samedi 31 octobre 2009

Samedi 31 Octobre

J'ai répondu au texto de Clara avec deux jours de retard : "On se voit ce soir si tu veux, j'ai rien de prévu. Bisous". J'aimerais lui dire que la sincérité de son précédent message ne m'a pas laissé insensible, que j'éprouve moi aussi les pire difficultés à lutter contre mes sentiments.Je me retiens de lui ouvrir mon coeur, mais je m'interdis désormais tout élan (et relan) de romantisme, pour mon bien-être amoureux. Mon téléphone vibre, sa réponse ne s'est pas fait tarder : "ok, viens chez moi après manger. bisous". Plus besoin de passer par la case "rendez-vous dans un bar", je suis directement invité à passer la nuit chez elle. C'est pas plus mal, j'apprécie les personnes qui vont directement à l'essentiel.

vendredi 30 octobre 2009

Vendredi 30 octobre

Alléluia ! Dernier jour de formation ! Je m'assois à une des dernières places du fond, heureux que cette torture prenne finalement fin aujourd'hui. Cédric, comme à son habitude, arrive en retard de quelques minutes, ne s'excuse pas, et s'installe à la table à côté de moi. C'est ma chance, j'entame rapidement la conversation :

"Heureusement que c'est le dernier jour ! Je n'en peux plus de toutes ces diapos, ces croquis de programme, de tous ces geeks autour de moi !".

"Oui c'est totalement inutile. Surtout que je suis capable de vendre ces trucs sans savoir comment ça marche. Cela s'appelle le bagou".

Ou la modestie, chacun son opinion. Je lui réponds :

"oui, tu as totalement raison. Au fait, c'est toi qui rejoint mon secteur de vente ?". Il me prend de haut, me regarde comme si j'étais un mendiant venu demander l'aumone et me dit : "Si tu appartiens au seul secteur qui ne réalise pas ses objectifs, alors oui. J'ai été nommé pour changer la donne. Ma mission sera de faire remonter la pente. Et il y a du travail ! Mon prédécesseur n'avait aucun talent, ses techniques de vente et sa façon de manager datent de la préhistoire".

J'aimais bien mon ancien chef : il était plus tout jeune, certes, mais il avait une aura, du charisme et surtout il était respecté, je ne suis pas sur que Cédric le sera. Son téléphone sonne, la musique techno électro dance résonne et se propage dans toute la salle, Cédric prend son temps pour regarder sur l'écran de son iPhone qui l'appelle et sans même attendre d'être sorti de la salle, répond bruyamment : "Ouais, ça va ? je suis toujours à cette formation de merde, putain je perds mon temps. Sérieux, quelle merde "Tout le monde le regarde, ébahis ou choqués par son irrévérence : ce petit con est, pour la plupart des gens ici, notre futur boss. J'ai un désagréable pressentiment, celui que mon envie d'être épanoui au travail restera au stade d'utopie tant que je resterai dans cette entreprise.

jeudi 29 octobre 2009

Jeudi 29 Octobre

Clara m'a écrit un texto : "Peut-être que tu ne le souhaites pas, peut-être que je suis trop naïve de croire en toi, mais j'aimerais qu'on se revoit. Rappelle-moi". Je ne comprendrais jamais pourquoi les filles sont attirés par les mecs qui les prennent pour des connes. Je me suis cassé de chez elle comme un voleur, et elle veut que je lui passe un coup de fil. C'est fou, mais je me suis fait à cette bizarrerie. Pour leur plaire, il faut les ignorer, ne jamais leur téléphoner sans qu'elles ne s'y attendent ou ne leur faire que rarement de compliments à l'improviste. La plupart se méfie de la gentillesse spontanée, des mots doux trop fréquents, des hommes qui perdent toute leur virilité en leur présence, et veulent des machos, des bad boys, des petits cons. Pour qu'une fille tombe amoureuse de moi, je me comporte comme un vrai goujat : je fais exprès d'oublier les dates d'anniversaire que seules les filles et les garçons fleurs bleus retiennent ("notre premier mois ensemble", "la première fois où on s'est embrassé", "notre premier week-end en amoureux" etc.), je ne raconte jamais de personnel, sur mon enfance, mes passions, ma famille, je partage peu, je reste mystérieux. J'essaye de ne jamais m'emballer, de toujours garder la tête froide, de ne faire ressortir aucune émotion. Il n'y a qu'avec Anna que j'ai du mal à garder ce personnage d'égoïste distant, mais c'est bien l'exception. Vu de l'extérieur, je suis un mec détestable avec les filles. Et c'est vrai, je ne m'en cache pas. Etre un enfoiré de première est le prix à payer pour se sentir, et être, désiré.

