lundi 30 novembre 2009

Lundi 30 Novembre

La banlieue me pèse, le travail me gonfle, mes histoires amoureuses qui n'en sont pas me lassent. J'ai besoin d'une grande bouffée d'air frais, de quitter ma routine, de changer de façon de vivre. Les six canettes de bière ont été le catalyseur de cette déprime hivernale : je suis allongé sur le lit, un peu saoul mais fatigué de cette vie qui ne me plait pas. Le téléphone sonne, Clara au bout du fil, je ne réponds pas. Quelqu'un tape à la porte, Sarah veut papoter. Ce soir, je n'en ai absolument aucune envie. Elle claque la porte sans dire un mot, je soupire, je m'allonge sur mon lit, et je ferme les yeux.

La musique de Morcheeba me berce et aide mon esprit à s'évader loin de tout ça. J'aimerais tout quitter, changer de vie, faire quelque chose de fou, avoir le force et la volonté de tout quitter, de m'épanouir dans une autre voie. Mais, j'ai beau réfléchir, je n'ai aucune idée de ce que je pourrais faire d'autre qui serait mieux que ma situation actuelle. Cela doit être pour cela que tant de personnes ont peur de tout quitter et de repartir sur de nouvelles bases. Nous sommes tous coincés dans notre propre monde, incapable de prendre son courage à deux mains pour savoir ce qui se passe dans le reste de l'univers.

Dimanche 29 Novembre

"J'ai eu le coup de foudre". Eric m'a appelé assez tôt ce matin pour m'annoncer la nouvelle : il a rencontré hier "la femme de sa vie". Eric n'avait aucune envie de passer son samedi soir à stagner devant la télévision. Il s'est motivé, s'est rasé et coiffé, direction le centre-ville pour boire un verre. Il a choisi un bar aléatoirement, un qu'il ne connaissait pas. Il s'est assis au comptoir, a commandé une bière. Jusque là, tout se passait comme d'habitude : les filles l'ignoraient malgré ses regards insistants, le barman ne lui adressait pas la parole, la serveuse se forçait machinalement à lui sourire. Et puis, elle est entrée. Eric ne l'a pas remarquée immédiatement, parce que ce n'est ni une top model, ni un laideron. Elle était juste ordinaire, simple, le type de filles que l'on ne remarque pas car elle se fond dans la foule avec perfection, parce qu'elles n'ont aucune particularité physique qui pourraient nous subjuguer (yeux verts, lèvres pulpeuses, poitrine anormalement surdéveloppée) ou nous repousser (les yeux qui louchent, les dents sales, la poitrine anormalement sous-développé).

Le destin a voulu qu'elle rentre seule dans la bar, que la seule place de libre soit le tabouret à côté d'Eric et surtout, que le rencart de la demoiselle lui fasse faux bond. Elle était triste d'être seule, comme l'était aussi Eric. Il a suffit d'une seule fois, d'un seul croisement de regard, pour qu'Eric se dise : "je ne pourrais plus vivre sans elle". Le coup de foudre est une chose extraordinaire, inexplicable : pourquoi arrive-t-on à se dire que l'on veut vivre avec une et une seule personne ? Encore un mystère que la science ne peut résoudre, et que, personnellement, ne risque probablement de ne jamais m'arriver.

D'habitude, Eric n'est pas un timide : il n'hésite pas être direct et à faire comprendre qu'il veut la fille, et tout de suite. Mais cette fois-là, il avait un tel noeud dans le ventre qu'il lui était impossible de lui adresser la parole. Alors c'est elle qui l'a fait : "Et toi, pourquoi tu es tout seul ?". Il a passé sa soirée à la réconforter, a lui vendre son optimisme et sa candeur, et probablement il a du lui dire une dizaine de fois "tu verras, demain ce sera bien", "carpe diem", et "profite de la vie", comme il a l'habitude de me le faire. Et, selon les propos d'Eric, elle a aimé qu'on s'occupe d'elle avec autant de sincérité. Alors Eric est tombé amoureux aussi rapidement que sa naïveté le lui permet. J'espère qu'une seul chose : qu'elle ne s'amuse pas de lui, sinon, la chute risque d'être terrible pour son petit coeur d'artichaut.

dimanche 29 novembre 2009

Samedi 28 Novembre

J'ai passé ma soirée devant MSN, à la recherche de ma future proie qui devra satisfaire mon appétit sexuel : serait-ce le début de l'hiver et le froid qui s'installe, qui me donne envie, en ce moment, de sauter tout ce qui bouge ?
La messagerie instantanée sur Internet me permet de discuter simultanément avec plusieurs filles, ce qui est tout de même pratique quand on travaille sur plusieurs coups à la fois. Cette manipulation demande tout de même un peu d'entrainement : on doit s'adapter à chaque demoiselle, et jouer un personnage précis pour chacune d'entre elles. Je drague ouvertement la première, je conseille la seconde sur une histoire de mec, j'apprends à connaître la troisième, la petite nouvelle, je fais rire la quatrième, je montre ma tête (et seulement ma tête) à la dernière, en ayant pris soin de vérifier la disposition de mes cheveux juste avant.
La latence de la connexion et l'absence de contact physique sont deux atouts qui m'autorisent à ne pas répondre rapidement, et c'est l'intérêt principal de la drague via messagerie instantanée : on peut travailler ses mots, réfléchir à comment tourner une blague, les compliments sont mieux placés dans les dialogues, rien n'est dit trop vite. On devient une version évoluée de soi-même, plus réceptif et plus mature. Il faut juste se méfier de ne pas foutre en l'air une histoire en se trompant de fenêtre, en disant l'air de rien à une fille un peu coincée que l'on connaît à peine qu'elle "peut venir croquer dans ma carotte quand elle veut". C'est du vécu, et c'est irrattrapable.
Ce soir, je ne m'en sors pas trop mal, je n'ai rien de concret, je ne fais qu'entretenir ces relations, c'est mieux que rien. Je n'espère pas un taux de réussite de 100%, c'est à dire faire l'amour un jour ou l'autre avec chacune d'entre elles, car certaines, j'en suis sur et certain, se jouent de moi, et me font croire qu'elles ont envie de coucher alors qu'en réalité, elles ont seulement besoin de se sentir désirées, par qui que ce soit. Si j'élimine ces allumeuses et en supposant que je continue sur cette voie, sans faire de grosses erreurs éliminatoires, je peux prétendre coucher avec deux d'entre elles d'ici la fin de l'année. Ça serait déjà un super résultat.

vendredi 27 novembre 2009

Vendredi 27 Novembre

Sarah a changé de comportement à mon égard. Avant elle était distante et maintenant, elle est devenue niaise, rigolant pour un rien à chaque fois que je dis quelque chose, même s'il n'y avait rien de drôle dans ce que je disais. C'est soit tout, soit rien, soit elle me fait la gueule sans que je ne sache pourquoi, soit elle est joyeusement hyper-active, et ça en devient insupportable. Elle veut que je lui raconte ma vie, et espère tout savoir, si j'ai passé une bonne journée, ce que j'ai mangé à midi et si je n'ai pas eu beaucoup de questions, elle est aussi bavarde et intéressée par ma vie que ma mère, ce qui n'est pas franchement un bon point pour elle si elle veut que cette histoire se termine dans un lit. Ce qui me rebute le plus dans la nouvelle Sarah, c'est ses questions un peu troublantes : "il n'y avait pas des gens étranges ou rigolos dans le bus avec toi ? Moi j'ai toujours un monsieur qui ressemble à Jean Dujardin avec plus de cheveux, mais en plus moche !"

