mercredi 30 décembre 2009
Mardi 29 Décembre
"Alors, comment tu as trouvé ma copine ?"
"Très bien, très sympa, très intéressante, très charmante. Par contre, il y a un truc bizarre ..."
"Quoi, quoi ? Dis-moi tout."
"Je l'ai observé, je l'ai regardé dans les yeux, je l'ai scruté de bas en haut quand elle marchait dans la rue et quand elle me parlait, et, à aucun moment, pas une seule seconde, elle n'a louché ou n'a marché anormalement !"
J'ai continué d'une voix plus grave et plus calme : "Eric ... elle ne boite pas et elle n'a pas de strabisme. Elle est juste ... bien."
"Je le sais ... tu essayeras pas de me la piquer, pas vrai ?
"Je te le promets".
Je ne vais pas lui voler la seule chose qui le rend heureux : je suis un enfoiré, je me fous des conséquences, sauf quand il s'agit d'Eric. Peut-être parce qu'il est mon seul vrai ami, le seul en qui j'ai confiance, le seul homme sur Terre, après moi, que j'ai envie de voir comblé et radieux.
Lundi 28 Décembre
Elle aime faire du badminton, être un peu pompette, se balader en ville la nuit, dire du mal des célébrités, tenir discrètement la main d'Eric. Alex parle et écoute beaucoup, elle m'a confié que son rêve le plus fou serait d'aller vivre à New York.
"Mais pourquoi New-York", lui ai-je demandé, "pourquoi pas Madrid, Rome, Toronto ou une autre grande métropole ?"
Alexandra me répondit : "J'ai toujours été attiré par cette ville depuis des années, j'imagine que c'est à cause de ces films américains, comme le Parrain, Léon. Tu n'as jamais rêvé d'aller là-bas, ce n'est pas assez mythique pour toi ?"
"C'est juste que ... je ne ressens pas le besoin d'aller à l'autre bout du monde, je ne vois pas ce que cela pourrait m'apporter."
Alex a soupiré, et m'a conseillé : "Si tu as l'opportunité d'avoir quelques jours de libre ... va prendre un bol d'air à l'étranger, ça ne peut que te faire du bien."
mardi 29 décembre 2009
Dimanche 27 décembre
Eric : "Demain, Alexandra et moi on t'invite à boire un verre."
Moi : "Enfin, je vais rencontrer la fille parfaite, celle qui rend heureux mon optimiste préféré !"
Eric : "Oui, j'espère que vous allez bien vous entendre."
Moi : "Bien sur ! Elle aime la bière ?"
Eric : "Oui."
Moi : "Donc ça ne va que bien se passer ...
Eric : "Oui tu vas voir, elle est cool." Il s'arrête un moment, et d'une voix plus sombre, continue. "Mais essaye de pas la dévisager quand tu la regarderas, elle a un léger strabisme."
Moi : "Bien sur, ne t'inquiète pas."
Eric : "Et ne lui demande pas pourquoi elle boite, ce n'est pas passager, elle a un léger problème à la jambe."
Moi : "Arrête, je ne suis sur que l'on n'aperçoit rien de tout ça."
Eric : "un peu quand même."
Eric est le spécialiste pour me faire remarquer tout ce qui ne va pas chez sa petite amie. Avec Eglantine, sa dernière copine que j'avais pu rencontrer, il m'avait mis en garde contre son nez imposant et sa canine qui poussait de travers. Alors, la première fois que je l'ai vu, juste avant que de m'approcher pour lui faire la bise, je n'ai vu que ses petits défauts, qui me sautaient implacablement au nez, c'est le cas de le dire.
Je pense que s'il ne m'avait rien dit, je ne les aurais à peine remarqués, ce n'était pas flagrant pour autant, je l'aurais même surement trouvé jolie, Eglantine, la petite brune aux longs cheveux et aux lèvres pulpeuses. Alors pourquoi me fait-il à chaque fois le coup ? A-t-il peur que je lui pique sa copine ? Ou peut-être n'assume-t-il pas d'avoir une copine, est-ce par manque de confiance ? Peut-être qu'il s'évite aussi de la mettre sur un piédestal, pour ne pas s'attacher, ne pas tomber trop vite amoureux ?
dimanche 27 décembre 2009
Samedi 26 Décembre
Pour résoudre ce difficile problème qui les empêchent d'être comblées, elles choisissent plusieurs garçons, qui se partagent les tâches. Après plusieurs années d'expérience à être l'un ou l'autre, j'ai réussi à les séparer en trois personnages différents : Le premier, le confident frustré, a le rôle le plus ingrat. Il est celui qui lui remonte le moral et qui ne la contredit pas, celui qui doit lui dire qu'elle n'a pas grossi même si ce n'est pas le cas, qu'elle est toujours aussi belle et désirable, qui lui dit que sa robe lui va à ravir, qui la réconforte de ses disputes puériles de couple. Puis, il y a le bon pote roue de secours, qui aime les même sorties, les même plats et la même musique, avec qui elles sortent, vont au cinéma, au musée, avec qui elles flirtent mais avec qui rien ne se passe, ou, avec qui elle cocufie le petit copain. Il la désire bien plus que les deux autres, et c'est avec lui qu'elle devrait être si elle n'était pas amoureuse du dernier larron, le plus chanceux des trois, l'amant. C'est le petit copain officiel, celui qui peut être le plus stupide, le plus macho et le plus ignare, mais qui possède un avantage sur les deux autres : elle l'aime et ne couche qu'avec lui. Et selon les cas, il est difficile voire impossible de lui prendre sa place.
Je veux être l'amant,le confident, et le meilleur ami d'Anna, tout en même temps : je veux le lot entier, et non pas des miettes. Tout ce qu'elle me propose, c'est des solutions qui ne m'intéressent pas : aller au cinéma, et puis se dire "j'ai passé une très bonne soirée en compagnie" en se faisant la bise, c'est pour les vieux amis de longue date, c'est frustrant et déprimant quand on a (toujours) des sentiments pour cette personne.
Je ne lui ai pas répondu, et je ne répondrai plus à ses textos tant qu'elle ne les commencera pas par : "j'ai viré mon copain" ou "j'ai vraiment envie de te voir". Soit elle veut de moi, soit elle sort de ma vie. Tant mieux pour elle si elle a des milliers de prétendants qui lui écrivent des déclarations enflammées.
Vendredi 25 décembre
On ne choisit pas sa famille, alors autant en faire que, le temps d'une courte trêve, nous nous acceptions tel que nous sommes tous, de différentes générations, aux goûts, convictions politiques, désirs, envies, addictions, passions, capacités intellectuelles et niveaux de vie diamétralement différents. Je prends sur moi, je me fais discret, et l'année prochaine, sauf gros incident planétaire (guerre mondiale, attaque nucléaire, pandémie, invasion d'aliens), je serai de nouveau là, assis à la même place, à déguster mon toast de foie gras.
samedi 26 décembre 2009
Jeudi 24 décembre
Mercredi 23 Décembre
La prochaine fois que je devrais bouger de Paris, je regarderai si ça ne coute pas plus cher de voyager en avion.
Mardi 22 Décembre
Ce soir, je pars en vacances pour une dizaine de jours, je rentre dans ma bretagne natale, en laissant au boulot un nombre incalculable de dossiers incomplets, d'e-mails urgents à peine lus (et donc pas encore traités), des compte-rendus de réunion en suspens, des coups de fils reportés à l'année prochaine.
