier

J'ai passé plus d'une heure au téléphone avec Aline. D'habitude avec mes copines, je déteste les conversations qui durent des plombes au téléphone, parce qu'il arrive toujours un moment où l'on a plus rien à se dire. "Et sinon, ça va ?", "Et à part ça tu me racontes quoi ?" : quand vous entendez ce genre de phrases, vous savez que vous auriez du raccrocher depuis un bon moment.
Mais avec Aline, ma petite amie (je peux désormais le dire), cela n'arrive pas. Elle est étonnante : elle sait parler d'elle, de ses moments de joie, de ses petites emmerdes, de son passé, de ses amis, enfin de sa vie, avec beaucoup d'humour et de recul, tout en ne m'inondant pas de détails futiles. Elle est le type de fille avec lequel j'ai envie d'être, parce qu'elle ne m'ennuie pas une seule seconde, elle essaye de me surprendre en permanence et ne s'immisce pas du jour au lendemain dans ma vie : elle ne me demande pas de changer mes habitudes, elle me plait telle qu'elle est, j'aime son romantisme, son grain de beauté sur le haut de sa nuque, son rire communicatif, ses blagues sarcastiques. J'adore quand elle me serre fort la main dans le métro, quand elle m'excite avec ses petites allusions coquines juste avant le sexe, quand elle me fixe du regard quand on fait l'amour, quand elle me susurre dans le creux de l'oreille que je lui plais de plus en plus.
J'aimerais qu'elle soit auprès de moi maintenant, assise dans le salon, je voudrais la rejoindre et poser ma main sur sa cuisse, l'embrasser dans les cheveux : j'ai ce sentiment de manque, que je n'avais plus ressenti depuis ... depuis quand déjà ? Probablement depuis mon histoire avec Anna, mais ce n'était pas autant fort et fusionnel. Est-ce que c'est cela, l'amour ? Où se situe la limite entre l'attraction et l'amour ? Quand on a dépasse le désir charnel, que l'on admire la personne pour ce qu'elle est non comment la nature l'a faite ? Quand le corps a autant d'importance que la présence, la voix, les gouts et les sujets de conversation ? Il est 23 heures, j'ai envie de sortir, prendre le bus et le métro, et la rejoindre chez elle. Et merde, je crois que je suis déjà amoureux.

Mardi 19 Janvier

Décidément, en rentrant du travail, des surprises m'attendent tous les jours ! Je suis gâté ! Cette fois-ci, elle était moins sautillante et joyeuse que celle d'hier, mais bien plus charnelle. En ouvrant la porte, j'ai aperçu Sarah, allongée une nouvelle fois nue dans mon lit. Elle fermait les yeux à moitié, elle guettait mon arrivée. Je me suis assis à quelques centimètres d'elle, sa main me caressa immédiatement la jambe. Je devais stopper net notre histoire, quitte à passer un sale quart d'heure.
"Ecoute Sarah, je dois te dire quelque chose. Cela fait quelques jours que j'ai une copine, et voilà, j'ai envie d'être sérieux avec elle. Je préfère être honnête avec toi et je préfèrerais qu'on arrête tous les deux."
Elle s'est légèrement relevée, suffisamment pour que je puisse admirer ses petits seins et ses hanches parfaites que je regrettais déjà.
"Pourquoi tu ne m'en a pas parlé avant ?" m'a-t-elle demandé.
"Parce que, c'est récent, on s'est rencontré par hasard la semaine dernière, et depuis, j'ai envie d'être avec elle, c'est aussi simple que cela. Je suis désolé."
Elle n'était absolument pas déçue ou contrariée, elle donnait plutôt l'impression que cela ne lui faisait ni chaud, ni froid. Elle m'a dit le plus simplement du monde : "Non mais ce n'est pas grave, on n'était pas ensemble, ce n'était pas sérieux tous les deux."
"Je suis content que tu le prennes comme ça. Je m'attendais plus à des cris, des pleurs, des sauts d'humeur, que tu me fasses la gueule pendant des semaines", lui confiais-je.
"Mais non, mais ce n'est pas comme si tu m'avais trompé ! Tous les deux, c'était juste pour faire passer le temps, non ?"
Elle cherchait de la main ses sous-vêtements, qu'elle avait posé au bord du lit. Puis, pendant qu'elle enfilait sa culotte, elle m'a demandé : "tant que je suis là, dans ton lit, est-ce que tu peux me rejoindre ? En tout bien tout honneur bien sur, j'aimerais juste que tu me serres une dernière fois dans tes bras."
Personne de sexe masculin, dans le monde entier, n'aurait pu refusé cette requête. Je me suis glissé sous la couette tout habillé, elle a collé en un instant son dos et ses fesses contre mon corps. J'en profitais pour ressentir une dernière fois la courbe divine de son postérieur sur le bas de mon ventre.
Sarah : "Dis, comment elle s'appelle ta copine ?"
Moi : "Aline."
Sarah : "J'aime bien comme prénom. Tu pourras me la présenter ?"
Moi : "Oui, je l'inviterai. Tu verras, elle est très bien."
Sarah : "Je n'en doute pas une seule seconde."