"Quelle est la couleur des cheveux de ton patron ? Blond c'est bien, les autres j'aime pas."

"Si tu devais te réincarner en animal, ça serait lequel ? Moi ça serait un hibou parce que j'aime bien la nuit ! Et en objet de bureau ? Moi je pense que je deviendrais un stylo quatre couleurs. Pourquoi ? Je ne sais pas, c'est ce que je ressens au fond de moi."

Depuis la semaine dernière, Sarah me parle tout le temps, et je suis obligé de fuir le salon et de m'enfermer dans ma chambre pour avoir un peu de tranquilité. Elle s'est complètement ouverte à moi, et me parle comme si on était des amis depuis dix ans. Je regrette d'avoir changé la situation : je préférais quand elle boudait dans son coin et m'ignorait, parce qu'avant tout cela, je ne me doutais pas qu'elle soit aussi conne.

Jeudi 26 Novembre

J'aime découvrir les profils Facebook d'inconnues. En naviguant de pages des amis de mes amis, de nouveau mec d'une ex-copine d'un soir, en découvrant qui appartient à tel groupe, on apprend à connaître des milliers de gens dont on a finalement rien foutre. C'est totalement inutile et à la fois terrifiant, mais cela soulage mes envies de voyeurisme. Pendant que je regardais les photos d'une amie d'Arnaud, qui n'hésite pas à s'afficher en maillot de bain rouge au bord d'une piscine ou, ma préférée, allongée et à moitié nue laissant suggérer une poitrine aguicheuse, Clara m'écrivit sur le tchat de Facebook : "Stéphane, j'ai envie de toi. Te fais pas désirer, et viens chez moi maintenant.". Cela a le mérite d'être clair. Ne voyant pas de meilleure alternative à cette proposition, je lui ai répondu un simple "j'arrive" seulement quelques petites minutes plus tard, pour ne pas la laisser croire que j'étais en manque, même si, je l'avoue, je l'étais un petit peu. J'ai éteint l'ordinateur, mis mon écharpe et mon manteau, et je suis parti assouvir, cette fois, mes envies de sexe.

mercredi 25 novembre 2009

Mercredi 25 Novembre

Frédéric est un ancien ami de la fac. Quand nous nous sommes connus, nous avions vingt ans, l'avenir et les filles devant nous, ou au-dessous, cela dépend du point de vue. Nous consommions des demoiselles comme si nous allions mourir le lendemain, c'était devenu notre drogue. Nous collectionnons les filles selon leur plastique et/ou leur appartenance à tel ou tel groupe. Blonde, brune, rousse, fausse blonde, fausse rousse, future comptable, infirmière ou chômeuse, tendance hippie ou bcbg, petits ou gros seins, yeux verts ou gris, dreadlocks ou cheveux courts, tatouages ou piercings, grains de beauté ou tâches de rousseur, la soeur d'une ex ou la fille d'un mec connu, tout devenait prétexte à coucher avec une fille, il ne fallait juste qu'elle soit consentante. On parlait de nos actes comme de vrais exploits sportifs, et en y repensant, j'ai un peu honte d'avoir pris la gente féminine pour de la merde.
Nous nous amusions à compter les points selon des critères que je n'ose pas étaler, je me souviens de la fois où Frédéric avait battu tous les records en couchant le premier soir avec une gothique plus grande et certainement plus lourde que lui, tatouée sur la nuque, piercée sous la lèvre inférieure portant un bustier et porte-jarretelles noirs qui rendrait Morticia Adams verte de jalousie. Il a eu du courage d'être allé jusqu'au bout, juste pour gagner un concours sexuellement idiot.
Depuis, cinq années se sont écoulées : nous nous sommes perdus de vue, et quelque part, c'est triste, car mes meilleures soirées ont été en sa compagnie. Ce matin, j'ai reçu un mail de sa part, adressé à toute notre bande de la fac. Frédéric nous prévient qu'il va se marier avec Jessica, une jolie brune très charmante, dont la photo est jointe au message. Je suis invité à venir au vin d'honneur du mariage. Le choc. Je repense à Frédéric saoul embrassant goulument l'affreuse gothique, et une demi-décennie, le voilà rangé de toutes ses betises qui n'appartient plus qu'au passé. Il faudrait que moi aussi je commence à devenir adulte. Il faudrait.

mardi 24 novembre 2009

Mardi 24 Novembre

Au boulot, rien de nouveau. Mon meilleur ami, mon téléphone fixe, sonne peu. Je fais semblant d'écrire sur le clavier de mon ordinateur quand quelqu'un s'approche de moi. Quand tous les autres commerciaux sont occupés à faire croire qu'ils travaillent, je joue au démineur ou au solitaire. Il m'est même arrivé de simuler un appel téléphonique pour ne pas qu'on me dérange ou pire, que l'on me donne du travail. Je ne me déplace plus chez les clients depuis quelques semaines, mon supérieur avait décelé chez moi le manque total d'implication dans cette partie du job qui, pour tout dire, me gonfler énormément : serrer des mains, se forcer à sourire, vendre de la soupe, je ne suis pas un politique en campagne !

J'ai la vague impression d'être inutile, et bien pire, que tous les commerciaux ici ne servent strictement à rien, qu'il n'y en a pas un pour rattraper l'autre : le secteur ne comporte que des bac+3, +4, +5 pour certains, et pas un seul n'est un foudre de travail. Nous sommes des glandeurs payés à ne presque rien faire ! C'est scandaleux, mais qui va aller se plaindre à la direction d'avoir un salaire bien trop important pour le travail à accomplir ? Pour réussir dans la vie professionnelle, il n'est pas nécessaire de travailler d'arrache-pied mais il suffit de le faire croire.

Je n'ose pas encore imaginer quels vont être les changements dans la section lorsque Cédric y sera nommé manager en chef. Va-t-il employer la manière douce, ou va-t-il mettre un grand coup de pied dans la fourmilière ? En ce moment même, personne ne veut y penser. Nous profitons de ne pas être encadré, personne étant là pour surveiller et contrôler notre rentabilité, notre ancien chef a préféré démissionner plutôt que de rétrograder hiérarchiquement, et je le comprends. Nous sommes comme des enfants passants leur derniers jours des vacances d'été à s'amuser au maximum, avant que malheureusement, l'année scolaire ne reprenne.

lundi 23 novembre 2009

Lundi 23 Novembre

Alors que nous nous baladions Eric et moi dans le vieux Lyon, je suis tombé par hasard sur un magasin hippie bobo fashion-hype-tendance. Je me suis alors dit que c'était l'endroit idéal pour acheter à Sarah un petit cadeau pour me faire pardonner d'avoir cherché à la mater nue, comme si c'était un crime. A l'intérieur, une des clientes était vêtue avec comme couleur dominante, le vert pomme. Et sans mauvais jeu de mots, je n'avais aucune envie d'aller croquer dedans. Là-bas, tout était cher et moche : un bracelet faussement antique était en réalité deux barres en fer tordus et soudés entre elles au misérable prix de 50 euros. Sérieusement, je ne comprends pas pourquoi, quitte à passer tout son argent dans les fringues, ne pas tout dépenser dans des costumes, tailleurs, chemises sur mesure ? Pour le même prix, je préfère avoir la classe.