Professionnellement, je suis à la rue, mais le plus grave, c'est que j'en ai strictement rien à faire : je risque, au mieux, de me faire gentiment sermonner par Cédric, et au pire, de me faire licencier. Je n'ai pas peur des conséquences de mon comportement laxiste, je les assumerai, je ne tiens pas vraiment à mon job, on peut bien me dire que "c'est la crise", "trouver un travail en ce moment ce n'est pas facile", si je devais me faire virer demain, cela ne me ferait ni chaud ni froid. Mais bon, pour éviter toute mauvaise surprise, je pense très prochainement me mettre en quête d'un nouveau job, au cas où, que je ne me retrouve pas dépourvu du jour au lendemain.
mercredi 23 décembre 2009
Lundi 21 Décembre
J'attends les vacances comme une vraie délivrance : encore une journée de labeur et à moi les grasses matinées, les retrouvailles familiales, les soirées avec les amis du lycée. Un bonheur temporaire qui tombe vraiment à pic.
lundi 21 décembre 2009
Dimanche 20 Décembre
Eric : "Stéphane, j'ai une super nouvelle !"
Moi : "Vas-y, j't'écoute ..."
E : "Alexandra va venir me rejoindre à Rennes après les fêtes de Noël ! Donc tu la rencontreras enfin !"
M : "Ah oui, ça c'est une bonne nouvelle ..."
E : "Et tu déconnes pas, tu essayes pas de la draguer !"
M : "Eric, soit pas con ..."
E : "Non mais tu sais, j'ai pas l'habitude d'avoir une copine, alors, fais pas de conneries, tu vois ?"
M : "Oui je vois très bien ... Ne t'en fais pas !"
E : "Merci."
M : "Et je peux lui proposer un truc à trois tu crois, où c'est encore trop tôt ?"
E : "C'est pas drôle.", me répondit-il d'un ton extrêmement sérieux.
M : "Détends-toi je plaisante ... On va passer du bon temps ensemble, vous à vous embrasser, et moi à tenir la chandelle !"
E : "Et toi, tu vas pas voir Anna ?"
M : "Oui, mais bon tu sais, elle a un mec donc j'espère la voir sans lui autour. Tu imagines si on sort un soir tous ensemble ? Anna, son mec, Alexandra, toi et moi, j'aurais le sentiment d'être la cinquième roue du carrosse !"
E : "Alors il ne te reste plus qu'à en trouver une rapidement ..."
M : "Il n'y a plus qu'à !"
Il n'y a plus qu'à.
dimanche 20 décembre 2009
Samedi 19 Décembre
S'il y a bien une chose que je ne supporte pas pendant les fêtes de Noël, c'est de sortir pour acheter les cadeaux. Je ne suis pas radin, plutôt je n'accepte pas que les autres viennent le faire en même temps que moi, car évidemment, je ne le fais jamais en novembre, j'oublie toujours ou je retarde jusqu'à ce que cela devienne vraiment urgent, alors, forcément, je me retrouve comme chaque année avec tous les retardataires, ou en d'autres mots, avec tous ces milliers d'enfoirés de mecs à la bourre qui rendent l'air du centre commercial irrespirable.
J'ai toujours été comme cela, bordélique, imprévisible, souvent irresponsable, je fais toujours tout au dernier moment, je ne sais travailler que dans l'urgence. Mais pourquoi le monde entier serait-il comme moi, fainéant et en retard ? N'y a-t-il pas des gens sérieux sur qui compter ? A en juger par le résultat du sommet de Copenhague, non : les chefs d'états du monde entier ne sont mis d'accord que dans l'ultime journée (et ainsi éviter une honte internationale), pour ne finalement accoucher que d'un accord minimum. En y réfléchissant bien, c'est rassurant de voir que je ne suis pas le seul à tout faire à l'arrach'.
samedi 19 décembre 2009
Vendredi 18 décembre
Quelques mètres derrière moi, un de mes supérieurs est aussi présent, bien assis derrière son bureau. Il a une tête de gentil malgré le haut de son crane qui se dégarnit. Quand nous nous voyons pour discuter de mon travail, il me parle à un débit très rapide, il dit toujours que je fais du "bon boulot" même si ce n'est pas le cas, et que je "continue comme ça", il ne s'énerve et ne me contredit jamais : le rêve de tout employé, en quelque sorte. Dommage qu'il soit autant stressé et hyper-actif, ses mains sont en permanence en train de trembler, il est plein de tics qu'il ne peut contrôler, et ça le rend un peu étrange : soit c'est un drogué du café fort, soit il carbure tous les matins à la cocaïne. J'aimerais que ça soit la seconde raison.
Je me sens seul au milieu de mes deux collègues, seul dans ce grand open-space, un peu perdu. Déjà que, d'habitude, je ne me sens aussi utile qu'une dame pipi, aujourd'hui, je n'ai même plus l'impression d'encore exister.
Jeud 17 Décembre
Nous avons donc, Arnaud et moi, passé la journée à ne rien faire : il n'avait, lui non plus, pas vraiment envie d'attendre qu'un bus passe peut-être, le prendre.
Alors, notre journée fut bien plus casanière que prévue : nous avons discuté, beaucoup, sur l'avenir, les filles, l'amour, la drogue, débattu sur comment faire les meilleures pâtes et avec quelle sauce, sur la réplique la plus mythique de Barney Stinson, qui était la plus belle femme du monde et quel était l'épisode le plus drôle de South Park, j'ai gagné deux parties au poker, mais il m'a surclassé aux échecs. Nous avons fini la journée à boire quelques bières devant plus belle la vie et à trinquer au fantastique jeu d'acteurs de cette série bien de chez nous.
jeudi 17 décembre 2009
Mercredi 16 Décembre
Je me souviens d'une de mes premières copines, qui au moment où je lui proposais délicatement et tout en finesse de passer aux choses sérieuses, m'avait dit cette phrase tue-l'amour : "ma meilleure amie et son copain, cela fait six mois qu'ils sont ensemble, et ils n'ont pas encore couché ! C'est bien hein ?". On s'est séparé rapidement. Quand on a 18 ans, on n'a pas vraiment envie d'attendre plus d'un mois pour espérer faire l'amour avec une fille, et avec des propos comme ceux-là, on se doute bien que, même si on prend son mal en patience, on n'aura probablement pas affaire à une fille aussi douée et habile qu'une actrice porno.
A part ça, toujours pas de texto de Clara.
mercredi 16 décembre 2009
Mardi 15 Décembre
Sarah sort de sa chambre et ouvre la porte de la cuisine, me fait un coucou, se sert un verre d'eau et vient me rejoindre à table. Elle me regarde, rit bêtement, et pose sa main sur ma jambe droite, qu'elle caresse de bas en haut.
"Stéphane, tu sais de quoi j'ai envie ce soir ?"
"De pâtes ? Ca tombe bien, je n'ai plus faim."
Elle rit à cette blague vraiment pas drôle, ce qui la décrédibilise complètement.
"Stéphane, j'ai envie de toi." Sa main se rapproche dangereusement de mon entre-jambes.
"Ah oui ?" Elle m'embrasse, je ne refuse pas ses baisers, puis, quelques secondes plus tard, je la repousse légèrement du bras et je lui dis d'une voix sérieuse: "Ecoute Sarah, je ne sais plus ou j'en suis".
Elle fait mine d'être étonnée : "Moi non plus, mais on s'en fout, fais moi l'amour, on ne va pas se prendre la tête."
Je ronchonne, elle le voit. Je m'attendais à ce qu'elle me réponde par un "Quoi, qu'est ce qu'il y a ?" alors qu'au contraire, elle me dit, l'air de rien, "Ok, comme tu veux", exactement de la même manière que si j'avais refusé d'aller au cinéma. Je viens de comprendre que notre histoire n'est, pour elle, que du divertissement, et c'est beaucoup mieux ainsi.