mardi 27 octobre 2009

Mercredi 28 Octobre

Cédric est un commercial, nous nous connaissons à peine, nous ne travaillons pas dans le même service, il est juste une une connaissance du travail. Nous avons intégré la boîte à peu près en même temps, mais nos trajectoires de carrière sont très différentes : pour faire simple, le secteur de ventes auquel j'appartiens a de très mauvais résultats, le sien d'excellents. Il est le celui qui monte, celui qui a écrasé tous ses adversaires potentiels, celui qui grimpe la hiérarchie plus vite qu'une jolie secrétaire prête à tout pour obtenir une promotion canapé. Il est ambitieux, charismatique, musclé et porte un costume sur mesure. Il est en train de se faire un nom au sein de l'entreprise, et tout ça, à 27 ans. Les filles l'adorent, les hommes s'en méfient. Il a commencé la formation ce lundi, il s'installe lui aussi au dernier rang, et je l'observe tous les jours, je le vois écrire des textos, sortir de la salle pour répondre à un faux appel urgent, bailler aux corneilles et ne pas cacher son profond ennui, regarder ce qui se passe par la fenêtre pendant plus d'une heure, mater sans scrupule les fesses de la jeune stagiaire assise en face de lui. Il s'ennuie tout autant que moi et il ne se prive pas pour le montrer, alors que moi, j'essaye continuellement de masquer ma lassitude. Aujourd'hui, j'ai appris par un collègue que Cédric, à moyen terme, deviendrait mon chef. Dans les jours qui suivent, je compte bien m'en faire un allié, ça pourrait m'être utile.

Mardi 27 Octobre

Je racontais à Eric mon week-end, et mon rencart avec Clara. Il m'écoutait religieusement, intéressé par la tournure que ce rendez-vous avait pris.

Moi : "Et puis à la fin, dimanche matin, je me suis barré de chez elle, sans rien lui dire."

Eric : "Elle te plaisait pas ?"

M : "Non, elle était très jolie !"

E : "Elle t'a saoulé toute la soirée, elle est conne ?"

M : "Non plus. Ca s'est très bien passé, elle m'a même fait rire."

E : "C'était un mauvais coup alors ?"

M : "Non, pas vraiment."

E : "Elle ronflait ?"

M : "Euh ... non".

E : "Elle puait, elle avait les dents pourries, elle louchait, elle t'a parlé de Jésus et de ses potes, de mariage, des animaux, du prénom de ses futurs enfants, de tous ses ex, de ses règles ?"

M : "Rien de tout ça."

E : "Mais pourquoi tu l'as envoyée chier alors ? Je comprends pas. "

M : "J'ai envie d'être en couple, mais pas tout de suite, dans quelques années. Je ne cherche pas la fille parfaite, c'est juste que j'ai envie de m'amuser."

"C'est à dire ? Tu comptes t'amuser jusqu'à quand ?"

M : "Jusqu'à que je devienne grand, jusqu'à ce que je sois lassé ... Tu me fais chier j'en sais rien ! Pour l'instant, ça me plait d'être célibataire, de faire ce que je veux quand je veux, de mater des culs sans avoir mauvaise conscience."

E : "...". Eric soupire pendant plusieurs secondes.

M : "Oui ?"

E : "Non, c'est juste que tu n'as pas conscience de la chance que tu as, de pouvoir te dire : "bon de toute façon, je m'en trouverais une autre dans pas longtemps pourquoi rester avec elle, elle me cassera forcément les couilles un jour au l'autre".

M : "Oui, c'est le principe."

E : "Elle est bien, mais sa copine aussi est canon, la fille du bureau me fait craquer, la soeur de ce pote me fait rêver ... je les veux toutes, avant que ça ne soit trop tard."

M : "Et alors ?"

E : "Alors ? On a pas tous la chance d'être né beau gosse. Moi, de mon côté, tout ce que je souhaite, c'est d'en trouver une qui veut bien de moi. Et si une fille m'invite à dormir chez elle, ne t'inquiète pas que je me barrerai pas comme un voleur. Au contraire, je lui apporterais le petit-déjeuner au lit et je lui dirais : "s'il te plait, ne me laisse jamais partir de chez toi, je ferais tout pour te rendre heureuse"."

Quelques minutes plus tard, je raccrochais, la boule au ventre. Que les filles me trouvent mignons, qu'elles me traitent de salops, ça me fait ni chaud ni froid. Mais qu'Eric me fasse la morale, ça ne me laisse pas indifférent.

lundi 26 octobre 2009

Lundi 26 Octobre

Quelle joie de reprendre la formation : deux heures que ça discute, ça plaisante, deux heures que je ne me sens pas concerné par le spectacle. Ma feuille est parsemée de gribouillis, de spirales infinies, de pénis disproportionnés. J'ai dessiné une fille topless en bas à gauche de la page, j'ai raté son visage mais pas ses hanches, qui rendraient jalouses Shakira et ses consoeurs. Dans le coin supérieur droit, un avion de ligne s'envole vers de nouveaux cieux et quitte ce monde de geeks vétus de tee-shirt "I love my PC" et précédés par leur leader, un petit bonhomme que j'ai tenté de faire ressembler au formateur, sans succès. Comme prévu, celui-ci a dirigé son cours, ce matin, habillé exactement comme lundi dernier, avec son inséparable pantalon beige et son pull rouge de début de semaine. Il me fait peur, son style vestimentaire m'effraie, son rire de phoque me tétanise. J'aimerais partir loin, très loin d'ici. Pourquoi même dans cette immense sale n'y a-t-il pas de porte de sortie ?

dimanche 25 octobre 2009

Dimanche 25 Octobre

Hier, debout devant le bar, j'examinais les passants et ainsi découvrir qui serait donc mon rencart mystère. "Pourvu que cela ne soit pas cette fille gothique, à la peau couleur aspirine. Par contre, cette petite brune qui s'approche vers moi, je lui caresserais bien les fesses", pensais-je. Plus cette dernière s'approchait, et plus elle me disait quelque chose. Sa démarche ne m'était pas inconnue, son visage devenait familier à chaque pas qu'elle faisait. Ses yeux étaient du déjà-vu, ces seins du déjà-peloté.