Finalement, j'ai trouvé un collier bon marché que j'avais honte d'acheter, une tige circulaire avec une sorte de toile d'araignée qui pend maladroitement, mais l'essentiel, c'est que je savais que Sarah l'adorerait. Et ce fut le cas. Je viens à l'instant de lui remettre dans un petit emballage cadeau, et en récitant le monologue que j'avais un petit peu préparé : "Sarah, je suis désolé d'avoir crée ce climat instable à la coloc. Je ne sais plus comment m'excuser, j'aimerais que tout soit comme avant, et même mieux. En fait, on ne se connait pas beaucoup, mais le peu que j'ai pu voir me donne envie de découvrir ce qui se cache un peu plus enfoui en toi. J'aimerais qu'on devienne complices parce que tu as l'air d'être une fille bien. Voilà, j'aimerais, en clair, que l'on ne soit pas seulement des colocataires, mais avant tout de bons amis." J'y ai mis toute mon intensité, j'ai parlé d'une voix douce et sérieuse, posée et émue. Il ne manquait que les violons pour se croire dans un film à l'eau de rose. Sarah ne m'a pas répondu immédiatement, elle a esquissé un sourire, le premier qu'elle m'adressait depuis que nous vivions ensemble. Elle m'a tendu le collier et m'a demandé : "Tu peux me l'accrocher s'il te plait ?". Elle a pivoté de 180 degrés puis posé son dos chaud contre ma poitrine. Comme un démineur tremblant avant de couper le fil rouge plutôt que le fil noir, j'ai difficilement compris comment fonctionner le mécanisme associé au fermoir. Sarah était dans un état de joie assez surprenant : dès que le collier fut installé, elle courut vers la salle de bains pour admirer son nouveau "bijou", puis elle revint tout sourire jusqu'au salon. "Merci", m'a-t-elle dit. J'ai répondu, grand seigneur, "ce n'est rien".

Je me débrouille toujours pour passer pour un gentil avec les filles, quoi que je fasse : je retombe toujours sur mes pattes, quelque soit la situation dans lequel je me mets. Je peux les tromper, les prendre pour des connes, me laisser désirer pour finalement refuser, me faire surprendre en train de mater, j'arrive encore à me faire pardonner, voire aimer. Tant mieux.

Dimanche 22 Novembre

J'ai une terrible gueule de bois qui dure depuis des heures et qui ne semble pas vouloir s'arrêter. Et pourtant, il est 19h00, je n'ai plus bu une seule goutte d'alcool depuis hier soir. Cela n'a pas empêché qu'aujourd'hui soit une non-journée, un jour dans lequel tout geste d'ordinaire simple devient incroyablement difficile, on manque de motivation pour tout exception faite pour dormir et pour manger.
Me voilà donc dans le train, incapable de faire quoi que ce soit : je ne vis pas, je subis. Quand je ne lutte pas pour m'endormir, j'observe, à travers le reflet de la fenêtre, mes yeux et les nombreuses veines rouge vif qui circulent autour de mes iris.
Comme dirait Danny Glover dans le film l'Arme fatale, "Je suis trop vieux pour ses conneries" (ce qui ne l'empêchera pas de continuer la série avec trois autres opus). J'ai, depuis peu temps, un certain mal à me remettre physiquement des grosses soirées dans lesquelles l'alcool y est un invité majeur : il n'y a pas si longtemps de ça, quand j'étais encore étudiant, j'étais capable d'enchaîner plusieurs sorties de la sorte sans aucun problème. Ainsi, je constate malheureusement, que désormais, je ne suis plus un adolescent qui grandit, mais un homme qui commence doucement à vieillir.

Samedi 21 Novembre

Le vin rouge m'est synonyme de mal de tête, le blanc me fait oublier, le rosé me rafraichit la gorge. Le piste me rappelle mon enfance, lorsque ma grand-mère me servait pour l'apéritif à chaque fois un sirop d'anis. Le soho me dégoute, le whisky rend mon haleine affreusement nauséabonde, le cidre doux me réveille le palet, la bière me procure un sentiment de force et de confiance en moi, mais en contrepartie me fait pisser des hectolitres. Le panaché ne mérite pas d'être dans cette liste, tellement il ne me fait aucun effet. Le rhum me rend impulsif et soupe au lait, l'absinthe totalement amorphe, tandis que la vodka enjolive ma vision des choses et me rend joyeux et optimiste comme l'est Eric quand il philosophe.
Justement, en parlant d'Eric. Nous avons passés une soirée exceptionnelle ensemble, de ce dont je me souviens. Après plusieurs haltes dans les bars du centre-ville, Eric a pris une pause et s'est endormi sur une table de billards, devant les clients abasourdis. Il s'est réveillé quelques minutes plus tard, quand il a entendu que juste à côté de lui, je discutais avec deux nanas que l'alcool rendait étonnamment belles. Notre manière de réagir face à notre haut taux d'ébriété les amusait, elle se moquait de notre démarche et de nos nombreuses hésitations lorsque nous parlions.
Tout se passait bien, nous avions décidé de les raccompagner jusqu'à chez elle, dans l'idée de faire plus que de les laisser devant le pas de leur porte.
Et puis Eric a laissé échappé sa main sur les fesses de la plus blonde des deux filles. Cela n'aurait pas causé de problème s'il n'avait pas pincer aussi fort, et qu'elle n'avait pas sursauté en poussant un "aie !". Cela serait peut-être encore mieux passé s'il n'avait pas rajouté : "Ces petites fesses fermes méritent d'être prises en levrette. Tu es partante ?"
Eric ne s'y attendait pas, mais il s'est pris une gifle tellement mémorable, que j'en pleurais de rire. Les deux filles s'échappèrent sans dire un seul mot, Eric, incapable de la rattraper, lui criait : "Mais je déconnais, connasse !".
Nous nous sommes assis sur le banc le plus proche, j'ai proposé une cigarette à Eric qui l'a immédiatement accepté. Nous nous sommes regardés dans les yeux, et sans trop savoir pourquoi, nous avons ri, longtemps. Nous étions heureux de faire partie de cette génération de jeunes et cons.

samedi 21 novembre 2009

Vendredi 20 Novembre

Je suis assis confortablement dans le train qui me mène à Lyon. J'observe la jeune demoiselle assise en face de moi : les yeux d'un bleu clair à rendre la mer fade et quelconque, la veste blanche qui laisse devenir une poitrine abondante, des lèvres pulpeuses à rendre jalouse Angelina Jolie, une moue mi-triste mi-sexy qui lui donne un charme irrésistible. Ce n'est pas le coup de foudre, mais presque. Cette ravissante créature est bien plus belle que toutes les passagères que j'ai pu côtoyer ces dernières années dans les transports en commun : c'est mon jour de chance ! Je suis dans les starting blocks, prêt à lui bondir dessus dès que nos regards se croiseront.