Elle finit son verre d'un trait, me sourit une dernière fois, et s'éloigne vers sa chambre. Avant qu'elle sorte de la cuisine, je soupire, je lève les yeux au ciel et je l'appelle. "Sarah ? Attends-moi, j'arrive.". Je me lève de table, elle m'attend le dos posé contre l'étagère du couloir, mordillant sa lèvre, la main gauche se baladant entre ses hanches. Il m'est physiquement impossible de résister à la tentation du jour.
mardi 15 décembre 2009
Lundi 14 Décembre
"Clara, j'ai mis du temps à comprendre, mais j'ai fait une erreur. Je n'avais pas saisi la chance que j'avais de t'avoir à mes côtés, j'ai été hésitant parce qu'on l'est toujours un peu, parce qu'on n'a peur de s'engager dans une relation qui pourrait nous échapper, parce qu'on veut éviter l'échec, les conflits, les pleurs. Je m'excuse d'avoir été distant, de ne pas avoir su ce que je voulais, et d'avoir laissé échapper la chance que j'avais d'être heureux avec toi. J'espère que tu me pardonneras et que tu m'accorderas une seconde chance, que je n'hésiterai pas une seule seconde à saisir. Bisous". Ce texto est aussi sincère que le premier, c'est bien cela qui me chagrine. Ce n'est pas que je suis un handicapé de l'amour, incapable d'aimer les femmes, mais plutôt le contraire : je trouve de la beauté et du désir en chacune d'entre elle, en Clara, en Anna, en Sarah et en tant d'autres.
lundi 14 décembre 2009
Dimanche 13 Décembre
Moi : "Moyen, moyen. Mais je ne veux pas te parler de mes problèmes, on ne va pas se pourrir la soirée, non ?"
E : "Si, si, vas-y, tu sais que j'aime tes histoires."
M : "Bon, alors, le boulot me gonfle, ça ne m'intéresse toujours pas, et mes perspectives d'avenir professionnel sont soit de travailler avec le diable, soit de démissionner. Et puis avec les filles, c'est un peu compliqué en ce moment."
E : "C'est toujours compliqué."
M : "Il y a quelques jours, j'ai revu une photo d'Anna où elle était magnifique, j'ai craqué et je lui ai fait une déclaration par texto. Résultat : on risque de se revoir pendant les vacances de Noël."
E : "Ah, mais c'est bien tout ça ! Je l'ai toujours trouvé cool celle-là ..."
M : "Je ne sais pas, ouais, elle est sympa, mais elle a un mec alors c'est perdu d'avance..."
Eric me dit en plaisantant : "Tu couches avec elle et tu te barres, ne me dis pas que ça te dérange ?"
M : "Non mais, il y a aussi Clara, qui ne me répond plus depuis que nous sommes allés au cinéma. Ca fait presque 10 jours déjà ! J'aimerais comprendre ..."
E : "Tu as fait quelque chose de mal ?"
M : "A part ne pas tomber amoureux d'elle, non."
E : "Tu veux le beurre et l'argent du beurre ! Une seule ne te suffirait pas ?"
M : "Si bien sur, mais là, je n'ai aucune des deux. "
E : "Et ta coloc', elle ne te plait plus ?"
M : "J'ai fait une connerie, je crois. J'ai pas pensé aux conséquences si je la niquais, et voilà, maintenant, elle me chauffe quotidiennement, ça devient très lourd et difficile pour lui faire comprendre qu'elle n'était qu'un one-shot."
Eric est de bonne humeur, il me répond ironiquement : "Toutes les filles veulent de toi, la vie est dure."
M : "Peut-être que j'ai du succès, mais au final, je suis tout seul."
E : "Regarde, je suis bien moins beau gosse que toi, et c'est arrivé, j'ai trouvé quelqu'un de bien ! Tout est possible, ne soit pas trop impatient."
M : "J'ai déjà fait une croix sur l'existence des âmes soeurs depuis bien longtemps, mais je regrette d'avoir laissé bêtement tombé Clara. Maintenant que je ne la vois plus, je me rends compte que c'était une fille bien, cultivé, intelligente et au charme fou. C'est con, hein, mais pourquoi je ne l'ai pas remarqué avant, quand je me levais le matin dans ses bras, quand elle me caressait les cheveux dans le lit, quand nous nous sourions l'un pour l'autre. J'ai fait une erreur de ne pas croire à une histoire entre elle et moi."
E : "Ce que j'en conclus, c'est que peut-être que tu n'as pas fait la déclaration d'amour à la bonne personne ? C'est possible ?"
M : "En fait, c'est exactement ça. Je vais essayer de réparer mes fautes dans les jours qui viennent."
E : "Je te fais confiance."
Samedi 12 Décembre
La règle du baiser au cinéma est simple. Prenons un exemple classique de film d'actions américain des années 90 : Speed (ça tombe bien, j'étais dans un bus au moment des faits). Dans ce genre de films, le script se résume facilement : tout va mal au début, alors les héros essayent de sauver leur peau, et à la fin du film, tout est bien qui finit bien, la fameuse happy-end est là pour nous rappeler que nous vivons tous dans un monde parfait. Justement ce n'est qu'à la fin que le gentil héros (souvent macho) embrasse la belle demoiselle (souvent très belle) qui l'accompagne depuis environ une heure et demie, et évidemment, elle ne refuse jamais ses avances, parce qu'elle l'aime depuis qu'ils se sont rencontrés, c'est le coup de foudre, etc. D'où la règle du baiser au cinéma : le couple s'embrasse une seule fois à la fin, et pas pendant tout le film ! Sinon cela n'a plus aucun sens, si l'on s'embrasse tout le temps, bordel ! Un baiser langoureux, c'est romantique. Plus de deux, cela commence à être énervant. Au dessus de dix, ce n'est plus romantique, c'est écœurant comme un gâteau au chocolat fourré de sardines à l'huile.
Alors voilà, à tous les couples qui montrent ostensiblement leur tendre amour dans les lieux publics, rappelez-vous que si la vie est un film, vous seriez aussi insoutenable et insipide qu'une comédie musicale indienne. Coup de gueule du samedi terminé.
samedi 12 décembre 2009
Vendredi 11 Décembre
"Ecoute Stéphane, je vais être honnête avec toi. Comme tu le dois savoir, mes supérieurs m'ont clairement fait comprendre que je devais licencier les mecs inutiles de la section. Et pour ne rien te cacher, tu es actuellement un des mecs qui sert le plus à rien dans cette entreprise, si l'on se confère uniquement à ce que tu as rapporté en terme de ventes."
Evidemment, cela ne m'a pas étonné une seule seconde. "Je suis au courant."
"Pourtant, je n'ai pas envie de te virer." Il se lève de son bureau, et cherche du regard une personne dans l'open space, à travers la grande vitre qui sépare son bureau du reste de la pièce. Il me montre du doigt un de mes supérieurs à qui je n'ai jamais adressé la parole. "Tu vois le gros là-bas ? Le gars, qui, en observant sa chemise, tu peux deviner ce qu'il a mangé au petit-déjeuner et à midi ?"
"Oui je le vois."
"Ce gars, c'était le vice-je sais pas trop quoi du temps de votre ancien patron. Pour faire simple, c'est le mec qui doit m'accompagner à toutes les réunions inter-sections ! Non mais, tu m'imagines parler de notre travail, faire le bilan mensuel assisté d'un mec pareil ? Je ne serai vraiment pas crédible !" Il marque une pause, et me pose la question : "Je ne serai pas crédible, hein ?"
"Je ne crois pas non."
"Tu veux le poste ?"
Je ne m'attendais pas à ce revirement de situation, je restais sans voix.
"Ecoute, Stéphane, tu la veux cette promotion ? Je vais le virer de toute façon le gros, il ira bouffer à McDonald's toute la journée comme ça. Soit tu dis oui, tu gardes ton job et tu viens juste avec moi quand il le faut, à des réunions qui servent à rien. Ce n'est pas bien dur, j'ai juste besoin d'un mec qui ait un peu de style quand je représente la section. Ton salaire sera augmenté, t'auras un grade à la con en plus. Ou alors, si tu refuses mon offre, je te vire, je n'aurais plus aucune raison de te garder. C'est toi qui choisit."