"Salut Stéphane, ça va depuis le temps ?"

"Ah salut Clara ! Je ne m'attendais pas à te voir ... aussi ... aussi ... belle".

Elle riait, son sourire n'était pas forcé, ses dents blanches étaient si brillantes que toutes les lumières de la rue donnaient l'impression de s'y refléter. Ses yeux étaient toujours aussi noirs, sa silhouette avait gardé toute sa finesse, sa fine cicatrice au-dessus de sa joue droite, aussi sexy qu'un grain de beauté, était toujours là, comme pour prouver que le temps n'avait eu aucun effet sur ce qu'il me plaisait physiquement chez elle. Nous nous sommes rencontrés la première fois à nos dix-neuf ans, dans une soirée entre nouveaux étudiants à Rennes. A cette époque, je ne me saoulais pas à chaque fois que j'en avais l'occasion, je restais sobre en soirée et obsédé par l'idée de baiser avec une fille. J' y ai rencontré Clara, on s'est retrouvé assis, par hasard, l'un à côté de l'autre. Elle a parlé la première : "tu connais quelqu'un ici ?". Deux jours plus tard, j'ai fait avec elle l'amour pour la troisième fois de ma vie. Pour Clara, étonnamment, ce fut sa première. Notre histoire n'a pas marché, ou plutôt, je ne voulais pas d'une relation sérieuse, enfin, pas tout de suite. On s'est séparé au bout d'un mois, et on s'est retrouvé plusieurs fois pour un coup d'un soir (elle a été ma première fucking friend), on s'est perdu de nouveau quand elle a changé d'école, il y a plus d'un an. Et là voilà qui réapparait, quand je m'y attendais le moins. Deux heures plus tard, dans l'ascenseur qui menait à son appartement, je lui sussurais dans l'oreille : "j'ai envie de toi.". Visiblement, si l'on suit la trajectoire de sa main droite, elle aussi.

Je me suis réveillé dans son lit ce matin, vers neuf heures : elle dormait profondément, je n'ai pas voulu la réveiller. Habillé comme hier, je suis sorti sans l'embrasser sur la nuque, sans lui laisser un petit mot collé sur le frigo, et tout ça sans aucun remord. Dans ma tête, j'ai toujours dix-neuf ans.

samedi 24 octobre 2009

Samedi 24 Octobre

Onze heures du matin, l'iPhone vibre et me réveille. Sur l'écran du téléphone, mes yeux embrumés mettent du temps à discerner la réception d'un nouveau texto. Intéressant, il a été envoyé par un numéro que je n'ai pas, ou plus, dans mon répertoire. "Salut tu vas bien depuis le temps ? Je suis à Paris depuis quelques jours, ça te dit de se revoir ? :) Je t'offre le coup à boire si tu veux :) Bisous :)". Je n'ose pas répondre "Ça dépend : tu es qui ? Si tu es intéressée par diverses activités sexuelles et que tu n'es pas trop moche, sache que je ne suis pas contre.". Elle (ou il, d'ailleurs), pourrait mal le prendre.
J'en arrive à la conclusion, par une étude grammaticale du texto, que l'auteur de ce message est probablement Anna : la même manière d'écrire, les smileys souriants ponctuant chaque fin de phrase, l'absence de fautes d'orthographe. Quel con d'avoir supprimé son numéro ! En espérant fortement que cela soit elle, je lui réponds : "bien sur, on peut se voir dès ce soir si tu veux, je n'ai rien de prévu !".Cinq minutes plus tard, elle me répond par un simple "OUI", en lettres majuscules, suivi de l'adresse d'un bar dans le XIème arrondissement. La soirée s'annonce bonne et intense, je croise les doigts pour ne pas avoir donné rendez-vous à un boudin infame.

vendredi 23 octobre 2009

Vendredi 23 Octobre

Une demi-dizaine de filles aimerait être avec moi. Pas mal, non ? Malheureusement, je n'ai que très peu de chances d'être avec l'une d'entre elles. Pourquoi ? Parce qu'elles sont toutes déjà engagées dans une histoire sérieuse. Et pourtant, à leurs yeux et selon leurs propres mots, je suis gentil, mignon, intéressant, drôle, et j'en passe, pour éviter que mes chevilles ne gonflent trop. Frustrant, comme situation, non ? Je sais bien, et j'ai tout fait pour leur faire changer d'avis : je leur ai écrit des lettres d'amour, offert des fleurs, des cadeaux au bas de leur porte, envoyé des cartes postales du bout du monde, composé des mélodies avec ma guitare, je les ai fait rire aux larmes et pleurer de bonheur, j'ai traversé la France en train pour simplement les voir, je les ai rendu hésitantes sur leur couple actuel sans jamais les forcer à quitter leur mec, je leur ai donné envie, l'espace d'un moment, de m'embrasser. J'ai déclaré ma flamme à Marianne dans un bar bondé, à Claire en face d'une porte cochère le coeur battant à 10 000 à l'heure, à Anna assis dans son canapé le regard perdu dans ses yeux, à Marie debout main dans la main le long d'un quai de la gare de Rennes. J'ai souvent été maladroit, impatient, mais toujours sincère. Tous ces efforts, ces petites attentions, n'ont malgré tout rien changé : je suis célibataire. Et j'en ai entendu, pourtant, des promesses !
"Si je n'avais de copain, je te ferais l'amour avec toi sur le champ".
"Tu me plais tellement ... mais je ne peux pas me débarrasser de mon mec comme ça. Donne moi du temps".
"J'ai envie de le quitter pour toi." "Et bien quitte le !" "Ce n'est pas si facile". "Si. Il suffit de l'appeler, lui dire que c'est fini, lui raccrocher au nez, m'embrasser".
Chères demoiselles que j'ai tellement désiré, je n'ai pas la prétention de dire que je serai un meilleur petit ami. Mais votre peur de changer, de quitter votre relation confortable et linéaire, dans laquelle vous n'êtes pas forcément épanouies, me chagrine profondément. Eric vous conseillerait de foncer, de tenter l'inconnu, de prendre ce risque, il vous dirait qu'on ne vit qu'une fois, carpe diem, demain ce sera bien, vous réciterait d'autres proverbes débiles dont il a le secret. Mais pour une fois, je le rejoins dans sa pensée : j'aurais tout tenté pour que vous me donniez ma chance, je n'aurais pas de regrets. Ce ne sera peut-être pas votre cas.

