mercredi 30 décembre 2009

Mardi 29 Décembre

Il était autour de midi, je venais à peine de me lever quand Eric m'a appelé :
"Alors, comment tu as trouvé ma copine ?"
"Très bien, très sympa, très intéressante, très charmante. Par contre, il y a un truc bizarre ..."
"Quoi, quoi ? Dis-moi tout."
"Je l'ai observé, je l'ai regardé dans les yeux, je l'ai scruté de bas en haut quand elle marchait dans la rue et quand elle me parlait, et, à aucun moment, pas une seule seconde, elle n'a louché ou n'a marché anormalement !"
J'ai continué d'une voix plus grave et plus calme : "Eric ... elle ne boite pas et elle n'a pas de strabisme. Elle est juste ... bien."
"Je le sais ... tu essayeras pas de me la piquer, pas vrai ?
"Je te le promets".
Je ne vais pas lui voler la seule chose qui le rend heureux : je suis un enfoiré, je me fous des conséquences, sauf quand il s'agit d'Eric. Peut-être parce qu'il est mon seul vrai ami, le seul en qui j'ai confiance, le seul homme sur Terre, après moi, que j'ai envie de voir comblé et radieux.

Lundi 28 Décembre

Alexandra boit de la bière brune, a les sourcils blonds parfaitement épilés, met du gloss, a un rire communicatif. Elle parle, beaucoup, de son métier difficile de vendeuse dans une boutique à la clientèle uniquement féminine, de la gentillesse d'Eric, de ce tableau derrière elle qu'elle trouve immonde, de la Bretagne qu'elle découvre pour la première fois. Elle porte des lunettes qui lui donne un air de secrétaire un peu coquine, un pull noir et un simple jean. Elle veut qu'on l'appelle Alex, qu'on la fasse rire et que je lui raconte ma vie. Elle aimerait que je lui parle de mes passions, de mes envies, de mes rêves, mais je n'en ai plus vraiment. Je lui parle de ma colocation, de mon travail inintéressant, d'Anna que j'ai refusé de voir et de Clara qui, elle, ne veut plus me voir.
Elle aime faire du badminton, être un peu pompette, se balader en ville la nuit, dire du mal des célébrités, tenir discrètement la main d'Eric. Alex parle et écoute beaucoup, elle m'a confié que son rêve le plus fou serait d'aller vivre à New York.
"Mais pourquoi New-York", lui ai-je demandé, "pourquoi pas Madrid, Rome, Toronto ou une autre grande métropole ?"
Alexandra me répondit : "J'ai toujours été attiré par cette ville depuis des années, j'imagine que c'est à cause de ces films américains, comme le Parrain, Léon. Tu n'as jamais rêvé d'aller là-bas, ce n'est pas assez mythique pour toi ?"
"C'est juste que ... je ne ressens pas le besoin d'aller à l'autre bout du monde, je ne vois pas ce que cela pourrait m'apporter."
Alex a soupiré, et m'a conseillé : "Si tu as l'opportunité d'avoir quelques jours de libre ... va prendre un bol d'air à l'étranger, ça ne peut que te faire du bien."

mardi 29 décembre 2009

Dimanche 27 décembre

Le téléphone sonne. Forcément, c'est Eric. Il est depuis cet après-midi de retour à Rennes, la ville de nos premiers exploits, et souhaite au plus vite me présenter sa dulcinée qui l'accompagne durant son voyage.
Eric : "Demain, Alexandra et moi on t'invite à boire un verre."
Moi : "Enfin, je vais rencontrer la fille parfaite, celle qui rend heureux mon optimiste préféré !"
Eric : "Oui, j'espère que vous allez bien vous entendre."
Moi : "Bien sur ! Elle aime la bière ?"
Eric : "Oui."
Moi : "Donc ça ne va que bien se passer ...
Eric : "Oui tu vas voir, elle est cool." Il s'arrête un moment, et d'une voix plus sombre, continue. "Mais essaye de pas la dévisager quand tu la regarderas, elle a un léger strabisme."
Moi : "Bien sur, ne t'inquiète pas."
Eric : "Et ne lui demande pas pourquoi elle boite, ce n'est pas passager, elle a un léger problème à la jambe."
Moi : "Arrête, je ne suis sur que l'on n'aperçoit rien de tout ça."
Eric : "un peu quand même."
Eric est le spécialiste pour me faire remarquer tout ce qui ne va pas chez sa petite amie. Avec Eglantine, sa dernière copine que j'avais pu rencontrer, il m'avait mis en garde contre son nez imposant et sa canine qui poussait de travers. Alors, la première fois que je l'ai vu, juste avant que de m'approcher pour lui faire la bise, je n'ai vu que ses petits défauts, qui me sautaient implacablement au nez, c'est le cas de le dire.
Je pense que s'il ne m'avait rien dit, je ne les aurais à peine remarqués, ce n'était pas flagrant pour autant, je l'aurais même surement trouvé jolie, Eglantine, la petite brune aux longs cheveux et aux lèvres pulpeuses. Alors pourquoi me fait-il à chaque fois le coup ? A-t-il peur que je lui pique sa copine ? Ou peut-être n'assume-t-il pas d'avoir une copine, est-ce par manque de confiance ? Peut-être qu'il s'évite aussi de la mettre sur un piédestal, pour ne pas s'attacher, ne pas tomber trop vite amoureux ?