J'ai réfléchi en fermant les yeux, en imaginant les bons côtés comme les mauvais de ma future décision. La première question qui me vint à l'esprit fut : "Augmenter, mais de combien ?"
Il me répondit instantanément : "bien plus que ce que tu peux imaginer".
J'aurais peut-être dû réfléchir. Il m'a tendu sa main, je l'ai saisi. Le deal était conclu.
vendredi 11 décembre 2009
Jeudi 10 décembre
jeudi 10 décembre 2009
Mercredi 9 Décembre
Je ne l'ai jamais faite encadrer ou accroché au mur, car nous avons rompus quelques jours plus tard. Je m'étais dit que je garderai toujours cette photo dans un coin, pour ne jamais oublier qu'elle a été la seule fille qui, lors d'une relation amoureuse, avait réussi à me faire trembler de bonheur.
Je me suis allongé quelques minutes sur mon lit, les yeux ouverts, la tête sur mes deux bras pliés, avec Damien Rice en fond sonore. J'ai pris mon téléphone, et sans réfléchir aux conséquences de ce que j'allais faire, je lui ai écrit un texto : "Je te désire, j'ai envie de toi, j'ai beau essayé de t'oublier, mais je n'y arrive pas. J'aimerais me réveiller à tes côtés, te dire que j'aime tes hanches, que tes seins sont la plus belle chose qui existe sur Terre, te servir le petit-déjeuner au lit et puis repartir à Paris, en essayant d'apprendre à vivre sans toi. J'ai conscience qu'il est déjà trop tard pour qu'on soit de nouveau ensemble, mais cela ne m'empêche pas d'éprouver du désir pour ta silhouette, ta voix, tes fesses, et tout ce qui te compose. Anna, j'aimerais te faire l'amour, te regarder t'endormir dans mes bras, te voir heureuse auprès de moi."
mercredi 9 décembre 2009
Mardi 8 décembre
Lundi 7 décembre
Pendant que je me goinfrais de ces délicieuses viennoiseries, Cédric en a profité pour remercier chacun d'entre nous de notre accueil, et a espéré devenir un bon chef, attentif et à l'écoute, sérieux et honnête envers ses employés. Les applaudissements ont jailli de toute part à la fin de son monologue, et quelques instants plus tard, les premiers lèches culs arrivistes le félicitaient pour sa promotion, son costume, ses dents parfaitement blanches et son "fantastique" petit-déjeuner. Tout le monde sans exception était sous le charme de ce charismatique garçon, qui a parfaitement réussi sa mission de séduction dans sa nouvelle section.
Dimanche 6 décembre
Eric m'a raconté, qu'ils ont été gênés pendant de longues minutes et qu'ils ne savaient pas de quoi parler. C'est normal, lui dis-je : "tu l'as mis sur un piédestal avant même de la connaître ! ". Durant la première demi-heure, il n'a pas osé l'aborder : il était à un stade de timidité avancé qui l'empêchait toute approche, tout contact physique de la main et même tout échange de regard. Je l'imagine comme un petit enfant devant des grandes personnes qu'il ne connaitrait pas, baissant la tête et regardant ses pieds à la recherche d'une échappatoire.
Tout s'est accéléré quand Eric a sorti son remède miracle contre sa timidité maladive : l'alcool. Après quelques verres de bière, il se sentait enfin bien, serein, et il a enfin bien vendu toute l'étendu de ses capacités : gentillesse, tendresse, honnêteté, optimisme.
Ils ont fini la nuit chez elle : ses seins étaient magnifiques, "j'aurais aimé que tu puisses les mater", m'a-t-il dit. Ils ont promis de se revoir. J'aime quand les histoires d'amour sont simples, c'est tellement rare. De mon côté, toujours pas de nouvelles de Clara. Je crois bien qu'elle me manque.
dimanche 6 décembre 2009
Samedi 5 Décembre
Les gens sont moches dans ce bar et les deux pintes de Leffe ingurgités ne les rendent malheureusement pas plus beaux. Je rentre à la maison seul, sans Arnaud, tel Cendrillon aux douze coups de minuit, sans avoir vu une seule fille potentiellement draguable. J'écris pour la première fois depuis notre rencontre un message à Clara. Étonnamment, ce soir, sa présence m'a manquée.
Vendredi 4 décembre
Une journée de merde s'enchaine le plus souvent avec une soirée de merde. Une soirée à attendre que le texto sonne, à chercher un peu de motivation au fond de soit pour sortir dehors, une soirée à boire, à être saoul, à vomir, seul. Une soirée à oublier. Eric et moi avons inversé les rôles : c'est désormais moi qui espère que demain, ce sera bien.
vendredi 4 décembre 2009
Jeudi 3 décembre
Pour lui donner des montées d'adrénaline, je lui ai envoyé ces derniers jours des textos du type "et non, ce n'est pas Alexandra, peut-être la prochaine fois ?", "Malheureusement non, toujours pas ! Ne perds pas espoir.", "Oui c'est Alexandra, j'ai pris le téléphone de ton ami Stéphane ! Tu vas bien ?". Il a tenu bon, jusqu'à hier soir. Environ 72 heures après leur rencontre, c'est à dire en appliquant à la lettre la règle des trois jours, Eric a écrit à Alexandra et lui a demandé si elle était libre pour boire un verre. Quelques heures plus tard, ils se mettaient d'accord pour vendredi soir à 21h, dans le bar où ils se sont rencontrés.
jeudi 3 décembre 2009
Mercredi 2 Decembre
Le héros charme le public par sa tendre maladresse, Clara me serre fort ma main, je ne refuse pas ce contact doux et chaud. Elle me surestime, c'est évident : elle me prend pour un type bien, ou peut-être comme un mec comme les autres qu'elle voudrait modeler, rendre meilleur, une version améliorée de moi, en plus attachant, plus câlin, beaucoup moins distant, et amoureux.
J'ai passé le reste de la séance ma main sur la sienne, à balader mes doigts entre ses phalanges et à les perdre sous sa paume. Même ses mains sont d'une beauté rare. J'aimerais tomber amoureux d'une fille comme elle, mais je n'y arrive pas. J'ai ce raisonnement égoïste, ou altruiste, tout dépend du point de vue, que je ne veux pas souffrir et la faire souffrir.
J'ai finalement été intéressé par le film, qui reflète une vision de l'amour parfaite, tellement sublime qu'elle ne peut qu'exister dans une salle de projection. Et dire que Clara y croit. Là où est son malheur, c'est qu'elle espère le même genre d'histoire, mais avec moi.
Mardi 1er Décembre
Dans sa tête, ça ne lui viendrait pas à l'idée de se "rabaisser" et de me donner un peu de bonheur, un peu d'espoir, en ne se forçant plus à m'ignorer : "je le sais déjà que l'on ne joue pas dans la même catégorie, tu n'as pas besoin de me le montrer, pétasse !", pensais-je très fort.
Elle quitte le wagon à toute vitesse, me laissant désormais entièrement seul, avec comme unique compagnon de voyage ma haine envers les filles qui ne seront jamais à mes pieds.
lundi 30 novembre 2009
Lundi 30 Novembre
La banlieue me pèse, le travail me gonfle, mes histoires amoureuses qui n'en sont pas me lassent. J'ai besoin d'une grande bouffée d'air frais, de quitter ma routine, de changer de façon de vivre. Les six canettes de bière ont été le catalyseur de cette déprime hivernale : je suis allongé sur le lit, un peu saoul mais fatigué de cette vie qui ne me plait pas. Le téléphone sonne, Clara au bout du fil, je ne réponds pas. Quelqu'un tape à la porte, Sarah veut papoter. Ce soir, je n'en ai absolument aucune envie. Elle claque la porte sans dire un mot, je soupire, je m'allonge sur mon lit, et je ferme les yeux.