jeudi 22 octobre 2009

Jeudi 22 Octobre

Notre formateur nous a fait une surprise vestimentaire aujourd'hui. Je pensais naïvement qu'il garderait son pull rouge toute la semaine, et bien, miracle, non ! Bon, il porte toujours le même pantalon beige, trop de changement d'un coup aurait pu tous nous perturber. Je me demandais quelle était la cause de ce changement radical de look : peut-être s'était-il taché à la cantine hier midi ? Sa maman lui lave-t-elle son linge le mercredi ? La question restait ancré dans mon cerveau, et ne voulait pas en sortir. Et puis, finalement, en l'observant et en l'examinant de longues minutes, ma main gauche frottant les poils de mon menton, la vérité éclata au grand jour : c'était exactement le même pull ! La même marque, le même motif, les mêmes coutures, le même col en V que celui du début de la semaine, seule la couleur différait, le rouge bordeaux laissant place à un classique gris pale. Mon Dieu, comment ai-je fait pour ne pas m'en rendre compte plus vite ? Il possède donc deux pulls, un qu'il porte en début de la semaine, et l'autre le jeudi-vendredi. A peine avais-je répondu à cette question, que d'autres venaient troubler mon esprit : comment s'habille-t-il le week-end ? A-t-il un troisième pull ? Si oui, quelle est sa couleur ? Vert ? Bleu ? Noir ? Je parierais bien sur un troisième pull noir.

mercredi 21 octobre 2009

Mercredi 21 Octobre

Nous nous appelons, Eric et moi, chaque semaine : Je lui raconte mes problèmes, il tente de les résoudre.

"Quoi de neuf mon pote ?"

"Pas grand chose. Je suis en formation, c'est pas vraiment intéressant ..."

"C'est quoi une formation ?"

"C'est comme à l'école, t'as un gars qui te sort des trucs qui t'intéressent pas, alors tu dessines sur ta feuille en attendant que ça se passe."

"Tu es obligé d'y aller ?"

"Ouais. Vivement que ça se termine ... c'est pire que les cours d'éducation civique au collège avec Madame Trinquant ! "

Il rit. "C'est un peu à cause d'elle si j'ai arrêté l'école en seconde ! "

Eric prend une pause avant de se lancer dans sa prose philosophique.

"Enfin, tu sais ... je vais encore te le répéter, mais voilà, je te le dis quand même: te prends pas la tête, car de toute façon, demain, ce sera bien".

"Ah, enfin, la voilà, je me demandais quand tu allais me le dire. Tu ne t'en lasseras jamais, non ?"

"Ben non. Jamais !"

Combien de fois j'ai entendu cette phrase de la bouche d'Eric. Des centaines, des milliers, peut-être. "Demain, ce sera bien", c'est sa réplique fétiche, son gimmick, sa formule magique pour guérir de toutes les blessures morales. Sa philosophie est assez simple : la vie est trop courte, pourquoi prendre le temps de se lamenter ? De toute façon, on ne peut éviter la tristesse, la solitude, la peur, les ruptures, la nostalgie. Alors, quand les soucis s'accumulent, Eric n'y pense plus, et persiste à croire que demain, tout s'améliorera, que nos problèmes s'estomperont avec le temps et quelques bonnes bières. Le ciel retrouvera alors son bleu originel, les animaux gambaderont dans la foret verdoyante, la pollution disparaitra en un instant, l'humanité toute entière deviendra sage et trinquera au bonheur, à la joie, à l'amour. Je vous l'accorde, c'est assez simpliste et donne l'impression d'être tiré d'un conte de fées, mais Eric arrive à y croire. Il est le candide de Voltaire, en plus alcoolique. Un Winnie l'Ourson qui traine dans les bars.

lundi 19 octobre 2009

Mardi 20 Octobre

Lorsque j'étais étudiant en école de commerce, quand un cours ne m'intéressait pas, je m'asseyais à l'extrême opposé du professeur, à côté de la fenêtre ou près du radiateur, selon les saisons. Je m'éloignais des premiers de la classe, des fayots et des élèves sérieux, j'aimais suivre le cours par intermittence, entre jets de boulette, parties de touché-coulé et discussions entre "les glandeurs du fond", comme un professeur nous avait gentiment surnommés. Aujourd'hui, et pour la première fois depuis l'obtention de mon diplôme, j'ai la désagréable impression d'être de retour à la fac : j'assiste en ce moment même à une formation qui répond au doux nom de "introducing the software XXX to our new employees". Même si notre langue maternelle, à chacun d'entre nous, est le français, toute la présentation, les graphiques, les titres de chapitre comme les légendes en bas de page, sont écrits uniquement en anglais. Un mec en pull celio rouge et pantalon beige, probablement habillé par sa mère, nous traduit ligne par ligne, et mot à mot, le texte projeté sur le tableau blanc. Ces quinze jours vont être longs. Très longs.