dimanche 27 décembre 2009

Samedi 26 Décembre

Anna m'a écrit un texto, aujourd'hui vers midi. "Si tu veux, on peut aller au cinéma ce soir, mon copain n'est pas là pour le week-end." J'aurais préféré qu'elle m'invite chez elle, mais la donne est différente. Les filles ont besoin que leur copain partage leurs passions, soit un amant attentionné, et plus tard un bon père, qu'il soit à l'écoute et leur source de réconfort, leur soutien. Malheureusement, nous, les hommes, sommes le plus souvent incapables d'être tout cela à la fois.
Pour résoudre ce difficile problème qui les empêchent d'être comblées, elles choisissent plusieurs garçons, qui se partagent les tâches. Après plusieurs années d'expérience à être l'un ou l'autre, j'ai réussi à les séparer en trois personnages différents : Le premier, le confident frustré, a le rôle le plus ingrat. Il est celui qui lui remonte le moral et qui ne la contredit pas, celui qui doit lui dire qu'elle n'a pas grossi même si ce n'est pas le cas, qu'elle est toujours aussi belle et désirable, qui lui dit que sa robe lui va à ravir, qui la réconforte de ses disputes puériles de couple. Puis, il y a le bon pote roue de secours, qui aime les même sorties, les même plats et la même musique, avec qui elles sortent, vont au cinéma, au musée, avec qui elles flirtent mais avec qui rien ne se passe, ou, avec qui elle cocufie le petit copain. Il la désire bien plus que les deux autres, et c'est avec lui qu'elle devrait être si elle n'était pas amoureuse du dernier larron, le plus chanceux des trois, l'amant. C'est le petit copain officiel, celui qui peut être le plus stupide, le plus macho et le plus ignare, mais qui possède un avantage sur les deux autres : elle l'aime et ne couche qu'avec lui. Et selon les cas, il est difficile voire impossible de lui prendre sa place.
Je veux être l'amant,le confident, et le meilleur ami d'Anna, tout en même temps : je veux le lot entier, et non pas des miettes. Tout ce qu'elle me propose, c'est des solutions qui ne m'intéressent pas : aller au cinéma, et puis se dire "j'ai passé une très bonne soirée en compagnie" en se faisant la bise, c'est pour les vieux amis de longue date, c'est frustrant et déprimant quand on a (toujours) des sentiments pour cette personne.
Je ne lui ai pas répondu, et je ne répondrai plus à ses textos tant qu'elle ne les commencera pas par : "j'ai viré mon copain" ou "j'ai vraiment envie de te voir". Soit elle veut de moi, soit elle sort de ma vie. Tant mieux pour elle si elle a des milliers de prétendants qui lui écrivent des déclarations enflammées.

Vendredi 25 décembre

Overdose de saumon, foie gras, confiture d'oignons, bûches glacées, de fruits, dattes, d'oranges, de nougat, de mandarines, de coquilles saint-jacques, de chocolat, de champagne, vin rouge, de vin blanc et d'autres condiments et alcools suffisamment chers pour qu'on se les réserve pour Noël. Nous avons, dans notre famille, cette tradition de tous nous retrouver à déjeuner le jour de Noël, de mettre de côté nos rancoeurs, nos disputes et nos prises de tête de côté l'espace de quelques jours, et de nous remplir la panse de ces délicieux mets, que chacun a aidé à préparer. Je me fais chier comme un rat mort, mais je suis là, je fais acte de présence, je les respecte pour ce qu'ils sont et pour ce qu'ils m'ont donné, même si j'aspire de plus en plus à m'en éloigner, car je n'ai plus rien en commun, hormis le lien du sang, avec toutes ces personnes assises à cette même table que moi.
On ne choisit pas sa famille, alors autant en faire que, le temps d'une courte trêve, nous nous acceptions tel que nous sommes tous, de différentes générations, aux goûts, convictions politiques, désirs, envies, addictions, passions, capacités intellectuelles et niveaux de vie diamétralement différents. Je prends sur moi, je me fais discret, et l'année prochaine, sauf gros incident planétaire (guerre mondiale, attaque nucléaire, pandémie, invasion d'aliens), je serai de nouveau là, assis à la même place, à déguster mon toast de foie gras.

samedi 26 décembre 2009

Jeudi 24 décembre

Je suis nostalgique du temps où je faisais ma liste au Père Noël. Lors de cette époque qui me parait aujourd'hui si lointaines, mes désirs étaient matériels et réalisables : je voulais, selon l'âge, une console de jeux, un kit de construction lego, des bandes-dessinées, des mangas, une voiture électrique, un ballon de football, des cds, des cassettes VHS de mes films cultes, un camion de pompier, une montre à quartz, de ce dont je me souviens. Et puis, j'ai grandi, et petit à petit, le père Noël, puis ma famille, n'ont plus su m'apporter ce que je désirais le plus, mes désirs sont devenus irréalisables : une fille qui se dénude pour moi, ma liberté, de l'amour, du bonheur en me levant le matin, une carotte dans laquelle croquer à pleine dents, de l'aventure, de l'action, de la nouveauté, du romantisme et de l'optimisme, de l'empathie et de l'altruisme, l'espoir d'une vie meilleure, partager la vision candide du monde d'Eric, fermer les yeux sur ce qui m'effraie, la mort, la maladie, le mauvais temps, la solitude. On devient adulte le jour où l'on comprend que peu de nos désirs deviendront réalités. C'est beau, je devrais faire encadrer cette phrase, l'afficher dans ma chambre, et quand un visiteur me demanderait : "Oh, tu as imprimé une jolie citation, c'est de qui ? Oscar Wilde ?". Je répondrai le plus naturellement possible : "Non, de moi". La grande classe.

Mercredi 23 Décembre

Je ne me souviens plus de la dernière fois que j'ai pris le train à l'heure : il y a six mois, un an ? Aujourd'hui, j'ai plutôt de la chance, je n'ai que vingt-cinq minutes de plus à patienter par rapport à l'heure prévue. En juillet dernier, mon train entre Paris et le sud de la France avait plus d'une heure et vingt minutes de retard. Sur le quai, à l'arrivée, un controleur m'avait fait comprendre que ce n'était pas la peine que j'essaye de me faire rembourser mon billet, car le retard est dû, je cite, à des "éléments survenus indépendamment de leur volonté" ... Il ne manquerait plus qu'ils le fassent exprès ! J'imagine le message d'information : "Bonjour, le train en provenance de Paris Gare de Lyon et à destination de Lyon Part Dieu est annoncé avec un retard d'une heure, suite à une forte envie de vous faire chier, bande de cons ! Nous vous prions de nous excuser pour ces désagrements, et vous souhaitons un bon voyage".
La prochaine fois que je devrais bouger de Paris, je regarderai si ça ne coute pas plus cher de voyager en avion.