La musique de Morcheeba me berce et aide mon esprit à s'évader loin de tout ça. J'aimerais tout quitter, changer de vie, faire quelque chose de fou, avoir le force et la volonté de tout quitter, de m'épanouir dans une autre voie. Mais, j'ai beau réfléchir, je n'ai aucune idée de ce que je pourrais faire d'autre qui serait mieux que ma situation actuelle. Cela doit être pour cela que tant de personnes ont peur de tout quitter et de repartir sur de nouvelles bases. Nous sommes tous coincés dans notre propre monde, incapable de prendre son courage à deux mains pour savoir ce qui se passe dans le reste de l'univers.
Dimanche 29 Novembre
"J'ai eu le coup de foudre". Eric m'a appelé assez tôt ce matin pour m'annoncer la nouvelle : il a rencontré hier "la femme de sa vie". Eric n'avait aucune envie de passer son samedi soir à stagner devant la télévision. Il s'est motivé, s'est rasé et coiffé, direction le centre-ville pour boire un verre. Il a choisi un bar aléatoirement, un qu'il ne connaissait pas. Il s'est assis au comptoir, a commandé une bière. Jusque là, tout se passait comme d'habitude : les filles l'ignoraient malgré ses regards insistants, le barman ne lui adressait pas la parole, la serveuse se forçait machinalement à lui sourire. Et puis, elle est entrée. Eric ne l'a pas remarquée immédiatement, parce que ce n'est ni une top model, ni un laideron. Elle était juste ordinaire, simple, le type de filles que l'on ne remarque pas car elle se fond dans la foule avec perfection, parce qu'elles n'ont aucune particularité physique qui pourraient nous subjuguer (yeux verts, lèvres pulpeuses, poitrine anormalement surdéveloppée) ou nous repousser (les yeux qui louchent, les dents sales, la poitrine anormalement sous-développé).
Le destin a voulu qu'elle rentre seule dans la bar, que la seule place de libre soit le tabouret à côté d'Eric et surtout, que le rencart de la demoiselle lui fasse faux bond. Elle était triste d'être seule, comme l'était aussi Eric. Il a suffit d'une seule fois, d'un seul croisement de regard, pour qu'Eric se dise : "je ne pourrais plus vivre sans elle". Le coup de foudre est une chose extraordinaire, inexplicable : pourquoi arrive-t-on à se dire que l'on veut vivre avec une et une seule personne ? Encore un mystère que la science ne peut résoudre, et que, personnellement, ne risque probablement de ne jamais m'arriver.
D'habitude, Eric n'est pas un timide : il n'hésite pas être direct et à faire comprendre qu'il veut la fille, et tout de suite. Mais cette fois-là, il avait un tel noeud dans le ventre qu'il lui était impossible de lui adresser la parole. Alors c'est elle qui l'a fait : "Et toi, pourquoi tu es tout seul ?". Il a passé sa soirée à la réconforter, a lui vendre son optimisme et sa candeur, et probablement il a du lui dire une dizaine de fois "tu verras, demain ce sera bien", "carpe diem", et "profite de la vie", comme il a l'habitude de me le faire. Et, selon les propos d'Eric, elle a aimé qu'on s'occupe d'elle avec autant de sincérité. Alors Eric est tombé amoureux aussi rapidement que sa naïveté le lui permet. J'espère qu'une seul chose : qu'elle ne s'amuse pas de lui, sinon, la chute risque d'être terrible pour son petit coeur d'artichaut.
dimanche 29 novembre 2009
Samedi 28 Novembre
La messagerie instantanée sur Internet me permet de discuter simultanément avec plusieurs filles, ce qui est tout de même pratique quand on travaille sur plusieurs coups à la fois. Cette manipulation demande tout de même un peu d'entrainement : on doit s'adapter à chaque demoiselle, et jouer un personnage précis pour chacune d'entre elles. Je drague ouvertement la première, je conseille la seconde sur une histoire de mec, j'apprends à connaître la troisième, la petite nouvelle, je fais rire la quatrième, je montre ma tête (et seulement ma tête) à la dernière, en ayant pris soin de vérifier la disposition de mes cheveux juste avant.
La latence de la connexion et l'absence de contact physique sont deux atouts qui m'autorisent à ne pas répondre rapidement, et c'est l'intérêt principal de la drague via messagerie instantanée : on peut travailler ses mots, réfléchir à comment tourner une blague, les compliments sont mieux placés dans les dialogues, rien n'est dit trop vite. On devient une version évoluée de soi-même, plus réceptif et plus mature. Il faut juste se méfier de ne pas foutre en l'air une histoire en se trompant de fenêtre, en disant l'air de rien à une fille un peu coincée que l'on connaît à peine qu'elle "peut venir croquer dans ma carotte quand elle veut". C'est du vécu, et c'est irrattrapable.
Ce soir, je ne m'en sors pas trop mal, je n'ai rien de concret, je ne fais qu'entretenir ces relations, c'est mieux que rien. Je n'espère pas un taux de réussite de 100%, c'est à dire faire l'amour un jour ou l'autre avec chacune d'entre elles, car certaines, j'en suis sur et certain, se jouent de moi, et me font croire qu'elles ont envie de coucher alors qu'en réalité, elles ont seulement besoin de se sentir désirées, par qui que ce soit. Si j'élimine ces allumeuses et en supposant que je continue sur cette voie, sans faire de grosses erreurs éliminatoires, je peux prétendre coucher avec deux d'entre elles d'ici la fin de l'année. Ça serait déjà un super résultat.
vendredi 27 novembre 2009
Vendredi 27 Novembre
Sarah a changé de comportement à mon égard. Avant elle était distante et maintenant, elle est devenue niaise, rigolant pour un rien à chaque fois que je dis quelque chose, même s'il n'y avait rien de drôle dans ce que je disais. C'est soit tout, soit rien, soit elle me fait la gueule sans que je ne sache pourquoi, soit elle est joyeusement hyper-active, et ça en devient insupportable. Elle veut que je lui raconte ma vie, et espère tout savoir, si j'ai passé une bonne journée, ce que j'ai mangé à midi et si je n'ai pas eu beaucoup de questions, elle est aussi bavarde et intéressée par ma vie que ma mère, ce qui n'est pas franchement un bon point pour elle si elle veut que cette histoire se termine dans un lit. Ce qui me rebute le plus dans la nouvelle Sarah, c'est ses questions un peu troublantes : "il n'y avait pas des gens étranges ou rigolos dans le bus avec toi ? Moi j'ai toujours un monsieur qui ressemble à Jean Dujardin avec plus de cheveux, mais en plus moche !"
"Quelle est la couleur des cheveux de ton patron ? Blond c'est bien, les autres j'aime pas."
"Si tu devais te réincarner en animal, ça serait lequel ? Moi ça serait un hibou parce que j'aime bien la nuit ! Et en objet de bureau ? Moi je pense que je deviendrais un stylo quatre couleurs. Pourquoi ? Je ne sais pas, c'est ce que je ressens au fond de moi."
Depuis la semaine dernière, Sarah me parle tout le temps, et je suis obligé de fuir le salon et de m'enfermer dans ma chambre pour avoir un peu de tranquilité. Elle s'est complètement ouverte à moi, et me parle comme si on était des amis depuis dix ans. Je regrette d'avoir changé la situation : je préférais quand elle boudait dans son coin et m'ignorait, parce qu'avant tout cela, je ne me doutais pas qu'elle soit aussi conne.
Jeudi 26 Novembre
mercredi 25 novembre 2009
Mercredi 25 Novembre
Nous nous amusions à compter les points selon des critères que je n'ose pas étaler, je me souviens de la fois où Frédéric avait battu tous les records en couchant le premier soir avec une gothique plus grande et certainement plus lourde que lui, tatouée sur la nuque, piercée sous la lèvre inférieure portant un bustier et porte-jarretelles noirs qui rendrait Morticia Adams verte de jalousie. Il a eu du courage d'être allé jusqu'au bout, juste pour gagner un concours sexuellement idiot.