mardi 19 janvier 2010

Lundi 18 Janvier

Je suis rentré chez moi comme à mon habitude, vers 19 heures. Arnaud et Sophie, assis autour de la table basse, m'attendaient impatiemment dans le salon. A peine ai-je eu le temps de poser mon manteau qu'ils m'ont littéralement sauté dessus : "On l'a eu ! On l'a eu ! On l'a eu, notre super appartement !".
Mon petit couple adoré passait depuis quelques semaines leurs soirées et week-ends à visiter des logements, dans des banlieues résidentielles ou en centre-ville parisien. Ils en ont vu, des salons mal éclairés et mal insonorisés, des meublés sales et pouilleux, des salles de bains miteuses, des toilettes dégueulasses, des coins mal desservis, des studios aux septième étage sans ascenseur.
Et puis vendredi, ce fut la révélation : ce n'était qu'une visite parmi tant d'autres dans une banlieue proche, mais ils en sont restés bouches bées. Cela a été instantanément le coup de foudre, et pour tous les deux (une sorte de double coup de foudre en quelque sorte) : proche du métro, avec un très grand salon, dans lequel Arnaud imaginait son coin télévision/console, une chambre parfaitement bien aménagée, dans laquelle Sophie rêvait déjà de décorer les lieux. Ils ont insisté pour avoir l'appartement le plus vite possible, ils ont appelé le propriétaire des dizaines de fois en trois jours, ils ont fourni les garanties et les papiers administratifs à une vitesse record. L'appartement ne pouvait pas les échapper.
Et il y a quelques minutes de cela, le propriétaire leur a confirmé qu'ils étaient bien les futurs locataires des lieux. Il est bien loin le Arnaud qui avait des doutes sur son avenir, sur la peur de s'engager : il était souriant jusqu'aux oreilles, j'ai même cru apercevoir une petite larme ruisselant le long de son oeil gauche.
Arnaud a ouvert une bouteille de vin qu'il gardait pour l'occasion, on a fêté l'officialisation de son départ comme il se devait. Sarah nous a rejoint, et les a félicité chaudement. "Vous allez me manquer", leur a-t-elle répété plusieurs fois. "Je vous souhaite tout le bonheur que vous méritez."
Les voilà maintenant unis par les liens sacrés de la collocation, pour le meilleur et pour le pire. Le premier pas d'une, je l'espère, longue et heureuse histoire.

lundi 18 janvier 2010

Dimanche 17 Janvier

Rien de tel, après une semaine autant agitée, qu'un dimanche tranquille à l'appartement. Il n'y a pas de meilleur plaisir que de trainer chez soi, en caleçon, pantoufles, et tee-shirt bleu-rose immettable, cadeau de du bureau des élèves de mon ancienne école de commerce. Dans cette tenue, je ne fais pas trop rêver les filles, j'en ai conscience, mais ce n'est pas le but de la journée, qui s'annonce beaucoup plus calme et reposante que les précédentes : Pas d'Aline, de Sarah ou d'inconnue dans le métro, je suis enfin seul, serein. Je suis tellement bien, allongé sur mon lit à profiter du silence et du confort, en plein milieu de l'après-midi, à ne penser à rien ! Je pourrais y rester des heures, les mélodies de Coldplay sélectionnées par ma playlist Itunes s'accommodant parfaitement à mon humeur actuelle. Je me retourne, je tergiverse, la recherche de la position idéale sur un lit est une quête difficile mais tellement agréable.
Je ne gâche aucune seconde de ce temps précieux, la sensation de ce bien-être sera malheureusement, si éphémère. Eric et ses amis, les optimistes naïfs, pensent que le bonheur arrive par cycle, pour que l'on sache en profiter. Je rejoins plutôt leurs opposants, les pessimistes, qui estiment que le bonheur ne dure jamais bien longtemps, que le calme vient toujours avant la tempête : il y a toujours une pluie, un orage, ou un ouragan en approche pour éloigner le ciel bleu parfaitement ensoleillé que l'on essaye de se créer. Il faut juste en prendre conscience, cela évite de tomber de très haut le moment venu : une claque dans la gueule fait toujours moins mal quand on s'y est préparé.

dimanche 17 janvier 2010

Samedi 16 Janvier

Je m'étais déjà fait dragué en boite de nuit, il y a quelques années, par une jolie fille brune, fine, piercée à l'arcade gauche, au regard dévastateur. Je m'étais déjà fait draguer dans le train, par une autre brune, moins sexy, plus sérieuse, plus intéressante, moins coquine. Je m'étais déjà fait draguer au camping par une blonde un peu rondelette, qui m'avait demandé timidement si elle pouvait m'embrasser. Je m'étais déjà fait draguer à un concert, en soirée déguisée, dans un bar par une fille bourrée aux moeurs légères, à une fête étudiante par une future infirmière. Bref je n'ai pas à me plaindre, je ne remercierai jamais assez la nature de ne pas m'avoir donner un physique difficile. Pour autant, je ne m'étais jamais fait aborder dans un métro. Et c'est, depuis aujourd'hui, chose faite !
J'ai donc passé une très bonne journée avec Aline, à me promener dans les rues parisiennes, mais il était temps de rentrer, de retrouver mon antre. J'étais donc tranquillement assis, presque assoupi, sur un des sièges centraux de mon métro. A ma gauche, la place était vacante : une fille, que je n'avais absolument pas remarqué auparavant, s'y assoit, se cogne contre mon épaule, et s'excuse d'une manière, comment dire, très coquine : le "pardon, excusez moi" qui est sorti de sa bouche était tellement langoureux qu'on aurait pu lui reprocher de sur-jouer. Ses yeux ardents me fixaient implacablement, c'était déroutant : elle avait l'air plutôt jolie, sous son gros manteau turquoise, sa coupe au carrée et ses bas noirs la rendaient sexy. C'est elle qui a entamé la conversation par une avalanche de lieux communs : "il y a beaucoup de monde dans le métro, il va falloir se lever, qu'est ce qu'il y a comme monde !", etc. Je ne lui tendais aucune perche, je pensais à Aline, un petit peu, et je voulais, pour une fois, tout faire pour que mon histoire fonctionne : je venais de passer une formidable journée en sa compagnie. Ma voisine insistait lourdement pour qu'on fasse la discussion, et par courtoisie, je lui répondais. Elle m'a demandé, entre autre, comment je m'appelais, si j'aimais Paris et ses alentours, et ce que je pensais de l'accompagner à une soirée qui se déroulait chez un de ses amis.
J'ai refusé chacune de ses avances, elle était visiblement déçue. Alors, pour rectifier le tir, j'ai agi de manière stupide : par galanterie, par gentillesse, pour le beau geste ou par respect, tout dépend du point de vue, je lui ai demandé son numéro de téléphone, qu'elle a immédiatement noté sur son ticket de métro. Elle m'a tendu le petit bout de papier, m'a souri, et m'a fortement encouragé à l'appeler. Je tenais son numéro entre mes doigts, accompagné d'un cœur rapidement dessiné et d'un prénom, Marie, mais ne sachant pas quoi en faire : le jeter, dès que je m'éloignerai d'elle dans la poubelle la plus proche, et ainsi éviter encore une fois des complications ? Ou le garder, par sécurité, au cas où ma relation avec Aline tourne au vinaigre ? J'ai opté pour la seconde solution. Je sais, je suis faible.