Mardi 22 Décembre

Je suis en retard dans mon travail, extremement en retard. Cela n'a pas l'air comme cela, mais j'ai des objectifs à réaliser, et au vu de mes récents résultats, ceux du trimestre en cours ne seront jamais atteints.
Ce soir, je pars en vacances pour une dizaine de jours, je rentre dans ma bretagne natale, en laissant au boulot un nombre incalculable de dossiers incomplets, d'e-mails urgents à peine lus (et donc pas encore traités), des compte-rendus de réunion en suspens, des coups de fils reportés à l'année prochaine.
Professionnellement, je suis à la rue, mais le plus grave, c'est que j'en ai strictement rien à faire : je risque, au mieux, de me faire gentiment sermonner par Cédric, et au pire, de me faire licencier. Je n'ai pas peur des conséquences de mon comportement laxiste, je les assumerai, je ne tiens pas vraiment à mon job, on peut bien me dire que "c'est la crise", "trouver un travail en ce moment ce n'est pas facile", si je devais me faire virer demain, cela ne me ferait ni chaud ni froid. Mais bon, pour éviter toute mauvaise surprise, je pense très prochainement me mettre en quête d'un nouveau job, au cas où, que je ne me retrouve pas dépourvu du jour au lendemain.

mercredi 23 décembre 2009

Lundi 21 Décembre

Tout le monde est en vacances, sauf moi. Depuis quelques jours, j'ai la sensation de travailler seul dans une entreprise trop grande pour ma petite personne, avec ses allées de bureaux vides et ses moniteurs sur lesquels les écrans de veille défilent. Je suis le héros d'un film, le seul survivant dans un monde ravagé où la grippe A aurait été une vraie pandémie, et pas un attrape-nigaud pour hypocondriaques.
J'attends les vacances comme une vraie délivrance : encore une journée de labeur et à moi les grasses matinées, les retrouvailles familiales, les soirées avec les amis du lycée. Un bonheur temporaire qui tombe vraiment à pic.

lundi 21 décembre 2009

Dimanche 20 Décembre

Extrait de la conversation téléphonique de cette après-midi, entre Eric et moi.
Eric : "Stéphane, j'ai une super nouvelle !"
Moi : "Vas-y, j't'écoute ..."
E : "Alexandra va venir me rejoindre à Rennes après les fêtes de Noël ! Donc tu la rencontreras enfin !"
M : "Ah oui, ça c'est une bonne nouvelle ..."
E : "Et tu déconnes pas, tu essayes pas de la draguer !"
M : "Eric, soit pas con ..."
E : "Non mais tu sais, j'ai pas l'habitude d'avoir une copine, alors, fais pas de conneries, tu vois ?"
M : "Oui je vois très bien ... Ne t'en fais pas !"
E : "Merci."
M : "Et je peux lui proposer un truc à trois tu crois, où c'est encore trop tôt ?"
E : "C'est pas drôle.", me répondit-il d'un ton extrêmement sérieux.
M : "Détends-toi je plaisante ... On va passer du bon temps ensemble, vous à vous embrasser, et moi à tenir la chandelle !"
E : "Et toi, tu vas pas voir Anna ?"
M : "Oui, mais bon tu sais, elle a un mec donc j'espère la voir sans lui autour. Tu imagines si on sort un soir tous ensemble ? Anna, son mec, Alexandra, toi et moi, j'aurais le sentiment d'être la cinquième roue du carrosse !"
E : "Alors il ne te reste plus qu'à en trouver une rapidement ..."
M : "Il n'y a plus qu'à !"
Il n'y a plus qu'à.

dimanche 20 décembre 2009

Samedi 19 Décembre

Le centre commercial est bondé, les gens se rentrent dedans avec leur chariot, ça crie pour un rien, tout le monde s'est donné rendez-vous ici : les jeunes, les mères de famille, les cadres, les vieux (alors qu'ils pourraient venir faire leur courses en semaine et ainsi éviter la foule, mais là encore, voici un mystère que la science est incapable de résoudre), les femmes enceintes, les hommes tristes qui tirent la tronche et les enfants turbulents.
S'il y a bien une chose que je ne supporte pas pendant les fêtes de Noël, c'est de sortir pour acheter les cadeaux. Je ne suis pas radin, plutôt je n'accepte pas que les autres viennent le faire en même temps que moi, car évidemment, je ne le fais jamais en novembre, j'oublie toujours ou je retarde jusqu'à ce que cela devienne vraiment urgent, alors, forcément, je me retrouve comme chaque année avec tous les retardataires, ou en d'autres mots, avec tous ces milliers d'enfoirés de mecs à la bourre qui rendent l'air du centre commercial irrespirable.
J'ai toujours été comme cela, bordélique, imprévisible, souvent irresponsable, je fais toujours tout au dernier moment, je ne sais travailler que dans l'urgence. Mais pourquoi le monde entier serait-il comme moi, fainéant et en retard ? N'y a-t-il pas des gens sérieux sur qui compter ? A en juger par le résultat du sommet de Copenhague, non : les chefs d'états du monde entier ne sont mis d'accord que dans l'ultime journée (et ainsi éviter une honte internationale), pour ne finalement accoucher que d'un accord minimum. En y réfléchissant bien, c'est rassurant de voir que je ne suis pas le seul à tout faire à l'arrach'.