Lundi 19 Octobre

Au vu de mes pitoyables résultats de vente, mon supérieur m'a "fortement conseillé" de passer deux semaines au service informatique de l'entreprise, où j'assisterai quotidiennement aux formations sur les dernières nouveautés de la marque. Je ne sais pas encore si c'est une bonne idée, mais mon dieu, je m'apprêtai à vivre quinze jours à vivre avec des geeks ! Est-ce que je vais survivre à ça ? On pourrait en faire une émission de télé-réalité : Je suis un commercial, sortez moi de là ! Ce matin, ça n'a pas manqué : dès mon arrivée dans le secteur des tee-shirt-jeans-pull à capuche-acné-barbe mal rasé, j'ai compris à travers leurs regards que l'adaptation du pingouin cravaté ne sera pas chose aisée.

dimanche 18 octobre 2009

Dimanche 18 Octobre

Les femmes enceintes ne me gênent pas, enfin pas toutes. Quand j'en rencontre une sympathique, intelligente et drôle, j'imagine son futur enfant poli et gentil, ouvert d'esprit, plein d'avenir. La femme d'un ami d'Arnaud (mon gentil colocataire armoire à glace), attend un petit garçon pour dans cinq mois, malheureusement elle est à des années lumières de faire partie de cette catégorie. Elle crie pour se faire entendre, râle quand son copain lui coupe la parole et impose ses sujets de conversation, évidemment qui ne tourne qu'autour de sa petite personne : son chat Twiky "trop chou avec sa petite tâche noir autour de l'oeil", son bébé "tout mignon à l'échographie" et elle, "qui adoooooooooooooooore être enceinte". J'aimerais avoir le culot de lui proposer de l'argent pour financer son avortement, et éviter ainsi qu'un nouvel abruti mal élevé vienne peupler la Terre.

samedi 17 octobre 2009

Samedi 17 Octobre

J+3 après l'effacement numérique complet d'Anna. J'attends un texto de sa part, une demande d'explication : "mais pourquoi tu m'as supprimé de facebook ? Bisous". Si elle m'écrit, je ne lui répondrai pas. Enfin, pas tout de suite. Elle me manque, j'ai envie d'elle, je suis malheureux sans son odeur, sans ma main sur son sein, sans mes doigts dans ses cheveux dorés. Combien de temps sera-t-il nécessaire pour qu'elle disparaisse, tout au moins, de mes désirs, de mes fantasmes ? Une éternité, j'en ai bien peur. Si Eric est un connard d'optimiste, je suis bel et bien un enfoiré de romantique.

vendredi 16 octobre 2009

Vendredi 16 octobre

Mon boulot consiste à appeler des gens et à leur mentir. Quand je me présente au téléphone, je me décris comme le responsable commercial adjoint de mon entreprise. En vérité je suis en bas de l'échelle, exploité comme un stagiaire. Je leur assure que mon logiciel est le meilleur du marché, j'ai compris récemment, suite aux nombreuses plaintes reçues au service après-vente, que ce n'est pas le cas. Je leur précise que je suis tout habilité à leur faire un bon prix s'il le souhaite, en réalité, j'en suis totalement incapable. Je donne l'impression que je connais le logiciel comme ma poche, évidemment, ce n'est pas vrai. Je les invite à me rappeler s'ils ont des questions, ils me répondent qu'ils le feront bientôt, et c'est à ce moment là que les rôles s'inversent : c'est maintenant à mon tour d'entendre la douce mélodie du pipeau.

jeudi 15 octobre 2009

Jeudi 15 octobre

Petit repas entre colocataires. Depuis que Sarah est revenu en France, Arnaud et moi subissons quotidiennement ses conversations moitié en français, moitié en espagnol. "Ola ! Qué tal ?", "Muchas Gracias", ""El queso, por favor". Partager le diner avec elle est insupportable, elle m'énerve ! Je fixe mon plat de pâtes, le regard vitreux et la bouche entrouverte, en attendant que le brouhaha imposé par Sarah s'éloigne. Arnaud n'affiche lui aucun sentiment, tel un joueur de poker concentré sur son jeu. Je me demande si, est-ce qu'à l'intérieur de sa tête, ça chauffe, ça bouillonne, ça explose ? Ne crève-t-il pas d'envie, tout comme moi, de lui hurler à la figure : "Mais tu vas fermer ta gueule, putain ! On ne peut pas bouffer tranquille, pour une fois, sans que tu nous casses les couilles ? " Je suis un homme franc et charismatique, qui dit tout haut ce qu'il pense, sans se soucier des conséquences. Mais seulement dans mon imagination. En réalité, je suis un pleutre qui sait parfaitement se faire oublier.