Vendredi 15 janvier

Je ne me lasse toujours pas de l'opulente poitrine d'Aline. Je ne devais juste rester que quelques minutes chez elle, elle était fatiguée et moi pressée de rentrer chez moi. Finalement, l'appel du sexe, sa petite jupe noire et son décolleté plongeant m'ont redonné force, entrain, et excitation. J'ai fait en sorte qu'elle le comprenne et nous sommes rapidement passés à l'acte. J'aime faire l'amour avec elle, ce n'est ni fulgurant ni extraordinaire, elle ne me saute pas dessus en serrant fort ses mains contre mes poignets comme Sarah, ce n'est pas automatique et terne comme avec Clara, c'est juste simple dans le bon sens du terme. On apprend à se connaître, on se chatouille, on s'observe, on s'embrasse avec envie, on se regarde avec intensité, nos caresses sont vives et soutenues, ses baisers sont chauds et divins.
On parle peu avant le sexe, mais juste après, quand l'excitation est tombée, nos discussions sont souvent âpres.
"Stéphane, au fait, je me demandais, ça consiste en quoi ton boulot ? Je ne sais pas, tu ne m'en as jamais vraiment parlé.", m'a-t-elle demandé.
"Et bien, à la base, je suis commercial, mais maintenant, je ne sais plus trop. Je suis une sorte de pot de fleurs humain, qu'on sort pour les plus belles occasions."
Elle rit. "Tu m'expliques ?" J'ai mis ma main dans ses cheveux, elle s'est serrée contre moi. J'aime ces instants où tout est parfait, où le bonheur est omniprésent. Tout à une fin, je profite donc de ces petits moments de plaisir comme si tout devait s'arrêter prochainement. Il se passe quelque chose que je ne contrôle pas avec cette fille.

samedi 16 janvier 2010

Jeudi 14 Janvier

Je me suis fait convoqué de tout urgence dans le bureau de Cédric ce matin, sans vraiment que je m'y attende. Avant même qu'il ait le temps de parler, je me suis directement excusé de mon retard de la veille :
"Cédric, je suis désolé pour hier matin, mais j'ai eu des soucis pour venir."
Mon patron a eu un air étonné, son sourcil gauche a bondi, sa tête a légèrement reculé, sa lèvre supérieure s'est rapproché de son nez. Visiblement, j'avais dit quelque chose de stupide : "Mais de quoi tu me parles ? Qu'est ce que j'en ai à foutre que tu étais absent hier ? Franchement ! Tu as pris du retard pour le travail que les autres t'ont confié, mais bon, tant que tu le délivres à temps, tu fais bien comme tu veux ! ". Ce que disait Cédric était intéressant : on ne me confit plus aucun travail depuis des semaines, je n'ai donc aucune obligation d'être présent dans les locaux quotidiennement ? Je l'ai compris comme cela (ou plutôt comme cela m'arrange).
Il continuait son blabla au sujet de mes qualités, de mon apparence, et m'a invité, ou plutôt, forcé, à venir encore avec lui à une réunion de, je cite "mecs importants à qui il faut raconter le même baratin que la dernière fois".
Je ne peux pas lui dire non. La réunion avait lieu dans quelques jours, et je savais déjà que j'allais m'y ennuyer comme un enfant à qui force de venir à une soirée entre adultes. Il faudrait que j'apprenne à dire non, un de ces jours, pour mon bien-être personnel.

vendredi 15 janvier 2010

Mercredi 13 Janvier

Il y a des jours comme ça, où l'on n'a pas envie de se réveiller, où l'on souhaite inverser le cours du temps, rester pour toujours enveloppé dans sa couverture, ne jamais rouvrir les yeux, profiter de la douce chaleur du matin. Et puis non, cet enfoiré de réveil sonne : c'est d'une violence ! On grogne, on espère qu'il s'arrêtera par lui même, mais non, il aime provoquer, il continue sans relâche à faire vibrer mon lit et à inonder mes oreilles de ses stridentes mélodies. Parfois, le fourbe, il s'interrompt quelques minutes, puis repart de plus belle. Je hais les réveils, je hais quand les journées commencent, je hais me lever.
Ce matin, pourtant, tout a été différent : Je ne sais pas pour quelles raisons, mais je me suis rendormi sans m'en rendre compte. J'ai du éteindre le réveil par réflexe, mon inconscient a ensuite été probablement guidé par ma fainéantise et ma démotivation professionnelle, j'imagine.
Pourtant, hier, je n'étais pas beaucoup fatigué, pas plus que d'habitude, je n'avais pas bu d'alcool, je n'étais même pas sorti, je n'ai couché avec personne, ni avec Sarah ni avec Aline, je n'avais rien fait de spécial. Je me suis réveillé vers onze heures, un peu en panique, j'ai crié "merde !" en calculant en un instant les conséquences de cette nuit que je n'avais pas su bien négocier : je venais de faire la grasse matinée, et je m'étais mis dans un sacré pétrin. Je suis parti de chez moi une heure plus tard, en souhaitant, sans trop y croire, que mon retard ne poserait pas de problème auprès de mes supérieurs.