Mais mademoiselle sait qu'elle est belle, et se laisse désirer : on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, doit-elle se dire. Elle m'inspire, j'ai envie de lui écrire un poème mais non, ça serait tellement ridicule, elle me prendrait pour un de ces connards de romantique dont je fais évidemment parti. Alors que dire ? Lui demander l'heure ? Avec une montre déjà au poignet, à éviter. Je ne sais pas quoi faire pour qu'elle me remarque! Je perds toujours mes moyens quand une fille est trop belle pour moi, quand nous ne jouons pas dans la même catégorie : je deviens gnangnan, accro, fleur bleue, amoureux, impulsif, en une phrase, je leur fais peur. C'est la raison pour laquelle que je ne sors qu'avec des filles dont je m'en fous : je foire toujours tout avec les demoiselles qui me plaisent du fond de mon coeur, je prends les choses trop au sérieux et à vouloir bien faire, j'enchaine les mauvais choix.

Ma passagère préférée a mis ses écouteurs, posé sa tête contre son épaule et fermé ses yeux. J'ai trop tergiversé, comme d'habitude. Je cherche dans mon sac mon casque audio, je règle le volume du son de mon iPod, je m'avachis sur mon siège, je contemple chaque trait de son visage, sa petite fossette sur le menton, et je l'avoue, sa poitrine qui se dessine sous son tee-shirt. Nous sommes assis juste à côté mais chacun dans son monde, à des années lumières l'un de l'autre : je l'observe, je pense à Anna, Clara et toutes les autres, et du plus profond de mon âme, je prie pour qu'un jour, je sois enfin heureux en amour.

jeudi 19 novembre 2009

Jeudi 19 Novembre

Sarah m'en veut de l'avoir vue presque nue : elle m'évite le matin, baisse la tête quand on se croise au salon, elle ne partage plus son énorme stock de chocolat noir avec moi. Aujourd'hui, elle a franchi la ligne blanche, et a réalisé l'inconcevable : elle ne passera pas sa soirée avec nous devant le dernier "How I met your mother". C'est devenu un rituel : Nous regardons tous ensemble, depuis qu'on est en colocation, un épisode de cette série, au moins une fois par semaine. Nous sommes toujours tous les trois, voire plus parfois, à plaisanter, s'amuser, à jalouser Barney Stinson ou Ted Mosby, à rire à gorges déployés, et à se dire que la vie devrait être comme dans une sitcom américaine. Aujourd'hui nous ne sommes donc que deux des colocataires, accompagné d'un nouvel ami pour la soirée, un pack de quatre bières de Desperados.

"Tu sais pourquoi Sarah boude dans son coin et ne vient même pas avec nous pour voir How I met ?" me demande Arnaud.

Je feins de ne pas savoir. Je ne suis pas déçu du comportement de Sarah, à vrai dire, je m'en tape. En réalité, je ne pense pas avoir quelque chose à me reprocher : c'est humain, ou plutôt masculin, de vouloir savoir ce qu'il se passe sous les jupes des filles non ? J'irai m'excuser de mon comportement "pathétique" (selon ses mots) dans les jours qui viennent, je ferai mon mea culpa, ma bonne action, je dirai que c'est entièrement ma faute, que j'aurais du entendre qu'il y avait du bruit dans la salle de bains et patati et patata, ce genre de conneries débiles qui amélioreront, je l'espère, son opinion sur son "putain d'obsédé de colocataire" (je ne fais toujours que citer). Je me dois d'être bon, l'ambiance de la colocation est en jeu.


Mercredi 18 Novembre

Arnaud répète inlassablement, vautré sur le fauteuil du salon, la même phrase : "j'ai honte". La qualification de l'équipe de France de football lui est passé à travers la gorge. J'ai fait une erreur, j'ai essayé de dédramatiser la situation : "Arnaud, ce n'est que du sport, ce n'est pas grave." A ses yeux, j'ai vite compris que j'aurais mieux fait de me taire. Arnaud se leva à toute vitesse et me répondit d'un ton calme mais frustré :

"Si c'est grave ! Oui, la France va aller en Afrique du Sud l'année prochaine, ce qui fera le bonheur de TF1, des sponsors et des journalistes sportifs. Mais, à quel prix ? En trichant ? Tricher, c'est ne pas se respecter, c'est n'avoir aucun honneur et dignité, ni pour soi, ni pour les autres. Et Henry, lui, quand il dirige le ballon de la main comme s'il jouait au rugby, quand il saute de joie après que le but soit validé, quand il serre dans ses bras les autres joueurs, quand il fait tout ça, il porte le maillot de l'équipe de France. Et en plus c'est le capitaine ! Quelle belle image pour tout un pays. En plein débat sur l'identité nationale, il donne du grain à moudre à tous ces politiciens qui se demandent ce que c'est d'être français. Français, aux yeux du monde, c'est être tricheur, c'est ça ? J'ai honte. Honte que, pour que mon équipe soit représenté à la coupe du monde de football, elle vende son âme au diable en direct à la télévision." Moralité : plus jamais je ne contrarierai un supporter de foot, je le jure.

mardi 17 novembre 2009

Mardi 17 Novembre

Eric s'essaye souvent à la philosophie de comptoir. Outre son fameux "demain ce sera bien", véritable hymne à l'optimisme naïf, il a inventé d'autres conseils et citations que lui seul pourrait imaginer Aujourd'hui, il m'en a sorti une qui met une rouste monumentale à tout ceux qui ont osé parler de la solitude avant lui. Eric est dans une période de moins bien, avant il était célibataire sans aucune possibilité de changement et ça lui convenait, maintenant il est célibataire depuis trop longtemps et il veut que ça change. Il ne s'est plaint que quelques minutes sur sa situation, puis a enchainé avec la métaphore du jour, de la semaine, du mois, et peut-être même, de l'année : "La solitude amoureuse est comme un énorme bouton d'acné sur le nez. Il y a la période où tu le vois constamment, tu le sens chaque fois que tu te touches le visage, tu ne cesses de penser à ce que vivement, tu puisses l'éclater et qu'on n'en parle plus. Alors qu'en fait, c'est au moment où tu arrêtes d'y penser, que tu fais abstraction de son existence, qu'il commence réellement à disparaitre." Peut-être qu'il incarnera un de ces jours la philosophie moderne française, qui sait ?