mercredi 14 octobre 2009

Mercredi 14 Octobre

J'ai presque écrit un texto à Anna. Je me suis tellement trouvé pathétique à la relecture ("salut ça va? Qu'est ce que tu deviens, tout va bien de ton côté ?") que j'ai supprimé mon message juste avant de l'envoyer. Je devenais ridicule, il était temps d'appliquer à la lettre les conseils d'Eric, et de la sortir définitivement de ma vie : j'ai effacé son contact de mon téléphone, bloqué son adresse mail, j'ai brutalement mis fin à notre amitié sur facebook et je ne suis plus un follower sur son Twitter. En théorie, il n'existe plus de lien entre nous, hormis tous les souvenirs que nous partageons. J'aimerais, comme dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, l'effacer de ma mémoire tel un fichier inutile de mon disque dur, détruire la moindre petite neurone qui me fait penser à elle. Je l'imagine, comme dans ce film, être tenu au courant de mon acte désespéré par une lettre recommandée : "Stéphane XXX a décidé de vous effacer de sa mémoire, veuillez dès à présent ne plus l'importuner. N'essayez plus de rentrer dans sa vie, de le faire changer d'avis, il est déjà trop tard".

mardi 13 octobre 2009

Mardi 13 octobre

Sarah, ma colocataire, vient enfin de rentrer de vacances. Elle était partie une dizaine de jours à Barcelone, rendre visite à une de ses amies, une étudiante française expatriée via le fameux programme d'échange Erasmus. Selon Sarah, je cite, sa "copine a trop de la chance", elle "vit un conte de fée catalan", elle "boit de la sangria pour trop pas cher", "fait la fête avec des mecs du monde entier" etc. Pour résumer de manière simple et concise : Barcelone, c'était bien, et elle y retournera. Mais qu'ont donc tous ces gens avec leurs envies de voyage ? J'imagine que c'est dans le but de sortir du train-train quotidien, de s'échapper de la routine, d'oublier les soucis du boulot, de s'échapper de notre petite vie sans surprise. Peut-être qu'il est temps que je me fasse tamponner le passeport, vierge de tout passage de douanes ...

lundi 12 octobre 2009

Lundi 12 Octobre

Je repense sans arrêt à Damien. Non pas que sa petite moustache fine ait réveillé ma libido, mais je me questionnais, comment ce garçon clairement ordinaire était devenu un insatiable globe-trotter. Quel a été l'élément déclencheur qui a fait que ce lycéen qui ne venait pas à nos soirées parce que c'était trop loin décide comme d'une envie de pisser d'aller au Pérou ? Je n'ai pas osé lui demander. J'aurais du.


Sinon, en me relisant, je me suis rendu compte que vendredi dernier, j'ai cité une chanson d'un film de Walt Disney pour argumenter mon point de vue. Certains mentionnent Descartes, Malraux, Socrate, Sartre et même BHL, moi je cite le livre de la jungle. Soyez prévenus : Mes prochaines citations seront de Jean-Claude Van Damme, Steevy Boulay, Shrek, Plus belle la vie et Lorie.

dimanche 11 octobre 2009

Dimanche 11 octobre

Je rencontre sur le quai, de la gare Part-Dieu, Damien, une vieille connaissance du lycée. Il y a quelques années, nous étions dans la même classe : nous n'étions ni les meilleurs amis du monde, ni ennemis, seulement deux personnes qui se connaissent de nom, mais qui s'oublieront très vite. D'ailleurs, je ne me souvenais plus de lui, et je ne l'ai pas reconnu quand il a hélait mon nom avant que je n'entre dans le train.


Je n'ai jamais rejoint ma place, Damien m'a invité à boire au bar du TGV : il m'offre un verre de Carlsberg, probablement la meilleure bière du monde (enfin c'est ce qu'on peut lire en anglais sur l'étiquette de la bouteille). Depuis le lycée, beaucoup de choses ont changé, surtout pour lui. Damien est devenu une sorte de débrouillard informaticien bac+2, au look alter mondialiste : pull à capuches vert pomme un peu trop mure, barbe d'une semaine, dreadlocks récemment coupés, pantalon ample,il ne porte pas de montre et ne possède même pas un Iphone. Damien parle toujours beaucoup, et fait involontairement ressurgir des souvenirs que je pensais perdu à jamais. Son sujet de prédilection ? Les voyages. Damien a parcouru l'Amérique du Sud, traversé le Chili de haut en bas, la Russie de l'ouest en est, l'Europe de la méditerannée à la mer Baltique. Il a aussi travaillé quelques mois dans un laboratoire en Inde, étudié en Espagne et en Italie et cherche à repartir à l'étranger dès que possible.


"Et toi, Stéphane, tu as visité quel pays cette année ?". "Moi ? Je suis resté en France, à Rennes et à Paris, une semaine dans le sud près de la frontière espagnole, mais, je n'ai pas eu le temps d'aller en terre ibérique !". Je ne m'étais pas rendu compte que je n'étais plus sorti du territoire depuis des années, lors d'un voyage en Belgique avec Eric. Et quelque part, j'avais honte, surtout face à Damien, d'être autant casanier.

samedi 10 octobre 2009

Samedi 10 Octobre

J'invite Eric dans une brasserie, histoire de boire autre chose que de la bière bon marché ce week-end. Je prends une Kriek, lui commande une Hoogarden. Ma bière, aromatisée à la cerise, apporte un gout fruité à mes papilles et me rafraichit l'esprit. Eric avale quasiment d'une traite sa pinte, s'essuie les lèvres avec sa manche gauche et dérobe discrètement un sous-bock Guinness, qu'il dépose dans la poche de son manteau. Le morceau de carton circulaire rejoindra bientôt les cinquante autres épinglés sur le mur de son salon.