jeudi 14 janvier 2010

Mardi 12 Janvier

Eric a changé. Je sais, il est facile de dire que les hommes qui se mettent en couple deviennent plus distants avec leurs amis. Et pourtant, c'est l'évidence même ! Combien de fois de soit-disant potes m'ont lâché pour une jolie demoiselle ? Combien d'entre eux ai-je vu doucement s'éloigner de ma vie ? Je ne compte plus depuis le lycée.
Eric, c'est un cas différent : il n'a été que très rarement accompagné, je lui laisse quelques semaines pour profiter du court bonheur que procure l'euphorie des débuts des histoires d'amour. On en reparlera en temps voulu, dans quelques semaines, quand les disputes seront plus fréquentes et la relation moins dégoulinante de sentiments.
En attendant, j'ai besoin de lui parler, de lui raconter Aline, sa poitrine, son charme, cette nuit follement romantique. Je l'ai appelé vers 19 heures, et je lui ai directement annoncé le début de ma nouvelle histoire avec la jolie petite brune rencontré la veille.
"Et tu vas la revoir ?", m'a-t-il dit, d'un ton sec.
"Je l'espère. Je l'aime bien, et je sens que, pour une fois, cela pourrait peut-être marcher !"
Eric était énervé, cela se sentait, je n'appelais manifestement pas au bon moment. "Ecoute Stéphane, je suis perdu avec toutes tes histoires de nanas. Tu en rencontres une, tu dis qu'elle est parfaite, et puis quelques jours ou semaines plus tard, c'est fini, et elle sort totalement de ta vie."
J'argumentais en ma faveur : "ce n'est pas vrai, tu le sais, j'essaye de faire toujours pour le mieux."
Eric : "Oui, surement, mais tu t'ennuies rapidement. Tu t'es lassé, avec plus ou moins de temps, des sous-entendus de Clara, des avances de ta colocataire, des contraintes imposées par la fille espagnole du nouvel an, de l'absence et l'ignorance d'Anna. Tu te souviens, que pour chacune d'elle, tu m'avais dit que tu le sentais bien ?"
Moi : "Jamais avec Sarah."
Eric : "Peut-être, c'est l'exception, si tu veux, ce n'est pas le problème. Ecoute, je te souhaite tout le bonheur du monde avec ta nouvelle copine, mais réfléchis à ce que je t'ai dit. Essaye d'y mettre du tien, pour que cela marche vraiment."
Eric n'a pas totalement changé : il est peut-être désormais collé aux basques de sa petite amie, mais il reste tout de même ma bonne conscience, celle qui fait chier à avoir toujours raison.

mercredi 13 janvier 2010

Lundi 11 Janvier

Retour sur la soirée d'hier. Les deux filles s'appelaient Aline et Aurélie. Aurélie était canon, exceptionnellement belle avec ses longs cheveux blonds et ses yeux bleus perçants. Sa bouche est une oeuvre d'art que l'on a envie d'embrasser, mais il lui manque quelque chose pour la rendre charismatique, charmante. Aline, elle, était plus petite, rondelette, intrigante. A première vue, elle ne payait pas de mine, mais quand ses seins débordaient de son haut, j'entendais les chants des sirènes qui me guidaient jusqu'à eux. Quelle était son tour de poitrine ? 95B, 90C, 95C ? Je n'en savais rien, j'ai toujours été nul pour ça. Pendant mes années au collège, le jeu favori de mes potes était de trouver la bonne taille de bonnet des filles. J'avais toujours faux, je disais toujours plus gros : j'avais, et j'ai toujours, les yeux plus gros que le ventre. Je pensais alors à un 95C ici, mais sans certitude.
Mes yeux scrutaient sans cesse la courbure de sa poitrine, l'espace entre ses seins dans lequel je m'aurais bien vu plonger. Elle m'a surpris en flagrant délit, et je m'en suis excusé. Elle m'a répondu : "Ne t'en fais pas, je n'ai jamais rencontré un seul mec qui ne les fixait pas".
"C'est plutôt valorisant, non, d'avoir une arme fatale, qui marche à tous les coups, non ?", plaisantais-je.
Aurélie voulait rentrer, elle se sentait un peu pompette. Je ne l'ai pas empêché, sa copine non plus. Nous sommes restés, Aline et moi, dans ce bar branché et j'ai passé une très bonne soirée en sa compagnie : j'ai découvert une fille bourrée d'humour, maniant le sarcasme et l'ironie à la perfection. J'étais bluffé. Elle m'a invité chez elle, nous nous sommes allongés sur le lit rapidement, elle a allumé la musique, je n'ai pas reconnu le chanteur, mais ses mélodies étaient d'une telle douceur, parfait pour ce que nous allions faire. Nous nous sommes déshabillés, nous avons fait l'amour comme dans un film, avec gentillesse, simplicité, en se fixant dans les yeux pendant les va-et-vient. Elle était belle nue, bien plus belle que son amie BCBG. Sa poitrine était parfaite, je l'admirais sans cesse.
Le sexe a été excellent, au delà de mes espérances : c'est simple, depuis Clara, je n'avais pas pris autant mon pied. Elle m'a confié quelques instants après l'acte : "Je veux vraiment te dire, que d'habitude, je ne couche pas le premier soir." J'ai souri et je lui ai répondu, en l'embrassant sur la joue : "Ne t'inquiète pas, ce n'est pas grave". J'ai juste un super pouvoir qui me permet de vous faire changer de moeurs sexuels pour que vous tombiez toutes dans mes bras, et ça dès le premier soir. Ou alors ce n'est qu'une curieuse et incroyable coïncidence.
Nous étions naïvement heureux, allongés sur son lit, la couette recouvrant nos corps nus. Je dessinais, à l'aide de mon index gauche, des cercles sur le haut de ses seins. "Et sinon, tu fais combien de tour de poitrine ? Par simple curiosité, bien sur." Elle m'a dit, en riant : "90C. Tu les trouves trop gros ?". Et mince, j'ai encore visé trop large. Je l'ai informé que, "Non, ils sont très biens, et ils me plaisent déjà beaucoup".