Depuis, cinq années se sont écoulées : nous nous sommes perdus de vue, et quelque part, c'est triste, car mes meilleures soirées ont été en sa compagnie. Ce matin, j'ai reçu un mail de sa part, adressé à toute notre bande de la fac. Frédéric nous prévient qu'il va se marier avec Jessica, une jolie brune très charmante, dont la photo est jointe au message. Je suis invité à venir au vin d'honneur du mariage. Le choc. Je repense à Frédéric saoul embrassant goulument l'affreuse gothique, et une demi-décennie, le voilà rangé de toutes ses betises qui n'appartient plus qu'au passé. Il faudrait que moi aussi je commence à devenir adulte. Il faudrait.
mardi 24 novembre 2009
Mardi 24 Novembre
Au boulot, rien de nouveau. Mon meilleur ami, mon téléphone fixe, sonne peu. Je fais semblant d'écrire sur le clavier de mon ordinateur quand quelqu'un s'approche de moi. Quand tous les autres commerciaux sont occupés à faire croire qu'ils travaillent, je joue au démineur ou au solitaire. Il m'est même arrivé de simuler un appel téléphonique pour ne pas qu'on me dérange ou pire, que l'on me donne du travail. Je ne me déplace plus chez les clients depuis quelques semaines, mon supérieur avait décelé chez moi le manque total d'implication dans cette partie du job qui, pour tout dire, me gonfler énormément : serrer des mains, se forcer à sourire, vendre de la soupe, je ne suis pas un politique en campagne !
J'ai la vague impression d'être inutile, et bien pire, que tous les commerciaux ici ne servent strictement à rien, qu'il n'y en a pas un pour rattraper l'autre : le secteur ne comporte que des bac+3, +4, +5 pour certains, et pas un seul n'est un foudre de travail. Nous sommes des glandeurs payés à ne presque rien faire ! C'est scandaleux, mais qui va aller se plaindre à la direction d'avoir un salaire bien trop important pour le travail à accomplir ? Pour réussir dans la vie professionnelle, il n'est pas nécessaire de travailler d'arrache-pied mais il suffit de le faire croire.
Je n'ose pas encore imaginer quels vont être les changements dans la section lorsque Cédric y sera nommé manager en chef. Va-t-il employer la manière douce, ou va-t-il mettre un grand coup de pied dans la fourmilière ? En ce moment même, personne ne veut y penser. Nous profitons de ne pas être encadré, personne étant là pour surveiller et contrôler notre rentabilité, notre ancien chef a préféré démissionner plutôt que de rétrograder hiérarchiquement, et je le comprends. Nous sommes comme des enfants passants leur derniers jours des vacances d'été à s'amuser au maximum, avant que malheureusement, l'année scolaire ne reprenne.
lundi 23 novembre 2009
Lundi 23 Novembre
Alors que nous nous baladions Eric et moi dans le vieux Lyon, je suis tombé par hasard sur un magasin hippie bobo fashion-hype-tendance. Je me suis alors dit que c'était l'endroit idéal pour acheter à Sarah un petit cadeau pour me faire pardonner d'avoir cherché à la mater nue, comme si c'était un crime. A l'intérieur, une des clientes était vêtue avec comme couleur dominante, le vert pomme. Et sans mauvais jeu de mots, je n'avais aucune envie d'aller croquer dedans. Là-bas, tout était cher et moche : un bracelet faussement antique était en réalité deux barres en fer tordus et soudés entre elles au misérable prix de 50 euros. Sérieusement, je ne comprends pas pourquoi, quitte à passer tout son argent dans les fringues, ne pas tout dépenser dans des costumes, tailleurs, chemises sur mesure ? Pour le même prix, je préfère avoir la classe.
Finalement, j'ai trouvé un collier bon marché que j'avais honte d'acheter, une tige circulaire avec une sorte de toile d'araignée qui pend maladroitement, mais l'essentiel, c'est que je savais que Sarah l'adorerait. Et ce fut le cas. Je viens à l'instant de lui remettre dans un petit emballage cadeau, et en récitant le monologue que j'avais un petit peu préparé : "Sarah, je suis désolé d'avoir crée ce climat instable à la coloc. Je ne sais plus comment m'excuser, j'aimerais que tout soit comme avant, et même mieux. En fait, on ne se connait pas beaucoup, mais le peu que j'ai pu voir me donne envie de découvrir ce qui se cache un peu plus enfoui en toi. J'aimerais qu'on devienne complices parce que tu as l'air d'être une fille bien. Voilà, j'aimerais, en clair, que l'on ne soit pas seulement des colocataires, mais avant tout de bons amis." J'y ai mis toute mon intensité, j'ai parlé d'une voix douce et sérieuse, posée et émue. Il ne manquait que les violons pour se croire dans un film à l'eau de rose. Sarah ne m'a pas répondu immédiatement, elle a esquissé un sourire, le premier qu'elle m'adressait depuis que nous vivions ensemble. Elle m'a tendu le collier et m'a demandé : "Tu peux me l'accrocher s'il te plait ?". Elle a pivoté de 180 degrés puis posé son dos chaud contre ma poitrine. Comme un démineur tremblant avant de couper le fil rouge plutôt que le fil noir, j'ai difficilement compris comment fonctionner le mécanisme associé au fermoir. Sarah était dans un état de joie assez surprenant : dès que le collier fut installé, elle courut vers la salle de bains pour admirer son nouveau "bijou", puis elle revint tout sourire jusqu'au salon. "Merci", m'a-t-elle dit. J'ai répondu, grand seigneur, "ce n'est rien".
Je me débrouille toujours pour passer pour un gentil avec les filles, quoi que je fasse : je retombe toujours sur mes pattes, quelque soit la situation dans lequel je me mets. Je peux les tromper, les prendre pour des connes, me laisser désirer pour finalement refuser, me faire surprendre en train de mater, j'arrive encore à me faire pardonner, voire aimer. Tant mieux.
Dimanche 22 Novembre
Me voilà donc dans le train, incapable de faire quoi que ce soit : je ne vis pas, je subis. Quand je ne lutte pas pour m'endormir, j'observe, à travers le reflet de la fenêtre, mes yeux et les nombreuses veines rouge vif qui circulent autour de mes iris.
Comme dirait Danny Glover dans le film l'Arme fatale, "Je suis trop vieux pour ses conneries" (ce qui ne l'empêchera pas de continuer la série avec trois autres opus). J'ai, depuis peu temps, un certain mal à me remettre physiquement des grosses soirées dans lesquelles l'alcool y est un invité majeur : il n'y a pas si longtemps de ça, quand j'étais encore étudiant, j'étais capable d'enchaîner plusieurs sorties de la sorte sans aucun problème. Ainsi, je constate malheureusement, que désormais, je ne suis plus un adolescent qui grandit, mais un homme qui commence doucement à vieillir.
Samedi 21 Novembre
Justement, en parlant d'Eric. Nous avons passés une soirée exceptionnelle ensemble, de ce dont je me souviens. Après plusieurs haltes dans les bars du centre-ville, Eric a pris une pause et s'est endormi sur une table de billards, devant les clients abasourdis. Il s'est réveillé quelques minutes plus tard, quand il a entendu que juste à côté de lui, je discutais avec deux nanas que l'alcool rendait étonnamment belles. Notre manière de réagir face à notre haut taux d'ébriété les amusait, elle se moquait de notre démarche et de nos nombreuses hésitations lorsque nous parlions.
Tout se passait bien, nous avions décidé de les raccompagner jusqu'à chez elle, dans l'idée de faire plus que de les laisser devant le pas de leur porte.
