samedi 6 février 2010

Samedi 30 Janvier

J'ai appelé Eric plusieurs fois, il n'a pas décroché. Je lui ai laissé des messages, lui disant que c'était urgent, que j'avais besoin de son aide. Quand nous étions copains comme cochons, en quelque sorte avant qu'il rencontre Alexandra, il ne me laissait jamais sans nouvelle bien longtemps. Ke savais que dans les quinze minutes qui suivraient mon coup de fil, il allait me répondre. C'est fou cette relation que nous avions, si fusionnelle, cette amitié que je pensais bêtement éternelle. Je me voyais déjà le témoin à son mariage, et raconter en plaisantant comment nous nous étions par hasard rencontrer dans un bar, tous les deux désespérés par ces filles qui nous en faisaient déjà baver. Je ne pensais pas que notre amitié était si fragile, et qu'une seule demoiselle aurait pu nous séparer.
Désormais, Eric ne met plus un quart d'heure pour me répondre. Il met bien plus de temps. Cela fait deux jours que j'attends qu'il me réponde.
Je reste enfermé dans ma chambre, je n'ai ni ouvert la porte ni les volets depuis vendredi soir. Cela peut paraître excessif, mais je me sens démoralisé : cela fait cinq mois que j'ai quitté Anna et que j'ai rejoint la capitale pour conquérir le coeur des parisiennes et enfin être dans une relation sérieuse. Rien n'a marché, parfois à cause de mes doutes et de mes égarements, souvent sans le faire exprès. J'ai toujours essayé de faire de mon mieux, mais cela n'a jamais marché, et pire, je me sens encore plus seul qu'il y a un an, quand j'ai débarqué ici : Mon colocataire et Eric me quittent pour une fille, j'ai rendu triste et inconsolable la fille que j'étais prêt à aimer, et je partage mon appartement avec une personne qui a sciemment détruit mon couple.
Je ne dors plus depuis plusieurs jours. Mon sommeil est agité, j'ai la désagréable sensation de ne plus rien contrôler, il m'est impossible de fermer l'oeil, mon lit me rappelle ma douloureuse rupture, comme si Sarah avait laissé une trace indélébile de son corps et de son odeur sur la couette et les draps. J'ai essayé de changer de place, de dormir sur le fauteuil du salon, mais j'y redoutais de croiser ma colocataire en petite tenue, le sourire narquois, fière de sa vengeance, satisfaite de me voir plus bas que terre. Je ne peux plus vivre ici, il est vital pour Sarah et moi que je m'en aille au plus vite.

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