lundi 16 novembre 2009

Lundi 16 Novembre

J'aime le sexe. Le sexe non calculé, celui de la première fois, le sexe qui commence par "non non c'est une mauvaise idée" et qui se termine par "c'était vraiment super", le sexe sans amour, le sexe avec amour, le sexe le matin, le midi et le soir, le sexe dans des lieux qui sortent de l'ordinaire, le sexe à plusieurs, le sexe qui dure longtemps, le sexe avec plaisir partagé, le sexe sans ambition pour le futur, le sexe pour se faire pardonner, le sexe pour se chercher, le sexe coquin, les minutes de tendresse avant le sexe, la pause clope après le sexe, le sexe inattendu, le sexe sans prétention, le sexe oral, le "sexe ophone", le sexe libéré, le sexe espéré, le sexe redécouvert, le sexe dans le noir, sous la douche, contre un mur, les yeux dans les yeux, les gouttes perlées de sueur sur le front, les coups de tête involontaire contre le lit, les corps qui s'entrecroisent, les mains qui se serrent. Mais, comme tout le monde, j'ai une façon de faire l'amour que je préfère, et c'est celui que je m'apprête à faire ce soir : le sexe sans arrière-pensée. On prend du bon temps, on sait qu'on ne fera jamais nos vieux jours ensemble, je ne rends jaloux personne, ses amis ne me connaissent pas, personne ne risque de tomber amoureux et moi, je profite de faire l'amour avec cette demoiselle, consentante et très bien proportionnée, qui a fait une croix sur une relation sérieuse avec moi. Carpe diem, la vie est belle.

dimanche 15 novembre 2009

Dimanche 15 Novembre

Arnaud n'est pas dans un bon soir. A quoi je le vois ? Il regarde la télé avec aucun morceau de pain dans la main. Pire, j'ai vu dans la cuisine qu'il n'avait pas fini son assiette de pâtes : C'est sur, il ne va pas bien. Je n'ai pas l'ame d'un confident, d'ailleurs, je hais quand une nana cherche à me connaitre : "dis moi ce qui ne va pas", "ouvre moi ton coeur", "ne sois pas si distant", et j'en passe. Mais Arnaud est un chic type, qui malgré sa carapace, ne peut pas tout encaisser et a besoin de dire ce qu'il a sur la conscience. Je m'installe sur le canapé à côté de lui, avec deux bières fraîches sous le coude. Je lui en tends une et j'entame la conversation.

"Qu'est ce qui ne va pas Arnaud ..."

"Rien, rien de spécial. C'est juste que ... Sophie m'a fait comprendre qu'elle voudrait qu'on vive ensemble."

"Quoi ? Mais c'est super ! ". En réalité, je pense le contraire, qu'il est trop tôt pour se caser mais bon, je suis un faux-cul de première.

"Je, je ne sais pas. Je l'aime, c'est évident, mais ... vivre ensemble, c'est la première vraie étape d'une relation sérieuse. Et cela me fait peur."

"Oui, c'est une étape à franchir, mais il faut bien se lancer non ?"

"C'est dur. J'ai du mal à me dire : voilà Sophie est peut-être la dernière personne avec qui je vais coucher."

"Peut-être bien, oui. Je t'avoue que moi aussi ça me ferait flipper, mais quand j'aurais trouvé la fille parfaite, je ne la lâcherai pas ! Seulement, la différence entre toi et moi, c'est que toi, tu l'as trouvé."

"Oui, enfin ... c'est difficile. Je ne drague plus depuis presque six ans, je suis honnête et sérieux, mais je vois que je plais à d'autres filles. C'est assez rare, mais je me demande : est-ce qu'un jour, je ne vais pas craquer et faire une connerie ? est-ce que c'est vraiment la bonne ? "

"Qui sera la bonne, tu le sauras sur ton lit de mort. En attendant, profite ! Tu es heureux avec elle, la question ne se pose même pas : soyez heureux, n'allez surtout pas trop vite, pas d'enfants dans les trois ans qui viennent, et vous aurez une belle vie ! "

Je venais de lui dire qu'il suffisait d'être heureux avec une fille pour se dire qu'on l'aime, et il n'a pas été choqué. Arnaud est encore plus naïf que ce que j'imaginais : les gens qui croient à l'amour, qui pensent que les films à l'eau de rose hollywoodiens pourraient très bien se produire en vrai sont une espèce en voie de disparition. Je vis avec l'un d'entre eux, et je compte bien, du mieux que je peux, le protéger des dangers de la forêt hostile dans laquelle, moi, je vis.

Samedi 14 Novembre

L'envie de voir Sarah nue me trottait dans la tête depuis quelques semaines. Non pas qu'elle m'excite, mais j'aimerais assouvir ma curiosité, découvrir son corps uniquement par voyeurisme et non pas par désir : Je veux savoir si ses fesses sont fermes, si ses seins sont ronds ou en poires, si son ventre est plat, ses hanches sexys et si son sexe est rasé en ticket de métro.
J'ai remarqué tout à l'heure vers midi qu'elle avait oublié de fermer la porte de la salle de bains à clé quand elle est entrée prendre sa douche. En fait, je n'ai pas entendu le bruit du verrou claquait quand elle a poussé la porte. Miracle ! Il suffirait de s'introduire dans la salle de bains pour observer le corps nu d'une jeune femme de 23 ans, introvertie, certes, mais aux fesses d'ange. Je ne sais pas quoi faire : le risque est gros, mais la tentation est énorme et ce genre de situations ne se reproduira pas de sitôt ! Alors je me suis lancé : j'ai pris un air décontracté, respiré un bon coup, cherché un air à siffloter, et je me suis collé à la porte de la salle de bains, l'oreille posée contre le mur à espérer entendre tout indice sur sa présence, ou mieux, un orgasme féminin. J'entendais l'eau coulait sur son corps, mon coeur battait fort à l'idée de faire attraper. Il fallait attendre le bon moment, ni trot tôt, pour que le rideau de douche ne cache pas entièrement son corps, ni trop tard, pour qu'elle ne soit pas enveloppée dans sa serviette de bains. Quand j'ai entendu à travers la porte que Sarah fermait le robinet de la baignoire, je suis entré dans la salle de bains le plus naturellement du monde : elle a crié, hurlé que je dégage loin d'elle, je lui ai dit que je ne savais pas qu'elle était là, elle m'a traité de connard, je lui répondais que je pensais que la salle de bains était vide (alors que non, évidemment), et je suis sorti en m'excusant mille fois.
Au final, mauvaises nouvelle, je n'ai rien vu du tout, elle était de dos, la serviette autour de la taille, les mains dans les cheveux. J'ai aperçu sa silhouette, mais pas un seul des éléments de son corps que je souhaitais connaitre mieux en détail : dommage ! Je réessayerai une autre fois, le temps de trouver une nouvelle tactique qui ne me fasse pas passer pour un obsédé.

vendredi 13 novembre 2009

Vendredi 13 Novembre

Comme chaque matin depuis que je travaille, le réveil est assez difficile : j'ai abandonné depuis quelques mois l'idée d'une bonne grasse matinée en semaine et je me suis fait à la nécessité d'aller quotidiennement gagner son pain. Je dois me lever, quelque soit ma motivation, la dose d'alcool ingurgitée et les soucis relationnels accumulés la veille. 06h50, l'alarme de mon réveil sonne.

Mon premier geste a été de me jeter sur le téléphone, posé le long du sol, sous le tas d'habits que je portais hier : Clara m'avait-elle écrit ? Et évidemment, oui. J'ai lu son texto avec la même excitation qu'un lycéen découvrant ses notes du baccalauréat.Tu es typiquement le genre de gars me plait et que je déteste à la fois. Mais que faire ? Maintenant que j'ai envie de toi, ça devient compliqué de me passer aussi facilement d'un amant aussi séduisant. Viens chez moi lundi, on en reparlera."