mardi 12 janvier 2010

Dimanche 10 Janvier

Soigner le mal par le mal, ingurgiter de l'alcool à la place d'un bon vieux sirop contre la toux. La méthode à l'ancienne, celle qui préconisait le grog avant les pilules et les cachets effervescents. J'ai commencé par un petit verre de vodka cul sec à la maison, pour nettoyer mon organisme et me donner du courage avant d'affronter le froid sibérien qui règne à l'extérieur. Quarante minutes de trajet plus tard, me voilà en centre-ville, à la recherche d'un bar potable, plutôt simple mais à l'ambiance tamisée, avec un fond sonore supérieur à 80 décibels, pour que personne de féminin ne remarque que j'ai la voix bien prise.
Je m'installe au comptoir, je ne perds pas mes habitudes. A ma gauche, deux jolies brunes, chapkas, écharpes grises et manteaux noirs posés sur un tabouret à leur gauche, qui ne se soucient en aucune manière de mon existence. A ma droite, un brouhaha de filles qui minaudent et de garçons qui ne savent plus comment se faire remarquer. Je bois ma bière à petites gorgées, j'observe le spectacle aux alentours, la décoration horriblement kitch (les murs étaient tapissés de motifs immondes), le serveur hyper-actif, les différentes bières affichés sur les tirettes, et les deux filles qui n'avaient toujours pas remarqué que je les jugeais de haut en bas.
J'étais suffisamment proche d'elles pour entendre des bribes de leur conversation : pour faire simple, les hommes sont tous des cons, ils n'assument pas leurs actes, ils ont peur de s'engager. J'ai pensé très fort : "Mes pauvres chéries, si ce n'était que ça. Ils sont aussi obsédés, égoïstes, arrivistes, solitaires, casaniers, coureurs de jupon, bref, ils sont humains." Je me suis approché d'elles sans me lever de mon tabouret, et je leur ai dit : "Excusez moi de vous déranger, mais, si la quête du mec parfait était simple, la vie aurait beaucoup moins de saveur, non ?". Elles auraient pu sans problème me remballer, froncer les sourcils et me répondre "Mais de quoi je me mêle ?", mais non, elles m'ont regardé en souriant malicieusement, et l'une d'entre elles, la plus jolie, me demanda : "Ça tombe bien, on a besoin d'un avis masculin sur nos cas." Et ça tombe bien, j'ai besoin de compagnie pour ce soir.

lundi 11 janvier 2010

Samedi 9 Janvier

J'ai attrapé la crève. Je réagis très mal face à la maladie, cela m'énerve, me contrarie, même si mon cas est très bénin. Je ne suis pas hypocondriaque, bien au contraire, je suis capable d'oublier de prendre les médicaments prescrits par le docteur. C'est plutôt que cela me rend fou de tousser, de me moucher, de ne pas être au maximum de ma forme. Je me sens vieux, fatigué, triste, pessimiste (cela ne change pas de d'habitude), ridicule, inintéressant. Bref. J'ai l'impression d'être le plus grand des loosers, à tousser comme un débile à tout bout de champ. Je déteste les hôpitaux, les médecins, les infirmières, sauf quand elles sont très sexys, les dentistes, les chirurgiens (ce sont les pires), les pharmaciens, les internes, les urgentistes, les ambulanciers, les ORL, les psychiatres et les psychologues, tous ces gens armés de seringues et d'instruments de torture, je ne veux pas les rencontrer. Je suis sur que certains d'entre eux sont très intéressants et ont une vie de famille rangée et sans histoire, je ne dis pas le contraire, mais j'aimerais avoir affaire avec le service hospitalier le moins possible. En particulier avec l'urologue.