samedi 19 décembre 2009

Vendredi 18 décembre

Les congés, la neige, la grippe saisonnière et d'autres maladies terribles (rhume, mal de tête), l'envie d'un week-end prolongée. Voici surement les raisons pour lesquelles je suis seul dans l'open space. Enfin, pas vraiment seul : un peu plus loin à ma gauche, le vieux garçon de la section, gros, la trentaine, cheveux gras et queue de cheval, est concentré devant son ordinateur. Il porte un pull immonde bleu à rayures blanches tout bouloché, que sa mère a du tricoter par amour pour lui. A ce point là, on ne peut pas se plaindre d'être célibataire, tellement ce type est à première vue repoussant. Comment a-t-il pu se faire embaucher, avec un tel accoutrement ? Ou alors, il a un costume qu'il ne sort que pour les entretiens, peut-être qu'il s'habille, ou pire, se lave quand l'enjeu le vaut ? Je ne sais pas, je ne comprends pas ce genre de personnes qui n'accordent pas une seconde de leur temps à leur apparence.
Quelques mètres derrière moi, un de mes supérieurs est aussi présent, bien assis derrière son bureau. Il a une tête de gentil malgré le haut de son crane qui se dégarnit. Quand nous nous voyons pour discuter de mon travail, il me parle à un débit très rapide, il dit toujours que je fais du "bon boulot" même si ce n'est pas le cas, et que je "continue comme ça", il ne s'énerve et ne me contredit jamais : le rêve de tout employé, en quelque sorte. Dommage qu'il soit autant stressé et hyper-actif, ses mains sont en permanence en train de trembler, il est plein de tics qu'il ne peut contrôler, et ça le rend un peu étrange : soit c'est un drogué du café fort, soit il carbure tous les matins à la cocaïne. J'aimerais que ça soit la seconde raison.
Je me sens seul au milieu de mes deux collègues, seul dans ce grand open-space, un peu perdu. Déjà que, d'habitude, je ne me sens aussi utile qu'une dame pipi, aujourd'hui, je n'ai même plus l'impression d'encore exister.

Jeud 17 Décembre

Surprise en ouvrant les volets ce matin : la grisaille habituelle était recouvert d'une fine couche blanche qui m'a émerveillé comme un enfant de huit ans. Il a neigé cette nuit, si ce n'est pas magnifique ! Joie, bonheur, réjouissance, gaieté, tout ça quoi. J'étais heureux, ces chutes de neiges imprévues étaient devenus la parfaite excuse pour ne pas aller travailler aujourd'hui. N'y a-t-il pas meilleur alibi que de dire "je suis désolé, à cause de toute cette neige, le bus n'est pas passé, je n'ai pas pu venir !" ?
Nous avons donc, Arnaud et moi, passé la journée à ne rien faire : il n'avait, lui non plus, pas vraiment envie d'attendre qu'un bus passe peut-être, le prendre.
Alors, notre journée fut bien plus casanière que prévue : nous avons discuté, beaucoup, sur l'avenir, les filles, l'amour, la drogue, débattu sur comment faire les meilleures pâtes et avec quelle sauce, sur la réplique la plus mythique de Barney Stinson, qui était la plus belle femme du monde et quel était l'épisode le plus drôle de South Park, j'ai gagné deux parties au poker, mais il m'a surclassé aux échecs. Nous avons fini la journée à boire quelques bières devant plus belle la vie et à trinquer au fantastique jeu d'acteurs de cette série bien de chez nous.

jeudi 17 décembre 2009

Mercredi 16 Décembre

J'ai encore passé une nuit avec Sarah, j'ai conscience que c'est mal, que ça ne mène rien, qu'elle est juste là pour oublier ma frustration. Je ne ressens rien pour elle, je n'aime que ses fesses que j'apprécie comme du bon vin. Sous ses airs de fille distante, triste et sombre, se cache une amante coquine au charme redoutable, dont j'ai du mal à me débarrasser. Je suis toujours étonné du comportement féminin lorsque l'histoire cesse d'être seulement platonique : on ne peut jamais prévoir comment va-t-elle agir et réagir dans un lit, va-t-elle être froide et sans imagination ou plutôt surprenante et sensuelle ? Docile et câline ou distante et maladroite ?
Je me souviens d'une de mes premières copines, qui au moment où je lui proposais délicatement et tout en finesse de passer aux choses sérieuses, m'avait dit cette phrase tue-l'amour : "ma meilleure amie et son copain, cela fait six mois qu'ils sont ensemble, et ils n'ont pas encore couché ! C'est bien hein ?". On s'est séparé rapidement. Quand on a 18 ans, on n'a pas vraiment envie d'attendre plus d'un mois pour espérer faire l'amour avec une fille, et avec des propos comme ceux-là, on se doute bien que, même si on prend son mal en patience, on n'aura probablement pas affaire à une fille aussi douée et habile qu'une actrice porno.
A part ça, toujours pas de texto de Clara.

mercredi 16 décembre 2009

Mardi 15 Décembre

Pas de texto de Clara. Je mange mes pâtes à la bolognaise les yeux rivés vers l'écran de mon iphone, en attendant que le téléphone sonne et m'apporte une bonne nouvelle. Il s'est passé un jour depuis l'envoi de mon message, et je commence à désespérer : je déteste cette foutue règle des trois jours, quel est le con qui l'a inventé, et pourquoi tout le monde la respecte ?
Sarah sort de sa chambre et ouvre la porte de la cuisine, me fait un coucou, se sert un verre d'eau et vient me rejoindre à table. Elle me regarde, rit bêtement, et pose sa main sur ma jambe droite, qu'elle caresse de bas en haut.
"Stéphane, tu sais de quoi j'ai envie ce soir ?"
"De pâtes ? Ca tombe bien, je n'ai plus faim."
Elle rit à cette blague vraiment pas drôle, ce qui la décrédibilise complètement.
"Stéphane, j'ai envie de toi." Sa main se rapproche dangereusement de mon entre-jambes.
"Ah oui ?" Elle m'embrasse, je ne refuse pas ses baisers, puis, quelques secondes plus tard, je la repousse légèrement du bras et je lui dis d'une voix sérieuse: "Ecoute Sarah, je ne sais plus ou j'en suis".
Elle fait mine d'être étonnée : "Moi non plus, mais on s'en fout, fais moi l'amour, on ne va pas se prendre la tête."
Je ronchonne, elle le voit. Je m'attendais à ce qu'elle me réponde par un "Quoi, qu'est ce qu'il y a ?" alors qu'au contraire, elle me dit, l'air de rien, "Ok, comme tu veux", exactement de la même manière que si j'avais refusé d'aller au cinéma. Je viens de comprendre que notre histoire n'est, pour elle, que du divertissement, et c'est beaucoup mieux ainsi.
Elle finit son verre d'un trait, me sourit une dernière fois, et s'éloigne vers sa chambre. Avant qu'elle sorte de la cuisine, je soupire, je lève les yeux au ciel et je l'appelle. "Sarah ? Attends-moi, j'arrive.". Je me lève de table, elle m'attend le dos posé contre l'étagère du couloir, mordillant sa lèvre, la main gauche se baladant entre ses hanches. Il m'est physiquement impossible de résister à la tentation du jour.