Je me sens tellement bien quand je vois que la gente féminine ne peut m'ignorer. Qui a dit qu'aimer était mieux qu'être aimé ?

jeudi 12 novembre 2009

Jeudi 12 Novembre

Je suis parti directement après le travail chez Clara. Le métro ligne 9, changement à la station Trocadéro, puis encore 20 minutes à patienter entre l'odeur de transpiration du voisin et les mendiants qui ont besoin d'être dépannés d'un euro ou d'un ticket restaurant, cela pourrait les aider à manger et à nourrir leurs familles de cinq enfants, merci, merci, merci et merci et bonne journée. Le métro s'est arrêté à une station en extérieur, j'en ai profité pour prendre une bonne boufée d'air frais pollué de la capitale. Après quelques minutes de trajet à pied, j'ai sonné à l'interphone, j'ai ouvert puis j'ai monté les cinq étages à pied, j'ai tapé à la porte et je suis dans le petit appartement parisien. Clara, allongé sur son lit,tenait dans sa main droite un mouchoir, servant à essuyer le mélange de mascara et de larmes dégoulinant de ses yeux. Visiblement, elle pleurait à cause de moi.

"Stéphane ... on doit parler."

"Je préfère pas".

"Si. Ca ne peut plus durer, cette situation."

Je m'énervais, j'haussais le ton de ma voix.

"Mais pourquoi ? C'est très bien comme c'est en ce moment ! On ne se prend pas la tête, on se voit on discute, on couche ensemble, et puis voilà."

Clara reniflait, se cachait les yeux pour pas que je ne la vois pleurer.

"Non. Je ne veux plus."

"Tu fais un caprice de gamine ..."

"Mais j'ai envie d'une vraie relation tu comprends ? Pas juste baiser, je veux des sorties au ciné, des mots doux, rencontrer tes amis et te découvrir, toi, qui est si mystérieux. Je veux que, petit à petit, on apprenne à s'aimer."

"C'est pas ce que je recherche."

Clara a pris une pause, elle alternait les reniflements et les pleurs cachés dans son mouchoir plein de morve. Elle était pathétique. Je voulais partir, loin d'ici, m'enfuir de ce moment pitoyable.

"Ecoute Stéphane, je vais être clair. Soit on continue et on fait tous les deux des efforts, soit on arrête."

"Dans ce cas, je préfère qu'on arrête maintenant."

J'ai repris mon manteau que j'avais à peine eu le temps de poser sur le fauteuil de son bureau. J'ai ouvert la porte, quittait Clara et son appartement, j'ai marché quelques minutes sous un ciel menaçant, j'ai attendu le prochain métro, j'ai écouté l'accordéoniste du métro, j'ai raté ma correspondance à la station Trocadéro, j'ai patienté pendant qu'un couple s'embrassait goulument sur le siège à côté, j'ai toujours pas donné d'argent au clochard qui faisait la manche dans la rame, je suis arrivé chez moi, j'ai bu une bière à la santé de mon célibat, et j'ai éteint mon téléphone pour ne pas me faire réveiller cette nuit par un quasi-probable texto de Clara.

mercredi 11 novembre 2009

Mercredi 11 Novembre

Ce n'est pas la grande forme ce soir : je n'arrive pas à profiter de ce jour férié, à me réjouir de la fin de la première guerre mondiale, à me soigner de cette terrible gueule de bois. Nous avons fêté hier, Sophie, Arnaud et moi, comme il se doit, cette journée de vacances en plein milieu de la semaine, en abusant du trio gagnant pour des soirées réussies : ragots, clopes et alcools. En terme de chiffres, le carnage fut total : une quinzaine de cadavres de canettes de bière jonchent le sol, une bouteille de rhum a été descendue de sang froid, torturée pendant deux longues heures. Seuls une bouteille de Leffe Triple et un reste de vodka ont survécu à ce génocide alcoolique. Ma tête me fait souffrir depuis ce matin, les efferalgans et le plat de pates aux bienfaits réparateurs n'ont pas été aussi efficaces que ce que je l'espérais : j'ai l'impression de devenir vieux, de ne plus être capable d'assumer physiquement les cuites, comme quand, il n'y a pas si longtemps, j'étais encore étudiant. Il est 22h00, je suis épuisé, et je vais déjà me coucher. La honte.

mardi 10 novembre 2009

Mardi 10 novembre

Assis sagement autour de la table, nous mangeons Arnaud et moi, notre seconde tranche de gateau au chocolat. Sophie est là depuis quelques heures, on l'héberge deux jours chez nous. Je ne me plains pas de sa présence : depuis son arrivée, la qualité de la bouffe s'est nettement améliorée : elle est notre seconde maman, nous fait bien à manger et nous apporte sa chaleur et sa bonne humeur. Et comme une mère, elle me questionne sur ma petite vie, mes amours et mes soucis.
"Alors Stéphane. Le boulot n'est pas trop chiant ?"
"Si, toujours. J'espère que cela va bientôt améliorer. L'ambiance est vraiment lourde au travail depuis quelques jours."
"Aie ... Et tu en es où avec ta copine ?"
"Quelle copine ?"
"Tu sais, celle dont tu avais supprimé le numéro et que tu t'attendais pas à revoir !"
"Ah Clara ! Non, ce n'est pas ma copine ..."
"Ah, tu ne la vois plus ?"
"Si si, assez souvent même ..."
"Mais tu couches avec elle ou c'est une amie maintenant ?"
"On couche ensemble mais, pour moi ce n'est pas vraiment sérieux."
"Et ça te plait comme situation, d'être en couple avec une fille qui ne t'intéresse pas ?"
"C'est pas ça. Elle est jolie, drôle, et puis sexuellement ça se passe très bien. C'est juste que j'essaye de ne pas m'accrocher à elle, pour ne pas avoir des sentiments, pour ne pas tomber amoureux quoi."
Sophie me regarde, mais ne me répond pas. Elle n'approuve visiblement pas ce que j'ai dit, mais elle ne cherche pas à me contredire, à corriger mes propos. Un silence pesant envie la table, jusqu'à ce qu'Arnaud croque dans une nouvelle part de gâteau qu'il venait de couper :
"Ton gâteau est vraiment bon. Je ne sais pas ce que je ferai sans toi !"
Du tac au tac, Sophie lui dit : "Des pâtes au beurre ?"
Nous rions, la conversation précédente me concernant est déjà oubliée, passée à la trappe, disparue dans les catacombes des discussions à problèmes, rejoignant ainsi les débats sur les convictions politiques et sur les meilleures séries télévisés.