Vendredi 8 Janvier

J'ai pensé toute la journée à la conversation d'hier, entre Arnaud et moi. Dans quelques semaines, il partira de la collocation : le temps de trouver un joli nid d'amour, et il rejoindra sa dulcinée, me laissant seul avec Sarah. Ce qui veut dire, que pendant la recherche du futur remplaçant (ou remplaçante, de préférence sexy et célibataire), nous ne serons que tous les deux, elle et moi. Que va-t-il se passer ? Du sexe, bien évidemment, mais ensuite ? Le fait de vivre tous les deux et seulement que tous les deux pendant je l'espère un court laps de temps, cela va-t-il nous rapprocher ou nous éloigner ? Je me pose trop de questions, comme d'habitude.
Et si je quittais aussi l'appartement ? Non, je n'aime pas vivre seul, j'ai besoin d'être entouré au quotidien, ce lien social m'est nécessaire : la solitude me fait peur, j'aime qu'on m'aime, qu'on me remarque, qu'on ne m'oublie pas, qu'on vienne me parler, même si c'est seulement pour me demander si j'ai envie d'un peu de thé. Suis-je normal ?
Je passe mon temps à m'évader au travail, l'adjectif contre-productif est un euphémisme par rapport à mon comportement actuel. Une autre question me vient immédiatement à l'idée : mais qu'est-ce qu'ils attendent pour me virer ?

Jeudi 7 Janvier

Arnaud voulait me parler d'un truc important depuis quelques jours. Le voilà, en face de moi, assis sur le fauteuil, l'air penaud. "Stéphane, avec Sophie on a décidé d'aller plus loin dans notre relation.", me dit-il.
Je lui demande : "C'est à dire ? Vous allez vous fiancer ?"
Il rit tellement fort que les voisins ont du sentir les cloisons vibrer. "Non, on franchit un palier, mais cela reste une petite marche. Voilà, on a décidé de vivre ensemble."
Moi : "Tu en es sur ?"
Arnaud : "Je crois, je ne sais pas." Il soupire, et n'a pas l'air absolument convaincu.
Moi : "Qu'est ce qui se passe ? Tu hésites ?"
Arnaud : "Non, ce n'est pas ça. C'est juste, que voilà, on est un couple maintenant, c'est du sérieux. Même si cela l'était déjà, c'est bizarre. J'ai peur de franchir le pas, de me lancer dans cette aventure avec elle."
Moi : "Elle ne te plait plus ?"
Arnaud : "Non, elle est la meilleure chose qui me soit arrivé de ma vie. Je l'aime, j'en suis sur. Elle me manque quand elle n'est pas là, j'ai besoin de sa présence, d'entendre sa voix, de lui raconter quotidiennement ma vie. J'ai peur de la suite, de partir dans l'inconnu, de partager un appartement, puis de voir les choses changer, se fiancer, acheter une maison. Je sais, je vais vite, mais c'est ce qu'il va nous arriver, dans quelques années. Alors que moi, je suis encore un adolescent qui joue à la console et qui sait à peine faire à manger !"
Moi : "Je ne me fais pas de soucis pour vous. Et, pour tout te dire, si j'étais en couple, j'aimerais qu'il soit comme le tien. Vous vous aimez, vous faites les choses comme elles doivent être, vous prenez votre temps, vous avez confiance l'un pour l'autre, vous être des gens biens. N'aie pas peur, tout se passera bien, j'en suis persuadé !".
Malgré mes tentatives de réconfort, il garde toujours sa moue de petit garçon triste. En même temps, si j'étais à sa place, je stresserai bien plus que lui : tout quitter pour une fille, est une de mes pire craintes qui hante mon existence (avec à égalité avoir de l'embonpoint, perdre la vue, devenir papa par inadvertance, être blessé au visage et être marqué à vie par d'affreuses cicatrices, prendre l'avion, me sentir seul).

samedi 9 janvier 2010

Mercredi 6 Janvier

Seconde journée de travail en 2010, et toujours très peu d'avancée dans mon épanouissement professionnel. Je n'effectue que le strict minimum, je m'ennuie à longueur de temps, alors je pense à autre chose, à Eric et sa copine, à mes dernières péripéties, à Clara, Sarah et Sara, Anna, et tous ces prénoms qui se terminent par 'a'. J'essaye de me souvenir la dernière fille que j'ai rencontré qui ne respectait pas cette règle orthographique, et cela remonte à loin, à une dénommée ... Marie.
Un peu avant l'été 2009, je buvais une bière dans un pub de Paris, assis confortablement au comptoir. Alors que tout le monde suivait le match de rugby sur les multiples télévisions, je n'avais d'yeux que pour cette ravissante serveuse, à la voix grave et au sourire angélique. J'ai eu l'air stupide quand je lui ai demandé si elle arrivait à s'habituer à la vie française. "Je suis alsacienne, donc oui, plutôt facilement !". Je pensais, bêtement, que tous les employés d'un pub britannique l'étaient aussi. Ses cheveux roux aux mèches blondes qui s'étendaient jusqu'à ses épaules et ses tâches de rousseur parsemés sur son visage m'ont induit en erreur. Ce qui s'est passé ensuite n'est pas très intéressant, nous avons discuté, échangé nos téléphones, je l'ai rappelé, on s'est revu dans un autre bar après son service, elle m'a invité chez elle, je l'ai embrassé devant sa porte, je l'ai accompagné jusqu'à son lit, on a fait l'amour, elle a dit qu'elle ne faisait jamais ça d'habitude (sous-entendu qu'elle ne couchait pas le premier soir), je lui ai dit que cela n'avait aucune incidence de ce que je pensais d'elle, je lui ai proposé qu'on sorte ensemble une nouvelle fois, elle ne m'a plus jamais rappelé. Du classique, en quelque sorte !