Et puis Eric a laissé échappé sa main sur les fesses de la plus blonde des deux filles. Cela n'aurait pas causé de problème s'il n'avait pas pincer aussi fort, et qu'elle n'avait pas sursauté en poussant un "aie !". Cela serait peut-être encore mieux passé s'il n'avait pas rajouté : "Ces petites fesses fermes méritent d'être prises en levrette. Tu es partante ?"
Eric ne s'y attendait pas, mais il s'est pris une gifle tellement mémorable, que j'en pleurais de rire. Les deux filles s'échappèrent sans dire un seul mot, Eric, incapable de la rattraper, lui criait : "Mais je déconnais, connasse !".
Nous nous sommes assis sur le banc le plus proche, j'ai proposé une cigarette à Eric qui l'a immédiatement accepté. Nous nous sommes regardés dans les yeux, et sans trop savoir pourquoi, nous avons ri, longtemps. Nous étions heureux de faire partie de cette génération de jeunes et cons.
samedi 21 novembre 2009
Vendredi 20 Novembre
Je suis assis confortablement dans le train qui me mène à Lyon. J'observe la jeune demoiselle assise en face de moi : les yeux d'un bleu clair à rendre la mer fade et quelconque, la veste blanche qui laisse devenir une poitrine abondante, des lèvres pulpeuses à rendre jalouse Angelina Jolie, une moue mi-triste mi-sexy qui lui donne un charme irrésistible. Ce n'est pas le coup de foudre, mais presque. Cette ravissante créature est bien plus belle que toutes les passagères que j'ai pu côtoyer ces dernières années dans les transports en commun : c'est mon jour de chance ! Je suis dans les starting blocks, prêt à lui bondir dessus dès que nos regards se croiseront.
Mais mademoiselle sait qu'elle est belle, et se laisse désirer : on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, doit-elle se dire. Elle m'inspire, j'ai envie de lui écrire un poème mais non, ça serait tellement ridicule, elle me prendrait pour un de ces connards de romantique dont je fais évidemment parti. Alors que dire ? Lui demander l'heure ? Avec une montre déjà au poignet, à éviter. Je ne sais pas quoi faire pour qu'elle me remarque! Je perds toujours mes moyens quand une fille est trop belle pour moi, quand nous ne jouons pas dans la même catégorie : je deviens gnangnan, accro, fleur bleue, amoureux, impulsif, en une phrase, je leur fais peur. C'est la raison pour laquelle que je ne sors qu'avec des filles dont je m'en fous : je foire toujours tout avec les demoiselles qui me plaisent du fond de mon coeur, je prends les choses trop au sérieux et à vouloir bien faire, j'enchaine les mauvais choix.
Ma passagère préférée a mis ses écouteurs, posé sa tête contre son épaule et fermé ses yeux. J'ai trop tergiversé, comme d'habitude. Je cherche dans mon sac mon casque audio, je règle le volume du son de mon iPod, je m'avachis sur mon siège, je contemple chaque trait de son visage, sa petite fossette sur le menton, et je l'avoue, sa poitrine qui se dessine sous son tee-shirt. Nous sommes assis juste à côté mais chacun dans son monde, à des années lumières l'un de l'autre : je l'observe, je pense à Anna, Clara et toutes les autres, et du plus profond de mon âme, je prie pour qu'un jour, je sois enfin heureux en amour.
jeudi 19 novembre 2009
Jeudi 19 Novembre
Sarah m'en veut de l'avoir vue presque nue : elle m'évite le matin, baisse la tête quand on se croise au salon, elle ne partage plus son énorme stock de chocolat noir avec moi. Aujourd'hui, elle a franchi la ligne blanche, et a réalisé l'inconcevable : elle ne passera pas sa soirée avec nous devant le dernier "How I met your mother". C'est devenu un rituel : Nous regardons tous ensemble, depuis qu'on est en colocation, un épisode de cette série, au moins une fois par semaine. Nous sommes toujours tous les trois, voire plus parfois, à plaisanter, s'amuser, à jalouser Barney Stinson ou Ted Mosby, à rire à gorges déployés, et à se dire que la vie devrait être comme dans une sitcom américaine. Aujourd'hui nous ne sommes donc que deux des colocataires, accompagné d'un nouvel ami pour la soirée, un pack de quatre bières de Desperados.
"Tu sais pourquoi Sarah boude dans son coin et ne vient même pas avec nous pour voir How I met ?" me demande Arnaud.
Je feins de ne pas savoir. Je ne suis pas déçu du comportement de Sarah, à vrai dire, je m'en tape. En réalité, je ne pense pas avoir quelque chose à me reprocher : c'est humain, ou plutôt masculin, de vouloir savoir ce qu'il se passe sous les jupes des filles non ? J'irai m'excuser de mon comportement "pathétique" (selon ses mots) dans les jours qui viennent, je ferai mon mea culpa, ma bonne action, je dirai que c'est entièrement ma faute, que j'aurais du entendre qu'il y avait du bruit dans la salle de bains et patati et patata, ce genre de conneries débiles qui amélioreront, je l'espère, son opinion sur son "putain d'obsédé de colocataire" (je ne fais toujours que citer). Je me dois d'être bon, l'ambiance de la colocation est en jeu.
Mercredi 18 Novembre
Arnaud répète inlassablement, vautré sur le fauteuil du salon, la même phrase : "j'ai honte". La qualification de l'équipe de France de football lui est passé à travers la gorge. J'ai fait une erreur, j'ai essayé de dédramatiser la situation : "Arnaud, ce n'est que du sport, ce n'est pas grave." A ses yeux, j'ai vite compris que j'aurais mieux fait de me taire. Arnaud se leva à toute vitesse et me répondit d'un ton calme mais frustré :
"Si c'est grave ! Oui, la France va aller en Afrique du Sud l'année prochaine, ce qui fera le bonheur de TF1, des sponsors et des journalistes sportifs. Mais, à quel prix ? En trichant ? Tricher, c'est ne pas se respecter, c'est n'avoir aucun honneur et dignité, ni pour soi, ni pour les autres. Et Henry, lui, quand il dirige le ballon de la main comme s'il jouait au rugby, quand il saute de joie après que le but soit validé, quand il serre dans ses bras les autres joueurs, quand il fait tout ça, il porte le maillot de l'équipe de France. Et en plus c'est le capitaine ! Quelle belle image pour tout un pays. En plein débat sur l'identité nationale, il donne du grain à moudre à tous ces politiciens qui se demandent ce que c'est d'être français. Français, aux yeux du monde, c'est être tricheur, c'est ça ? J'ai honte. Honte que, pour que mon équipe soit représenté à la coupe du monde de football, elle vende son âme au diable en direct à la télévision." Moralité : plus jamais je ne contrarierai un supporter de foot, je le jure.
mardi 17 novembre 2009
Mardi 17 Novembre
lundi 16 novembre 2009
Lundi 16 Novembre
dimanche 15 novembre 2009
Dimanche 15 Novembre
Arnaud n'est pas dans un bon soir. A quoi je le vois ? Il regarde la télé avec aucun morceau de pain dans la main. Pire, j'ai vu dans la cuisine qu'il n'avait pas fini son assiette de pâtes : C'est sur, il ne va pas bien. Je n'ai pas l'ame d'un confident, d'ailleurs, je hais quand une nana cherche à me connaitre : "dis moi ce qui ne va pas", "ouvre moi ton coeur", "ne sois pas si distant", et j'en passe. Mais Arnaud est un chic type, qui malgré sa carapace, ne peut pas tout encaisser et a besoin de dire ce qu'il a sur la conscience. Je m'installe sur le canapé à côté de lui, avec deux bières fraîches sous le coude. Je lui en tends une et j'entame la conversation.
"Qu'est ce qui ne va pas Arnaud ..."
"Rien, rien de spécial. C'est juste que ... Sophie m'a fait comprendre qu'elle voudrait qu'on vive ensemble."
"Quoi ? Mais c'est super ! ". En réalité, je pense le contraire, qu'il est trop tôt pour se caser mais bon, je suis un faux-cul de première.