mardi 15 décembre 2009

Lundi 14 Décembre

Je suis fatigué de faire des déclarations d'amour à tout va, je ne me trouve même plus crédible quand je partage mes sentiments. Aujourd'hui, l'heureuse élue se nomme Clara, et je vais lui écrire ce qu'elle veut entendre de moi.
"Clara, j'ai mis du temps à comprendre, mais j'ai fait une erreur. Je n'avais pas saisi la chance que j'avais de t'avoir à mes côtés, j'ai été hésitant parce qu'on l'est toujours un peu, parce qu'on n'a peur de s'engager dans une relation qui pourrait nous échapper, parce qu'on veut éviter l'échec, les conflits, les pleurs. Je m'excuse d'avoir été distant, de ne pas avoir su ce que je voulais, et d'avoir laissé échapper la chance que j'avais d'être heureux avec toi. J'espère que tu me pardonneras et que tu m'accorderas une seconde chance, que je n'hésiterai pas une seule seconde à saisir. Bisous". Ce texto est aussi sincère que le premier, c'est bien cela qui me chagrine. Ce n'est pas que je suis un handicapé de l'amour, incapable d'aimer les femmes, mais plutôt le contraire : je trouve de la beauté et du désir en chacune d'entre elle, en Clara, en Anna, en Sarah et en tant d'autres.

lundi 14 décembre 2009

Dimanche 13 Décembre

Eric : "Tu te rends compte ? Alexandra m'a dit qu'elle m'aimait bien, qu'elle appréciait qu'enfin un garçon soit gentil et tendre avec elle. Non mais t'imagines, après tout ce que j'ai enduré ? Je suis tellement content. Comme quoi, la roue tourne, il faut toujours y croire !" Je ne réponds pas, Eric enchaine quelques secondes plus tard. "Et toi, ça va ?"
Moi : "Moyen, moyen. Mais je ne veux pas te parler de mes problèmes, on ne va pas se pourrir la soirée, non ?"
E : "Si, si, vas-y, tu sais que j'aime tes histoires."
M : "Bon, alors, le boulot me gonfle, ça ne m'intéresse toujours pas, et mes perspectives d'avenir professionnel sont soit de travailler avec le diable, soit de démissionner. Et puis avec les filles, c'est un peu compliqué en ce moment."
E : "C'est toujours compliqué."
M : "Il y a quelques jours, j'ai revu une photo d'Anna où elle était magnifique, j'ai craqué et je lui ai fait une déclaration par texto. Résultat : on risque de se revoir pendant les vacances de Noël."
E : "Ah, mais c'est bien tout ça ! Je l'ai toujours trouvé cool celle-là ..."
M : "Je ne sais pas, ouais, elle est sympa, mais elle a un mec alors c'est perdu d'avance..."
Eric me dit en plaisantant : "Tu couches avec elle et tu te barres, ne me dis pas que ça te dérange ?"
M : "Non mais, il y a aussi Clara, qui ne me répond plus depuis que nous sommes allés au cinéma. Ca fait presque 10 jours déjà ! J'aimerais comprendre ..."
E : "Tu as fait quelque chose de mal ?"
M : "A part ne pas tomber amoureux d'elle, non."
E : "Tu veux le beurre et l'argent du beurre ! Une seule ne te suffirait pas ?"
M : "Si bien sur, mais là, je n'ai aucune des deux. "
E : "Et ta coloc', elle ne te plait plus ?"
M : "J'ai fait une connerie, je crois. J'ai pas pensé aux conséquences si je la niquais, et voilà, maintenant, elle me chauffe quotidiennement, ça devient très lourd et difficile pour lui faire comprendre qu'elle n'était qu'un one-shot."
Eric est de bonne humeur, il me répond ironiquement : "Toutes les filles veulent de toi, la vie est dure."
M : "Peut-être que j'ai du succès, mais au final, je suis tout seul."
E : "Regarde, je suis bien moins beau gosse que toi, et c'est arrivé, j'ai trouvé quelqu'un de bien ! Tout est possible, ne soit pas trop impatient."
M : "J'ai déjà fait une croix sur l'existence des âmes soeurs depuis bien longtemps, mais je regrette d'avoir laissé bêtement tombé Clara. Maintenant que je ne la vois plus, je me rends compte que c'était une fille bien, cultivé, intelligente et au charme fou. C'est con, hein, mais pourquoi je ne l'ai pas remarqué avant, quand je me levais le matin dans ses bras, quand elle me caressait les cheveux dans le lit, quand nous nous sourions l'un pour l'autre. J'ai fait une erreur de ne pas croire à une histoire entre elle et moi."
E : "Ce que j'en conclus, c'est que peut-être que tu n'as pas fait la déclaration d'amour à la bonne personne ? C'est possible ?"
M : "En fait, c'est exactement ça. Je vais essayer de réparer mes fautes dans les jours qui viennent."
E : "Je te fais confiance."