-"Tu te pourris la vie avec cette gonzesse, envoie la chier"

-"J'n'y arrive pas, et même si je ne l'aime plus, je pense à elle constamment"

-"Tu te prends la tête pour rien mon gars, passe à autre chose"

-"J'en ai conscience. Mais je ne sais pas comment faire pour l'oublier"

-"C'est facile : Efface la de tes contacts, jette à la poubelle tout ce qui te fait penser à elle, drague et baise des inconnues, pleure un bon coup seul dans ton lit, saoule toi à en gerber, fais la sortir de toi quoi ! "

En effet, j'ai bu à en vomir. Mais pas de chance, malgré ma bonne volonté, elle restait toujours en moi.

vendredi 9 octobre 2009

Vendredi 9 octobre

Comme à chaque fois où j'ai un peu cafard, je vais rendre visite à Eric pour le week-end. Il m'attend à la gare, le sourire aux lèvres, le pack de bières à la main. Eric est un de ces connards d’optimiste : il vit de petits boulots mal payés, a un appartement minuscule dans un quartier populaire de Lyon et n’a plus baisé depuis des lustres. Il a conscience qu'il n’est pas vraiment un garçon plein d’avenir, mais ça ne l'empêche d'être heureux. Le bonheur de chacun se définit selon des besoins plus ou moins conséquents. Dans son cas, il est comme Baloo du livre de la Jungle : "il en faut peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire".La suite des paroles s'adapte facilement à son style de vie : "Un peu d'alcool et de verdure, ce que nous donne la nature, et vous serez un jeune bien défoncé."

jeudi 8 octobre 2009

Jeudi 8 Octobre

Je termine le boulot plus tôt que prévu, je décide d'aller seul, sans mes collègues machos, boire un verre dans un bar à 10 minutes à pied de chez moi : l'ambiance est cosy, pas de piste de dance, on se croirait dans un pub irlandais, sans les posters Guinness accrochés au mur. Le barman est français, et son accent du sud est là pour me le rappeler. Je prends une pinte de Bombardier, que je déguste assis au comptoir. A ma droite, quatre filles dinent à une table : l'une d'entre elles essaye de m'éviter du regard. Je la trouve belle, et elle n'est pas insensible à mon charme. Elle est plus agée que moi, la jeune trentaine, brune aux yeux verts pales, immaculée de taches de rousseur sur les paumettes et le menton. Elle est magnifique quand elle sourit, beaucoup moins quand elle rit. Je suis incapable de l'aborder, je reste scotché à mon siège, en attendant naïvement qu'elle fasse le premier geste. Si seulement l'amour pouvait être une simple addition à deux paramètres : une fille et un garçon, qui s'attirent mutuellement. En réalité, c'est une fille et un garçon qui s'attirent mutuellement, auxquels on ajoute notre timidité, ma frustration, Anna, ton ex qui doit aussi te hanter, tes copines qui veulent que ça reste une soirée entre filles, les avantages du célibat, tes futurs caprices, mes envies d'ailleurs, ta jalousie, ton chat que je déteste déjà, et évidemment, les cinq mètres qui nous séparent.

mercredi 7 octobre 2009

Mercredi 7 Octobre

J'ai commencé mon travail de commercial il y a deux semaines. Je suis le nouveau, le petit jeune dont on se méfie, la nouvelle victime des plaisanteries douteuses de mes supérieurs hiérarchiques (heureusement que je ne suis pas une femme), le malheureux naïf qui ne se doute pas qu'on lui refile les clients les moins intéressés et les plus barbants. Ne vous inquiétez pas : je n'ai nullement envie de prendre votre place. A la moindre main tendue de l'extérieur, je m'éloignerai d'ici à grands pas.

mardi 6 octobre 2009

mardi 6 octobre

"Bonjour,

Suite à notre entretien dans vos locaux, vous avez souhaité en savoir plus sur le produit XXXX. Malheureusement, je n'ai pas trouvé réponses à vos questions ma foi fortes intéressantes, en particulier celle sur l'origine du nom du produit, comme si j'en savais quelque chose. Allez, vous m'êtes sympathique, je vais vous faire une petite confidence : ce matin, je me suis assis en face du PC, j'ai joué au solitaire, et j'ai gagné deux fois, puis j'ai surfé sur le net, j'ai regardé les derniers VDM ... pour tout vous dire j'en avais absolument rien à foutre de votre cas ! Mais à un point ! J'avais branché l'ipod sur le dernier album de Muse, que je vous conseille d'ailleurs, j'étais bien, loin de ce monde auquel vous appartenez ... J'espère que vous ne m'en voudrez pas de ne pas vous envoyer rapidement plus d'informations sur le produit XXXX, de toute façon, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure qu'il ne vous intéressait pas.