lundi 9 novembre 2009

Lundi 9 Novembre

Je n'aime pas les lundis matins, le réveil qui sonne bien trop tôt, la motivation qui s'est envolée depuis belle lurette. Je n'aime pas les jours gris sans pluie, les bus en retard, l'hiver qui s'installe. Je ne supporte pas que l'on me pousse dans le bus, qu'on vienne me parler alors que je suis en train d'écoute de la musique, surtout si c'est pour me demander si je n'ai pas un euro à dépanner. Je déteste avoir froid dehors puis chaud dans les transports en commun, puis froid à nouveau à l'extérieur. Je n'aime pas que l'on m'ignore quand je dis bonjour, que l'on me double dans la queue pour avoir des frites pas cuites avant tout le monde. Je hais les collègues qui insistent pour que je vois à tout prix leur vidéo d'un cycliste qui se prend un panneau en pleine face, alors que j'en ai strictement rien à foutre. Je maudis le supérieur qui vient me parler juste avant que je puisse m'enfuir du bureau, dans le seul but de me donner mauvaise conscience sur mon départ. Je déteste me rappeler sur le chemin du retour du supermarché, que j'ai encore oublié d'acheter du papier toilette pour la troisième fois de suite. Et le soir, seul dans mon lit, je ne supporte plus de m'endormir en étant aussi optimiste sur l'avenir que l'est Eric. Il y a des jours comme ça, où tout s'enchaine sans qu'aucune amélioration ne se profile à l'horizon. J'ai vécu aujourd'hui le type de journée où j'aurais souhaité porter deux pistolets accrochés à mon ceinturon, prêt à dégainer au moindre abruti qui se mettrait en face de mon chemin. Il y aurait eu des mots d'un côté, du soulagement de l'autre.

dimanche 8 novembre 2009

Dimanche 8 Novembre

Journée tranquille à la colocation : Nous avons tous fait la grasse matinée, il est l'heure de prendre notre petit-déjeuner, à l'heure du déjeuner. Arnaud se prépare un énorme bol de céréales, des tartines de beurre-confiture-nutella, et comme chaque dimanche, il ajoute à son assiette des oeufs brouillés et du lard. Sarah boit son verre de jus d'orange debout, contre la fenêtre. Il est encore trop tôt pour discuter, pour se regarder. Nous avons tous eu notre soirée du samedi soir bien remplie, la gueule de bois est sur chaque visage, les silences sur toutes les lèvres. Arnaud me donne sans que je lui demande une de ses tartines, avec tellement de garnitures qu'une seule suffira à combler mon appétit. Ma journée est d'ores et déjà planifiée : je vais visionner avec Arnaud les derniers How I met your mother, trouver les tablatures d'Accross the Universe des Beatles à la guitare, essayer de ne pas massacrer cette chanson, définir avec Clara une date pour notre prochaine nuit d'amour, appeler Eric et lui raconter comment les fesses de Sarah m'ont donné envie de croquer dedans, ne plus penser à Anna et ne pas imaginer qu'avec ou sans ma présence, sa vie est exactement la même.

samedi 7 novembre 2009

Samedi 7 novembre

Au salon, on rit, on plaisante et on s'amuse très bien sans moi. Sarah a invité quelques copains à venir boire un verre et elle ne m'a pas proposé de venir les rejoindre. Dommage, la petite brune aux yeux verts et aux origines slaves, qui trempe seulement les lèvres dans son pasoa pour ne pas être rapidement pompette, ne me laisse pas indifférente. Je me rapproche d'eux, je fais semblant de chercher quelque chose au salon, je les salue poliment, mais Sarah m'ignore et ne me présente donc pas à ses amis. Elle nous fait la gueule, à Arnaud et moi, du lundi au vendredi. Les discussions sont difficiles, elle est renfermée, triste, elle se comporte comme un ours qui sort de sa grotte lorsque la faim se fait sentir. Le week-end, par contre, elle est heureuse, épanouie, avec des personnes qui viennent chez nous, que l'on ne connait pas et que l'on ne connaitra probablement jamais. Arnaud s'en contrefout, évidemment, ce qui n'est pas mon cas. Un jour, je dirais à Sarah ce que je pense de son insolence, mais en attendant, je vais retourner au salon, récupérer ma tasse que j'y avais laissé hier soir. Je n'en ai pas besoin maintenant, c'est juste que, on ne sait jamais, ils pourraient peut-être m'adresser la parole, ou mieux, m'inviter à leur table.

vendredi 6 novembre 2009

Vendredi 6 Novembre

"On se voit ce soir ?"

"Ouais, si tu veux."

"Tu veux venir chez moi pour une fois ?"

"Non, je préfère que tu viennes toi, ça me rassure."

Clara refuse catégoriquement de venir dormir chez moi : elle préfère que ça soit moi qui me déplace, de la banlieue parisienne vers le XIème arrondissement, plutôt que le contraire. Elle m'a avoué qu'elle avait une peur bleue des transports en commun, depuis qu'un voyou lui avait volé son téléphone dans le métro. Son choix, ou plutôt, sa requête, ne me déplait pas, j'y vois même certains avantages : elle vit seule, son appartement possède la tranquillité que ma colocation ne dispose pas. Sa chambre est exceptionnelement bien rangé, bien mieux que la mienne. J'ai peur qu'elle soit une maniaque du ménage, ce que je ne suis absolument pas. Je l'imagine poussant des cris de terreur en découvrant le tas de linge sale posé au milieu de ma chambre, les bouteilles de bière vides trainant autour du lit, seuls souvenirs du dernier passage d'Eric en région parisienne. Au final, dans cette situation, nous sommes tous les deux gagnants : Clara ne se sent pas mal à l'aise le soir dans les transports en commun, et moi, je n'ai pas besoin de nettoyer ma petite pièce de 8m² du sol au plafond trois fois par semaine. Et puis, si elle vient un jour chez moi, je devrais lui expliquer qui sont tous ces gens sur les photos qui tapissent ma chambre, pourquoi je lui ai caché que je savais jouer de la guitare, elle me dirait qu'elle a aussi lu tel ou tel livre, qu'elle est surprise que l'on est les même gouts sur beaucoup de choses. Elle essayerait de me percer à jour, de pénétrer le plus possible dans ma vie privée, alors que je refuse depuis le début que notre relation devienne plus intime que ce qu'elle est déjà.

jeudi 5 novembre 2009

Jeudi 5 Novembre

La BMW Series 3 noire, flambante neuve, zigzague sur le périphérique. Je me tiens à la poignée au-dessus de la fenêtre, baissant les yeux et fixant mes pieds, pour ne pas contempler le paysage qui défile à une vitesse folle. Cédric est un conducteur excité qui klaxonne en permanence, déploie par la fenêtre son majeur à quiconque ne lui laisse pas le chemin, se fend de temps en temps d'un "espèce de connard" à celui qui oserait le provoquer. Le son de la musique de fun radio est envahissante, les basses font vibrer mon siège. Cédric baisse le volume de la radio, suffisamment pour qu'on s'entende parler, et il entame la conversation. Et comme à son habitude, de manière directe et franche.

"Le problème dans ton secteur, c'est les mecs comme Sylvain, qui sont complètement hors-sujet. Est-ce que tu es d'accord ?"

Sylvain est un ancien de la boite, c'est lui qui m'a formé lors de mon premier mois, qui m'a appris les rudiments du métier, les petites astuces des conversations téléphoniques et des entretiens chez le client.

"Sylvain a été mon formateur, et il a toujours été sympa avec moi. En fait, c'est un peu un des seuls mecs que j'apprécie."

"Oui, c'est un brave gars, je suis d'accord. Mais tu ne réponds pas à ma question. Es-tu d'accord que ce mec n'a rien à foutre comme commercial ?"