Samedi 12 Décembre

Un couple est assis en face de moi dans le bus, je suis positionné de telle sorte qu'ils sont en plein dans mon champ de vision. Quand je me suis installé près d'eux, je n'avais pas encore anticipé de l'énorme erreur que je venais de commettre. Pendant tout le trajet, jusqu'à Paris, les deux tourtereaux se sont embrassés goulument. A un instant, j'ai cru qu'ils s'arrêteraient, lasser, probablement, d'être à la limite du dégoulinant, de déranger tous les autres passagers par leur rires bêtes et leurs petites phrases chuchotées mais que tout le monde pouvait entendre : "c'est trop mignon", "tu es si belle", "non je t'aime, non moi plus", et toutes les phrases clichés des couples beaucoup trop amoureux. Toute cette mièvrerie me fait vomir! Je ne suis pas aigri, mais cela m'insupporte que les gens n'aient aucune conscience de la "règle du baiser au cinéma". En même temps, c'est normal, puisque je crois bien être, en toute modestie, l'inventeur.
La règle du baiser au cinéma est simple. Prenons un exemple classique de film d'actions américain des années 90 : Speed (ça tombe bien, j'étais dans un bus au moment des faits). Dans ce genre de films, le script se résume facilement : tout va mal au début, alors les héros essayent de sauver leur peau, et à la fin du film, tout est bien qui finit bien, la fameuse happy-end est là pour nous rappeler que nous vivons tous dans un monde parfait. Justement ce n'est qu'à la fin que le gentil héros (souvent macho) embrasse la belle demoiselle (souvent très belle) qui l'accompagne depuis environ une heure et demie, et évidemment, elle ne refuse jamais ses avances, parce qu'elle l'aime depuis qu'ils se sont rencontrés, c'est le coup de foudre, etc. D'où la règle du baiser au cinéma : le couple s'embrasse une seule fois à la fin, et pas pendant tout le film ! Sinon cela n'a plus aucun sens, si l'on s'embrasse tout le temps, bordel ! Un baiser langoureux, c'est romantique. Plus de deux, cela commence à être énervant. Au dessus de dix, ce n'est plus romantique, c'est écœurant comme un gâteau au chocolat fourré de sardines à l'huile.
Alors voilà, à tous les couples qui montrent ostensiblement leur tendre amour dans les lieux publics, rappelez-vous que si la vie est un film, vous seriez aussi insoutenable et insipide qu'une comédie musicale indienne. Coup de gueule du samedi terminé.

samedi 12 décembre 2009

Vendredi 11 Décembre

Cette semaine, dans la section, nous étions tous invités à passer un tête à tête avec le nouveau chef, Cédric. La direction lui a imposé de faire le ménage et d'éliminer les maillons faibles, ceux qui coutent plus cher que ceux qu'ils rapportent à la boite. J'avais conscience que je faisais partie de ce groupe de rebelles, mais je ne me sentais pas menacé, car j'avais encore en mémoire la conversion franche avec Cédric d'il y a quelques semaines. Ce matin à 11h, ce fut mon tour. J'appréhendais tout de même un peu la conversation, il m'impressionnait par son charisme. Il a entamé les hostilités à l'instant où j'ai posé mes fesses sur le siège en face de son bureau.
"Ecoute Stéphane, je vais être honnête avec toi. Comme tu le dois savoir, mes supérieurs m'ont clairement fait comprendre que je devais licencier les mecs inutiles de la section. Et pour ne rien te cacher, tu es actuellement un des mecs qui sert le plus à rien dans cette entreprise, si l'on se confère uniquement à ce que tu as rapporté en terme de ventes."
Evidemment, cela ne m'a pas étonné une seule seconde. "Je suis au courant."
"Pourtant, je n'ai pas envie de te virer." Il se lève de son bureau, et cherche du regard une personne dans l'open space, à travers la grande vitre qui sépare son bureau du reste de la pièce. Il me montre du doigt un de mes supérieurs à qui je n'ai jamais adressé la parole. "Tu vois le gros là-bas ? Le gars, qui, en observant sa chemise, tu peux deviner ce qu'il a mangé au petit-déjeuner et à midi ?"
"Oui je le vois."
"Ce gars, c'était le vice-je sais pas trop quoi du temps de votre ancien patron. Pour faire simple, c'est le mec qui doit m'accompagner à toutes les réunions inter-sections ! Non mais, tu m'imagines parler de notre travail, faire le bilan mensuel assisté d'un mec pareil ? Je ne serai vraiment pas crédible !" Il marque une pause, et me pose la question : "Je ne serai pas crédible, hein ?"
"Je ne crois pas non."
"Tu veux le poste ?"
Je ne m'attendais pas à ce revirement de situation, je restais sans voix.
"Ecoute, Stéphane, tu la veux cette promotion ? Je vais le virer de toute façon le gros, il ira bouffer à McDonald's toute la journée comme ça. Soit tu dis oui, tu gardes ton job et tu viens juste avec moi quand il le faut, à des réunions qui servent à rien. Ce n'est pas bien dur, j'ai juste besoin d'un mec qui ait un peu de style quand je représente la section. Ton salaire sera augmenté, t'auras un grade à la con en plus. Ou alors, si tu refuses mon offre, je te vire, je n'aurais plus aucune raison de te garder. C'est toi qui choisit."
J'ai réfléchi en fermant les yeux, en imaginant les bons côtés comme les mauvais de ma future décision. La première question qui me vint à l'esprit fut : "Augmenter, mais de combien ?"
Il me répondit instantanément : "bien plus que ce que tu peux imaginer".
J'aurais peut-être dû réfléchir. Il m'a tendu sa main, je l'ai saisi. Le deal était conclu.