Cordialement"

Après ce bref instant de jouissance, je me suis contenté de rester dans la masse, de ne pas faire de vague :en un clic de souris le message est parti à la fois rejoindre la poubelle d'outlook et les méandres de ma frustration.

lundi 5 octobre 2009

Lundi 5 octobre

Costume noir, cravate marron, chemise bordeaux : je ne me reconnais pas. Ce boulot est en train de me transformer. J'ai rendez-vous dans une grande entreprise (que je ne peux évidemment pas citer) avec un manager en informatique responsable sécurité, qui a accepté de découvrir, ouvrez les guillemets, "nos offres découvertes pour les professionnels". Ce charabia bureaucratique m'énerve : je dois mettre en avant "notre produit", son incroyable "modularité" (bien meilleures que celle de nos concurrents), son "interface user-friendly"(très facile d'utilisation pour les vieux de la boite) et évidemment "son coût ridicule pour un produit de la sorte" (surtout si l'on compare avec nos concurrents). Je récite ma leçon apprise pendant ma semaine de formation, sans comprendre la moitié des mots que j'emploie, mais tant que mon interlocuteur sait de quoi je parle, ça me va. A la fin de mon monologue, il me pose des questions techniques auxquelles je ne sais évidemment pas répondre, je m'engouffre dans une sortie de secours : "je vous enverrai un mail demain avec toutes ces informations". Je souris, je sers des mains. Ma marque de fabrique : avant de partir, j'apostrophe mon client pour lui raconter une petite blague, niveau carambar ou Bigard, selon le degré d'humour que possède mon client. C'est triste, mais c'est toujours celle de la femme qui se fait enculer par surprise qui fait le plus rire.

dimanche 4 octobre 2009

dimanche 4 octobre

Je vis en banlieue parisienne dans un appartement moderne, peint en blanc de la cuisine au salon, équipé Ikea du sol au plafond. J’ai deux colocataires : Arnaud et Sarah. Arnaud est un roc, deux mètres de haut pour 110 kilos. Et pourtant, c’est une crème, il ne crie jamais et parle tout doucement, comme si un enfant dormait juste à côté. C’est bizarre comme la nature a fait les gens : ce sont toujours les plus petits qui sont les plus teigneux et les premiers à chercher les emmerdes. A peine rentré qu’Arnaud me pose la question du dimanche soir : « Tu as passé un bon week-end ? ». "Ca va... mais ça pourrait aller mieux si les filles savaient ce qu'elles voulaient". "Ah parce que toi, tu sais ce que tu veux ?". Comme disent les américains francophiles : Touché.

samedi 3 octobre 2009

Samedi 3 Octobre

J'ai envoyé des textos hot à toutes les garces de mon répertoire. Excepté Anna. Mes premiers messages sont sensuels, érotiques, romantiques : "j'aimerais t'avoir dans mon lit", "J'ai envie de me réveiller auprès de toi", "Si tu savais comme je te désire", "j'ai envie de te serrer dans mes bras, et voir ce qu'il se passera". Quatre vodkas orange plus tard, les textos deviennent moins subtils : "Je bande pour toi", "Mon sexe n'attend que de rentrer en toi", "J'ai une grande sucette qui demande qu'à être lécher", "Je suis célibataire et toi aussi, en attendant de trouver l'âme sœur, on baise ?». Aucune d'entre elles n'a répondu. J'ai la vague impression que, ce soir, tout le monde couche avec quelqu'un, sauf moi.

vendredi 2 octobre 2009

Vendredi 2 octobre

Quand j'achète un billet de train sur Internet, je ne choisis pas ma place, même si j’en ai la possibilité. Ainsi, si une fille canon se retrouve assise en face de moi, je me sentirai obligé de la draguer : le destin nous aura ainsi rapprochés ! Je sais, c’est con mais il y a bien des abrutis qui croient réellement à l’horoscope, je trouve ça bien plus ridicule. Aujourd'hui, je rajoute une nouvelle règle à cette coutume : Si elle ressemble à Anna, je l'invite à baiser dans les toilettes du tgv. D'ailleurs, on dirait qu'elles ont été prévues pour ça : on peut facilement rentrer à deux ou trois sans se marcher les uns sur les autres. Partouze sur le Rennes-Paris ! Je calme mes ardeurs quand je vois les trois jeunes garçons qui viennent s'asseoir autour de moi. L'un a un tee-shirt rose et les cheveux garnis de pics, l'autre un polo vert fluo lacoste et le troisième a exactement la même tête que Jean Sarkozy époque cheveux longs, mais en brun : la ressemblance est troublante. Les conversations tournent autour des gonzesses, ou plutôt des pétasses qu'ils avaient et allaient rencontrés. La phrase culte de la semaine vient d'être dite : "Non je ne cherche pas à baiser ce soir, je me limite à une sortie en boite sur deux. C'est comme l'alcool, il ne faut pas en abuser". Petit joueur.

jeudi 1 octobre 2009

Jeudi 1er Octobre

Ton matelas est directement posé sur le sol, ce qui n’empêche pas que je m’y sens bien, allongé dessus. Ma main gauche sur ton sein droit y est aussi pour beaucoup : tu ne peux pas savoir comme il m’avait manqué, ce petit coquin. J’aimerais que tu me bandes les yeux, comme la dernière fois où nous avons couché ensemble. Je veux vibrer, me sentir vivant en toi, croire en notre amour, tout en sachant que tu ne m’aimes pas. S’il te plait, accepte que je t’embrasse. Ton cœur est pris, le mien verse une larme. Une phrase stupide m’échappe : «Anna, qu’est-ce qu’on va devenir ? ». Je sais, je me pose trop de questions. Faisons l’amour, avant qu’il ne soit trop tard, avant que tu repenses à ton copain, que tu ne quitteras jamais pour moi. Faisons l’amour avant que je retombe amoureux de toi.