"Je, je ne sais pas. Je l'aime, c'est évident, mais ... vivre ensemble, c'est la première vraie étape d'une relation sérieuse. Et cela me fait peur."
"Oui, c'est une étape à franchir, mais il faut bien se lancer non ?"
"C'est dur. J'ai du mal à me dire : voilà Sophie est peut-être la dernière personne avec qui je vais coucher."
"Peut-être bien, oui. Je t'avoue que moi aussi ça me ferait flipper, mais quand j'aurais trouvé la fille parfaite, je ne la lâcherai pas ! Seulement, la différence entre toi et moi, c'est que toi, tu l'as trouvé."
"Oui, enfin ... c'est difficile. Je ne drague plus depuis presque six ans, je suis honnête et sérieux, mais je vois que je plais à d'autres filles. C'est assez rare, mais je me demande : est-ce qu'un jour, je ne vais pas craquer et faire une connerie ? est-ce que c'est vraiment la bonne ? "
"Qui sera la bonne, tu le sauras sur ton lit de mort. En attendant, profite ! Tu es heureux avec elle, la question ne se pose même pas : soyez heureux, n'allez surtout pas trop vite, pas d'enfants dans les trois ans qui viennent, et vous aurez une belle vie ! "
Je venais de lui dire qu'il suffisait d'être heureux avec une fille pour se dire qu'on l'aime, et il n'a pas été choqué. Arnaud est encore plus naïf que ce que j'imaginais : les gens qui croient à l'amour, qui pensent que les films à l'eau de rose hollywoodiens pourraient très bien se produire en vrai sont une espèce en voie de disparition. Je vis avec l'un d'entre eux, et je compte bien, du mieux que je peux, le protéger des dangers de la forêt hostile dans laquelle, moi, je vis.
Samedi 14 Novembre
J'ai remarqué tout à l'heure vers midi qu'elle avait oublié de fermer la porte de la salle de bains à clé quand elle est entrée prendre sa douche. En fait, je n'ai pas entendu le bruit du verrou claquait quand elle a poussé la porte. Miracle ! Il suffirait de s'introduire dans la salle de bains pour observer le corps nu d'une jeune femme de 23 ans, introvertie, certes, mais aux fesses d'ange. Je ne sais pas quoi faire : le risque est gros, mais la tentation est énorme et ce genre de situations ne se reproduira pas de sitôt ! Alors je me suis lancé : j'ai pris un air décontracté, respiré un bon coup, cherché un air à siffloter, et je me suis collé à la porte de la salle de bains, l'oreille posée contre le mur à espérer entendre tout indice sur sa présence, ou mieux, un orgasme féminin. J'entendais l'eau coulait sur son corps, mon coeur battait fort à l'idée de faire attraper. Il fallait attendre le bon moment, ni trot tôt, pour que le rideau de douche ne cache pas entièrement son corps, ni trop tard, pour qu'elle ne soit pas enveloppée dans sa serviette de bains. Quand j'ai entendu à travers la porte que Sarah fermait le robinet de la baignoire, je suis entré dans la salle de bains le plus naturellement du monde : elle a crié, hurlé que je dégage loin d'elle, je lui ai dit que je ne savais pas qu'elle était là, elle m'a traité de connard, je lui répondais que je pensais que la salle de bains était vide (alors que non, évidemment), et je suis sorti en m'excusant mille fois.
Au final, mauvaises nouvelle, je n'ai rien vu du tout, elle était de dos, la serviette autour de la taille, les mains dans les cheveux. J'ai aperçu sa silhouette, mais pas un seul des éléments de son corps que je souhaitais connaitre mieux en détail : dommage ! Je réessayerai une autre fois, le temps de trouver une nouvelle tactique qui ne me fasse pas passer pour un obsédé.
vendredi 13 novembre 2009
Vendredi 13 Novembre
Comme chaque matin depuis que je travaille, le réveil est assez difficile : j'ai abandonné depuis quelques mois l'idée d'une bonne grasse matinée en semaine et je me suis fait à la nécessité d'aller quotidiennement gagner son pain. Je dois me lever, quelque soit ma motivation, la dose d'alcool ingurgitée et les soucis relationnels accumulés la veille. 06h50, l'alarme de mon réveil sonne.
Mon premier geste a été de me jeter sur le téléphone, posé le long du sol, sous le tas d'habits que je portais hier : Clara m'avait-elle écrit ? Et évidemment, oui. J'ai lu son texto avec la même excitation qu'un lycéen découvrant ses notes du baccalauréat.Tu es typiquement le genre de gars me plait et que je déteste à la fois. Mais que faire ? Maintenant que j'ai envie de toi, ça devient compliqué de me passer aussi facilement d'un amant aussi séduisant. Viens chez moi lundi, on en reparlera."
Je me sens tellement bien quand je vois que la gente féminine ne peut m'ignorer. Qui a dit qu'aimer était mieux qu'être aimé ?
jeudi 12 novembre 2009
Jeudi 12 Novembre
Je suis parti directement après le travail chez Clara. Le métro ligne 9, changement à la station Trocadéro, puis encore 20 minutes à patienter entre l'odeur de transpiration du voisin et les mendiants qui ont besoin d'être dépannés d'un euro ou d'un ticket restaurant, cela pourrait les aider à manger et à nourrir leurs familles de cinq enfants, merci, merci, merci et merci et bonne journée. Le métro s'est arrêté à une station en extérieur, j'en ai profité pour prendre une bonne boufée d'air frais pollué de la capitale. Après quelques minutes de trajet à pied, j'ai sonné à l'interphone, j'ai ouvert puis j'ai monté les cinq étages à pied, j'ai tapé à la porte et je suis dans le petit appartement parisien. Clara, allongé sur son lit,tenait dans sa main droite un mouchoir, servant à essuyer le mélange de mascara et de larmes dégoulinant de ses yeux. Visiblement, elle pleurait à cause de moi.
"Stéphane ... on doit parler."
"Je préfère pas".
"Si. Ca ne peut plus durer, cette situation."
Je m'énervais, j'haussais le ton de ma voix.
"Mais pourquoi ? C'est très bien comme c'est en ce moment ! On ne se prend pas la tête, on se voit on discute, on couche ensemble, et puis voilà."
Clara reniflait, se cachait les yeux pour pas que je ne la vois pleurer.
"Non. Je ne veux plus."
"Tu fais un caprice de gamine ..."
"Mais j'ai envie d'une vraie relation tu comprends ? Pas juste baiser, je veux des sorties au ciné, des mots doux, rencontrer tes amis et te découvrir, toi, qui est si mystérieux. Je veux que, petit à petit, on apprenne à s'aimer."
"C'est pas ce que je recherche."
Clara a pris une pause, elle alternait les reniflements et les pleurs cachés dans son mouchoir plein de morve. Elle était pathétique. Je voulais partir, loin d'ici, m'enfuir de ce moment pitoyable.
"Ecoute Stéphane, je vais être clair. Soit on continue et on fait tous les deux des efforts, soit on arrête."
"Dans ce cas, je préfère qu'on arrête maintenant."
J'ai repris mon manteau que j'avais à peine eu le temps de poser sur le fauteuil de son bureau. J'ai ouvert la porte, quittait Clara et son appartement, j'ai marché quelques minutes sous un ciel menaçant, j'ai attendu le prochain métro, j'ai écouté l'accordéoniste du métro, j'ai raté ma correspondance à la station Trocadéro, j'ai patienté pendant qu'un couple s'embrassait goulument sur le siège à côté, j'ai toujours pas donné d'argent au clochard qui faisait la manche dans la rame, je suis arrivé chez moi, j'ai bu une bière à la santé de mon célibat, et j'ai éteint mon téléphone pour ne pas me faire réveiller cette nuit par un quasi-probable texto de Clara.