vendredi 11 décembre 2009

Jeudi 10 décembre

Anna a répondu pendant la nuit à ma folle et impulsive déclaration d'amour. Je n'ai vu son message qu'en me levant ce matin : "Désolé pour le retard, j'étais au restaurant avec mon copain et ses amis quand tu m'as écrit". Oups, mauvais timing : je l'imaginais découvrant un message en attente, le lire discrètement sans que les autres convives s'en aperçoivent, être heureuse de se sentir désiré, sourire bêtement l'espace d'un instant, et paraître de nouveau naturelle, ne rien laisser échapper sur la teneur de message inattendu. "Ton message est magnifique. Je pense à toi, je t'embrasse Stéphane. Appelle moi la prochaine fois que tu rentres à Rennes." Le 23 décembre, exactement, avant les fêtes de Noël. Passer une soirée avec elle serait le plus beau cadeau qu'elle puisse me faire.

jeudi 10 décembre 2009

Mercredi 9 Décembre

En cherchant mon carnet de chèques, je suis tombé par hasard sur une photo dont j'avais totalement oublié l'existence. Sur celle-ci, Anna, fixe l'objectif de ses yeux bleus et éclabousse la terrasse du bar par son étincelant sourire. Je l'ai faite développer parce que la photo est parfaite : Anna y est resplendissante, elle me regarde, elle m'apprécie, elle profite de l'instant présent, elle me donne envie de tomber amoureux d'elle.
Je ne l'ai jamais faite encadrer ou accroché au mur, car nous avons rompus quelques jours plus tard. Je m'étais dit que je garderai toujours cette photo dans un coin, pour ne jamais oublier qu'elle a été la seule fille qui, lors d'une relation amoureuse, avait réussi à me faire trembler de bonheur.
Je me suis allongé quelques minutes sur mon lit, les yeux ouverts, la tête sur mes deux bras pliés, avec Damien Rice en fond sonore. J'ai pris mon téléphone, et sans réfléchir aux conséquences de ce que j'allais faire, je lui ai écrit un texto : "Je te désire, j'ai envie de toi, j'ai beau essayé de t'oublier, mais je n'y arrive pas. J'aimerais me réveiller à tes côtés, te dire que j'aime tes hanches, que tes seins sont la plus belle chose qui existe sur Terre, te servir le petit-déjeuner au lit et puis repartir à Paris, en essayant d'apprendre à vivre sans toi. J'ai conscience qu'il est déjà trop tard pour qu'on soit de nouveau ensemble, mais cela ne m'empêche pas d'éprouver du désir pour ta silhouette, ta voix, tes fesses, et tout ce qui te compose. Anna, j'aimerais te faire l'amour, te regarder t'endormir dans mes bras, te voir heureuse auprès de moi."

mercredi 9 décembre 2009

Mardi 8 décembre

"Promets-moi Stéphane, qu'un jour, tu m'amèneras voir les nuages." Ma couette est au-dessus de nos têtes, ma main droite caressant machinalement sa nuque. Je lui réponds, sur le ton de la plaisanterie, que oui, un jour, peut-être, nous irons ensemble dans un champ, nous nous y allongerons sur le dos, des brins d'herbe se coinceront dans nos cheveux et nous rigolerons bêtement, sans trop savoir pourquoi. Sarah perd sa main dans mes cheveux, je l'embrasse, j'ai conscience d'avoir fait une connerie. L'envie de faire l'amour, Clara qui me manque, les fesses de Sarah qui me titillent l'esprit depuis plusieurs semaines sont autant de facteurs qui m'ont poussé à passer à l'acte : j'ai couché avec ma colocataire. Le gros problème, c'est que c'était plus par nécessité (pour assouvir ma libido) et par curiosité (a-t-elle des fesses parfaites ?) que par réel désir. Maintenant, que faire ? le coup classique en lui disant qu'elle est parfaite mais que je ne sais pas ce que je veux, que je suis un enfoiré et que j'en suis désolé ? Ou la garder sur le coude, et lui faire subir la lente mais intéressante transformation de petite amie en sex friend ? Évidemment, je peux aussi commencer une relation sérieuse, mais je n'en ai pas toujours pas envie, malgré sa folle chute de reins. Un jour, il faudra que j'apprenne à prendre des décisions et à définir mes priorités.

Lundi 7 décembre

Ca y est c'est fait : Cédric est mon nouveau patron. Il a emménagé ce matin dans son nouveau bureau, à deux pas du mien. Tous les employés de la section ont eu droit, ce matin, à un petit petit-déjeuner de bienvenue offert par notre nouveau supérieur. D'habitude, quand un employé paye à manger pour fêter une promotion ou un départ vers d'autres cieux, nous avions droit à du jus de fruit discount, des petits pains préchauffées et du quatre-quarts, bref, d'habitude, ça ne cassait pas trois pattes à un canard. Ce matin, sur la table, de la confiture haut de gamme, des croissants encore tout chaud, du jus d'oranges fraiches pressées probablement par un stagiaire. Cédric avait décidé de nous en mettre plein la vue dès son arrivée.
Pendant que je me goinfrais de ces délicieuses viennoiseries, Cédric en a profité pour remercier chacun d'entre nous de notre accueil, et a espéré devenir un bon chef, attentif et à l'écoute, sérieux et honnête envers ses employés. Les applaudissements ont jailli de toute part à la fin de son monologue, et quelques instants plus tard, les premiers lèches culs arrivistes le félicitaient pour sa promotion, son costume, ses dents parfaitement blanches et son "fantastique" petit-déjeuner. Tout le monde sans exception était sous le charme de ce charismatique garçon, qui a parfaitement réussi sa mission de séduction dans sa nouvelle section.