Mardi 5 janvier

En début d'année, l'être humain aime faire des bilans : les journalistes nous ressortent les photos marquantes, la télévision passe en boucle le bêtisier des événements les plus drôles, et qui au passage se fait de l'auto-promotion en diffusant les meilleurs moments de ses émissions télévisés (service public comme privé), tout est fait pour que l'on se remémore ce que l'on a vécu en 2009. Moi, je préfère compte le nombre de filles avec qui j'ai couché en 365 jours, combien de soirées j'ai fini saoul et heureux, mon bonheur personnel se limite à ce genre de détails.
Aujourd'hui, je suis assis à une table ronde entouré d'autres personnes, tel des chevaliers en costume cravate et attaché-case, pour parler de l'année 2009 en terme financier et économique pour l'entreprise qui m'embauche. Chacun parle à son tour, et tient à peu près le même discours : "Malgré la crise, notre secteur a eu de bons résultats." Voici deux heures que ce cinéma dure, je n'en peux plus. Je n'ai même pas dit un mot ! Quand nous nous sommes arrêtés sur mon secteur, Cédric, et uniquement lui, a blablaté pendant une dizaine de minutes. Je me forçais à sourire, et à ne surtout rien dire, comme il me l'avait demandé. Je suis comme une secrétaire sexy, présent à ce bilan de fin d'année uniquement pour une question d'apparence. Et cela ne me plait absolument pas.

jeudi 7 janvier 2010

Lundi 4 Janvier

Le voyage en train m'a épuisé. Entre mon voisin corpulent et moi, la bataille de l'accoudoir a été rude. Derrière, une petite gamine, visiblement russe, en tout cas slave, sautait, hurle, criait, marchait inconsciemment (ou consciemment ?) sur les pieds des passagers, malgré les douces mises en garde de sa mère. Cette fille avait le même effet qu'une mauvaise gueule de bois, et mon crâne n'attendait qu'une seule chose, l'arrivée du messie, mon sauveur capable de mes guérir de tout mes maux : le paracétamol.
Quand je suis arrivé chez moi, j'ai directement filé vers la salle de bains, j'ai ouvert la trousse de pharmacie et j'ai avalé un cachet d'aspirine. Je me suis tout de suite senti mieux, gloire au petit cachet blanc !
En entrant dans ma chambre, une surprise m'attendait : mon lit était occupée par une ravissante demoiselle, allongée nue, qui y somnolait. Une longue chevelure brune dépassait de la couette, c'est à ce détail que j'ai rapidement reconnu Sarah. Je me suis déshabillé en deux trois mouvements, et je me suis installé auprès d'elle, sans la brusquer. J'ai posé ma main sur ses hanches, et, à l'instant où je l'ai effleuré, elle s'est blottie contre moi.

mercredi 6 janvier 2010

Dimanche 3 Janvier

Sara boit sa bière à la paille, a les plus beaux yeux du monde quand elle me regarde parler, est encore plus belle les cheveux détachés. Nous sommes tous les deux dans un bar de Rennes, elle a accepté de me voir le jour même. Sara fixe les règles du jeu, elle ne veut pas aller trop vite, elle me dit qu'elle veut prendre du temps avant de s'attacher, qu'elle me trouve intéressant mais qu'elle mettra du temps à avoir des sentiments. Au premier abord, elle m'a fait un peu peur, en posant cartes sur table dès notre seconde rencontre. Je m'inquiète de son sérieux pour les relations amoureuses, de cette quête de l'homme parfait : je ne suis pas à un rendez-vous galant, mais à un entretien d'embauche. Sara me pose des questions sur tout et n'importe quoi, sur mon nombre d'ex petites amis, ma couleur préférée, ce que je pense du chocolat blanc, du football, quel est mon film préféré, quel alcool me rend malade, si j'aime voyager, chanter sous la douche, les légumes, le théâtre, les dessins-animés.
Avec le recul, je me dis que ce n'est pas si bête d'en apprendre le plus rapidement sur son futur petit ami, et cela le plus tôt possible: la chute, si elle arrive, est de moins haut, on sait dès le début à quoi s'attendre. Même constat avec les sites de rencontres en ligne, où l'on découvre en deux clics les passions, l'âge et le physique, avec plus ou moins de précisions, de nos possibles partenaires. La drague moderne est devenu la même chose qu'acheter ses commissions : on se retrouve face à un vaste choix, et l'on choisit en fonction de critères financiers, du goût, de l'apparence et de notre expérience accumulée. Je ne lui ai demandé qu'une seule chose pendant notre face à face : "Et toi, est-ce que tu crois à l'amour ?".
Je l'ai raccompagné jusqu'à chez elle, elle me dit, avec son accent dont je ne me lasserai jamais, ces mots : "Stéphane, tu me plais.". On s'est embrassé quelques minutes et elle m'a laissé sur le perron de son immeuble. Elle m'a fait comprendre, à sa manière, qu'une fille comme elle, se mérite. A mon tour de me poser une question : "Vas-tu avoir la motivation suffisante pour te lancer dans une relation qui va prendre du temps, avec une fille que tu connais finalement peu, et qui habite à plus de trois heures de train de chez toi ?". Honnêtement, non. Dommage, parce que moi aussi, elle me plaisait bien.

mardi 5 janvier 2010

Samedi 2 Janvier

Je ne fais pas partie de ces gens qui envoient en masse, et par texto, les souhaits pour la nouvelle année. Ces messages n'ont rien de personnel, ont été écrits à la va-vite, entre une embrassade et une gorgée de champagne, sont remplis de banalités et de niaiseries : comme si ces personnes avaient quelque chose à faire que l'année 2010 m'apporte du bonheur, de la santé, et évidemment de l'amour. Je ne suis pas un hypocrite, alors je me contente d'appeler mes amis proches, ma famille, tout ceux à qui j'ai envie de souhaiter sincèrement une bonne et heureuse année 2010. Les autres, ils peuvent crever pour que je daigne leur répondre.
A ma grande surprise, Clara fait partie de ce groupe de spammeurs : "Bonne année ! Pleins de bonnes choses pour cette nouvelle année ! Bisous, Clara". Il est, je pense, impossible d'envoyer un texto de saint-sylvestre plus minable que celui-ci : un message pour le geste, sans aucune profondeur ni arrière-pensée, vide de subtilité, de sentiment et de sincérité. Je ne sais même pas ce qu'elle devient, où elle est, ce qu'elle fait, ce qu'elle a pensé de ma déclaration, si je lui manque ! J'aurais préféré qu'elle m'oublie totalement, plutôt que de recevoir ce genre de message qu'on envoie à tout le monde, comme si je n'étais qu'un parmi d'autres. Maintenant, c'est sur et certain : notre histoire est officiellement fini.