"Je ne sais pas."

Il prend son temps, pousse un large soupir. Je sens que je l'exaspère.

"Ecoute... soit tu me parles franco, soit je te laisse sur le bord de la route. J'emmerde les faux-culs, alors n'essaye pas de jouer à ce jeu à la con avec moi".

Son ton devient cassant, son débit de parole s'est accélérée. Je suis dans une voiture qui roule à cinquante kilomètres au dessus de la vitesse autorisée avec un fou furieux qui la conduit. Autant dire ce qu'il a envie d'entendre.

"Sylvain est un excellent formateur, mais ses derniers résultats sont décevants. Il obtient beaucoup de rendez-vous, mais il ne les concrétise jamais."

"Et pourquoi d'après toi ?"

"Il n'a plus vraiment de motivation, je crois."

"Non faux ! Son problème, c'est son gros bide, ses cheveux gras, son look. Sérieusement, tu achéterais quelquechose à un gars aussi moche ?"

Je suis choqué par ses propos, mais je n'ose pas l'affronter.

"Euh ... je ne crois pas."

"Le soucis de votre secteur, c'est que les commerciaux sont majoritairement divorcés, ont tous plus de 45 ans et, surtout, sont tous gras et moches. T'es un des seuls mecs qui a la classe, là-bas. Sérieux ! Tu passes ta journée au téléphone alors qu'avec la gueule que t'as, c'est toi qui devrait être tout le temps chez le client !"

Cédric s'arrête sur le bas-côté de la nationale, soulève le frein à main, éteint la radio, sa voix est plus grave, ses paroles sont posées et moins saccadés.

"Ecoute.Je suis pas beaucoup plus vieux que toi, mais j'ai envie de faire de toi mon poulain. Je te ferai monter dans la hiérarchie, tu devrais pas stagner tout en bas alors qu'il y a des connards d'obèses incompétents qui sont tes supérieurs hiérarchiques. Ecoute ... ça te dirait de me suivre ? Tu le regretteras pas, je te le promets. Dans l'histoire, la boite est gagnante, j'y suis gagnant, et bien sur, toi, tu es gagnant. "

Il ne manque plus qu'un contrat à signer, le champagne dans la boîte à gants et le caviar sous l'appui coude pour me donner l'impression d'être le héros d'un film de gangster. Je le regarde, je souris, il me tend sa main, je la serre, il redémarre la voiture. La machine infernale vient de s'enclencher.

mercredi 4 novembre 2009

Mercredi 4 Novembre

La démarche assurée, costume bleu et chemise blanche, le smartphone en main, Cédric est entré dans la section comme un prêtre dans une église. Il vient dire bonjour à personne, sauf à moi. D'un ton calme et posé, il m'a confié : "Salut ! Ca va ? Bon voilà, tu es le seul gars que de mon futur service qui ne chie pas dessus en me voyant ou qui ne m'a pas léché le cul depuis le début de la semaine, et je te félicite pour ça."

J'ai répondu bêtement, en bégayant : "Euh, oui, merci".

"Ca te dirait d'aller boire un verre ce soir ?" Je ne m'attendais pas à ce genre de discussion, et dite de manière aussi franche. Je me suis demandé, un peu plus tard, s'il draguait de la même façon, sans barrière, en allant direct à l'essentiel. Devant ma gène, Cédric enchaîna : "non mais rassure-toi, je suis pas pédé ! C'est parce qu'en fait, j'aimerais que tu me parles rapidement de tous les gens du service. J'ai déjà une vision de l'extérieur, et j'aimerais une vision de l'intérieur." Mes collègues avaient tous entendus la conversation,et je m'attendais à me faire prochainement haïr si je lui répondais positivement, mais je ne pouvais évidemment pas dire non. Cinq minutes plus tard, j'annulais mon cinq à sept avec Clara pour une soirée confession avec mon futur boss. Tout est malheureusement une question de priorités.

mardi 3 novembre 2009

Mardi 3 novembre

Sophie, la petite amie d'Arnaud, passe en moyenne trois nuits par semaine à l'appartement : c'est juste assez pour qu'Arnaud en profite et suffisant pour qu'elle ne s'impose pas à mes yeux comme une quatrième colocataire. Sophie est drôle mais pas vulgaire, elle force Arnaud à faire des conneries et ne lui interdit jamais un verre de trop, parle modérément, n'est ni timide ni envahissante, n'est jamais gnan-gnan ou stupide, elle ne rit pas bêtement, ne fait jamais la gueule pour rien et surtout, à chaque fois qu'elle est là, elle nous cuisine des gâteaux délicieux, bien meilleurs que mes plats préparés que je réchauffe et que j'avale quotidiennement. J'aurais pu tombé amoureux d'elle, si elle avait été un peu plus belle : elle est seulement la copine d'un pote, et c'est mieux comme ça. Cela fait quatre ans qu'ils sont ensemble et ils ne s'embrassent pas constamment, ne s'appellent pas autrement que par leur prénom : Ils envisagent leur relation comme j'imagine la mienne. Je les envie à chaque fois que je les vois tous les deux, car ils sont bien un des seuls couples dans le monde entier que j'arrive à supporter.

lundi 2 novembre 2009

Lundi 2 Novembre

Qu'il est bon de revenir dans le joyeux monde des commerciaux, de quitter le sordide univers des geeks pour, je l'espère, ne plus jamais y revenir : plus de pull rouge, plus de conversation le midi sur le dernier Windows, sur les applications de l'iPhone et la nouvelle console Nintendo, non, je suis libre de cette torture mentale, je revis ! Je n'aurais jamais cru être si heureux de retrouver mon téléphone, mes interlocuteurs irrespectueux et hypocrites, mes collègues un peu beaufs. Cédric n'est pas encore officiellement notre patron, mais cette après-midi, il est venu serrer la main de tous ses futurs collaborateurs. Il me faisait penser à un homme politique en campagne, faisant semblant de s'intéresser à ses électeurs. La seule différence, c'est que lui, il ne se forçait pas à passer pour un gentil. C'est intéressant de voir comment tous les autres employés tentaient de lui faire bonne impression : c'étaient tous des moutons, prêt à accepter de se rabaisser plus bas que terre, à prouver qu'ils étaient tous un rouage essentiel de l'entreprise, à faire la cour au futur supérieur hiérarchique, pour simplement garder son job.

dimanche 1 novembre 2009

Dimanche 1 novembre

Je ne m'étais pas rendu compte, jusqu'à ce matin, que je partageais un appartement avec une fille. Habillé comme hier, les yeux fatigués par cette nuit agitée, je suis rentré chez moi avec la seule envie de m'écraser dans mon lit douillet, enroulé autour de ma couette tel un sushi humain. En ouvrant la porte d'entrée, j'ai aperçu Sarah, sortant de la douche en petite culotte, la serviette cachant sa poitrine que j'aurais aimé entrapercevoir. Elle ne s'imaginait pas que je reviendrais précisément à l'instant où elle quitterait la salle de bains. Et moi, je ne m'imaginais pas qu'elle avait des fesses à tomber à la renverse. Elle cachait bien son jeu, la coquine, sous ses longs pulls, ses pantalons amples et ses épais manteaux !