lundi 4 janvier 2010

Vendredi 1er Janvier

Pour commencer l'année, je pourrais raconter comment nous nous sommes moqués de Rémi et de son absence d'intelligence, comment Alexandra encourageait Eric à faire n'importe quoi, comment Eric a vomi sur une gargouille qui surplombait l'entrée, comment j'ai réussi à faire croire que j'étais le digne héritier d'une noble dynastie à deux pauvres filles aussi blondes que stupides.
J'aimerais plutôt parler de Sara : elle était tout aussi perdue que moi, dans cette foule de jeune gens BCBG qui riaient de vive voix une coupe de champagne à la main. Ses yeux étaient aussi bruns que les miens, ces cheveux rebondissaient sur ses épaules, elle avait un petit grain de beauté sur le coin gauche nez, je suis tombé immédiatement sous le charme. J'ai surpris une larme se dandinait le long de sa joue, ce fut ma raison, mon accroche pour venir lui parler : "Ne sois pas triste, ne pleure pas, il paraitrait qu'il faut être optimiste dans la vie, enfin, c'est ce qu'on m'a dit !" Elle a essuyé sa larme, et m'a répondit avec un accent doux et tellement mignon : "pardon, je n'ai pas compris. Je suis espagnole, je ne comprends pas tout le français." Elle m'expliqua qu'elle s'était faite opérer de la myopie, et que les larmes n'étaient que les effets secondaires de son opération chirurgicale. Elle me souriait, ne voulait pas brusquer cette histoire, me parlait de ses études en Erasmus, de sa ville d'adoption, Madrid, qu'elle aimerait quitter pour Valencia, sa ville natale. J'était tombé amoureux de ses yeux, je voulais me réveiller le lendemain auprès d'elle, et les voir s'ouvrir petit à petit à mesure que le jour se lèverait. Putain, ça y est, je redeviens romantique ! Sara a presque la trentaine, mais elle garde un charme ahurissant : c'est simple, je pensais, à la simple vision de ses fesses, qu'elle était plus jeune que moi. Une question me venait à l'esprit : est-ce que toutes les Sara, avec ou sans 'h' à la fin, ont des fesses qui nous feraient vendre père et mère pour simplement pouvoir les frôler de la paume de la main ?
Elle m'a dit, quelques instants, avant qu'elle parte : "Stéphane, il ne se passera rien ce soir. Avec moi, c'est sérieux et c'est tout. Mais si tu es vers chez moi, appelle-moi." Je repars dans moins de trois jours, je vais devoir agir vite.

Jeudi 31 Décembre

Nous sommes invités, Eric, Alex et moi, chez un garçon qui se dénomme Rémi. Je ne le connais absolument pas, et Eric à peine. C'est dire dans quel plan foireux nous allons mettre les pieds !
Rémi, l'hôte de la maison, a un nom à particule, a les cheveux un peu longs et bien coiffés, porte sur sa photo de profil de Facebook, une chemisette rose, et un pull beige noué sur les épaules. Bref, une belle tête a claques !
Eric a emprunté la voiture de son père et nous nous dirigeons vers le domaine des parents de Rémi. Oui, il vit dans un château. Nous sommes des manants, se dirigeant vers le manoir du seigneur des alentours.
La soirée, selon Eric, même si j'ai du mal à le croire, sera sans chichi, à la bonne franquette. J'ai peur que nous nous rendons à un rallye, ce type de fête où seule la jeune bourgeoisie a accès. Pour autant, j'ai décidé que ce soir, je m'appelerai Stéphane de Gascon de Varennes, jeune duc du Limousin, actuellement trente-cinquième dans l'ordre d'attribution du trône de roi de France.

Mercredi 30 Décembre

Il n'y a pas si longtemps, je travaillais toute la journée, ou plutôt, je pointais tous les matins, je surfais sur Internet, de Facebook à Vie De Merde, des horaires de bus aux horaires de train, j'attendais que le temps passe, je prenais mon mal en patience. Aujourd'hui, et depuis quelques jours, je suis en vacances, la vie est belle. Je glande toujours autant, je regarde la télé, je zappe sur canal satellite et ses innombrables chaînes, je lis les livres que l'on m'a offert à Noël, du plus intéressant (le dernier Beigbeder) au plus navrant (la bande-dessinée des blondes, volume 3), je me gave de chocolats et de papillotes, derniers vestiges des repas de fête.
J'en ouvre encore une, une dernière pour la forme, praliné chocolat noir, je ne m'en lasse pas ! Je vais revenir à Paris avec quelques kilos en trop, que j'ai déjà prévu de perdre rapidement.
Je déplie le proverbe enroulé autour de la gourmandise, je pose le chocolat sur le bout de la langue, et je lis les quelques phrases alignés sur ce bout de papier : "Apprends comme si tu devais vivre pour toujours, et vis comme si tu devais mourir ce soir. Proverbe tibétain." Il n'y a pas à dire, mais ils sont balèzes ces tibétains !