Dimanche 6 décembre

J'ai passé la fin de l'après-midi et le début de soirée à discuter avec Eric d'Alexandra, sa nouvelle petite amie. Heureusement, qu'il m'a ajouté dans ses numéros favoris et qu'il peut m'appeler en illimité ! Pour la première fois depuis bien longtemps, ses histoires sont passées avant les miennes. Car voici l'information du jour : Eric est sorti avec Alexandra. Ils se sont, comme prévu, donnés rendez-vous vendredi soir au café où ils s'étaient rencontrés la semaine précédente.
Eric m'a raconté, qu'ils ont été gênés pendant de longues minutes et qu'ils ne savaient pas de quoi parler. C'est normal, lui dis-je : "tu l'as mis sur un piédestal avant même de la connaître ! ". Durant la première demi-heure, il n'a pas osé l'aborder : il était à un stade de timidité avancé qui l'empêchait toute approche, tout contact physique de la main et même tout échange de regard. Je l'imagine comme un petit enfant devant des grandes personnes qu'il ne connaitrait pas, baissant la tête et regardant ses pieds à la recherche d'une échappatoire.
Tout s'est accéléré quand Eric a sorti son remède miracle contre sa timidité maladive : l'alcool. Après quelques verres de bière, il se sentait enfin bien, serein, et il a enfin bien vendu toute l'étendu de ses capacités : gentillesse, tendresse, honnêteté, optimisme.
Ils ont fini la nuit chez elle : ses seins étaient magnifiques, "j'aurais aimé que tu puisses les mater", m'a-t-il dit. Ils ont promis de se revoir. J'aime quand les histoires d'amour sont simples, c'est tellement rare. De mon côté, toujours pas de nouvelles de Clara. Je crois bien qu'elle me manque.

dimanche 6 décembre 2009

Samedi 5 Décembre

Je suis sorti sur Paris, y rejoindre Arnaud dans un bar-boite du nuit du XVème arrondissement. L'ambiance était sombre et bobo, le dee-jay enchainait difficilement les titres, son matériel semblait avoir un problème. Arnaud m'a, dès mon arrivée, présenté à une de ses collègues de bureau, une fille avec un fort accent suisse qui m'a rapidement énervé : elle était aussi intéressante qu'un participant de n'importe quelle émission de télé-réalité. Elle parlait d'elle, d'elle, et encore d'elle. Son accent devenait insupportable à mesure qu'elle ouvrait la bouche. J'aime les filles étrangères qui ont une manière spéciale de parler français, à l'exception de l'accent allemand qui me fait bondir. L'accent italien m'amuse, l'accent espagnol me fait vibrer, l'accent américain me rend amoureux, l'accent russe me donne envie de boire, l'accent belge de raconter des blagues, l'accent québécois de me lancer dans de mauvaises imitations, ostie de criss de calice !
Les gens sont moches dans ce bar et les deux pintes de Leffe ingurgités ne les rendent malheureusement pas plus beaux. Je rentre à la maison seul, sans Arnaud, tel Cendrillon aux douze coups de minuit, sans avoir vu une seule fille potentiellement draguable. J'écris pour la première fois depuis notre rencontre un message à Clara. Étonnamment, ce soir, sa présence m'a manquée.

Vendredi 4 décembre

Une journée de merde. Une journée à rester couché. Une journée à rester se blottir sous la couette. Une journée à piétiner son réveil et sa sonnerie stridente. Une journée totalement inutile au travail : si on me demandait de servir le café, au moins, j'aurais l'impression d'être utile, de ne plus être ce vieux livre caché au fin fond d'une étagère dont on a totalement oublié l'existence. Une journée à jalouser la candeur amoureuse d'Eric, à envier son nouveau bonheur et sa manière d'envisager les choses toujours du bon côté. Une journée à espérer que Clara m'écrive, ne serait-ce qu'un simple "tu vas bien ?", pour me dire, qu'au moins, je manque à quelqu'un.
Une journée de merde s'enchaine le plus souvent avec une soirée de merde. Une soirée à attendre que le texto sonne, à chercher un peu de motivation au fond de soit pour sortir dehors, une soirée à boire, à être saoul, à vomir, seul. Une soirée à oublier. Eric et moi avons inversé les rôles : c'est désormais moi qui espère que demain, ce sera bien.

vendredi 4 décembre 2009

Jeudi 3 décembre

Eric me téléphone tous les jours, pour que je le force à ne pas appeler quotidiennement "l'amour de sa vie". Il est déjà tombé amoureux : bientôt, il va lui demander quels prénoms elle souhaite donner à ses futurs enfants. Elle est "trop belle", "trop sympa", "trop drôle", tout est trop avec Alexandra. Eric a retenu la leçon de ses précédents échecs, et a respecté la règle des trois jours avant de lui demander de nouvelles. Trois jours de frustration, dans lequel il s'est forcé à ne pas lui écrire un texto, ne pas lui demander si "Tu vas bien ? J'ai passé une super soirée là dernière fois, on se revoit quand ? :) ". A chaque vibration du téléphone, il sursautait en espérant que ça soit elle, qui lui écrive en premier.
Pour lui donner des montées d'adrénaline, je lui ai envoyé ces derniers jours des textos du type "et non, ce n'est pas Alexandra, peut-être la prochaine fois ?", "Malheureusement non, toujours pas ! Ne perds pas espoir.", "Oui c'est Alexandra, j'ai pris le téléphone de ton ami Stéphane ! Tu vas bien ?". Il a tenu bon, jusqu'à hier soir. Environ 72 heures après leur rencontre, c'est à dire en appliquant à la lettre la règle des trois jours, Eric a écrit à Alexandra et lui a demandé si elle était libre pour boire un verre. Quelques heures plus tard, ils se mettaient d'accord pour vendredi soir à 21h, dans le bar où ils se sont rencontrés.

jeudi 3 décembre 2009

Mercredi 2 Decembre

Clara m'a de nouveau invité à la revoir, mais cette fois-ci, pas chez elle, au cinéma. Elle m'a proposé de voir "Away we go", un film américain que je pensais chiant (en fait non), avec des acteurs inconnus et une absence d'effets spéciaux : quitte à payer dix euros sa place de ciné, autant en prendre plein les yeux et les oreilles dans un block-buster américain, comme celui du moment, "2012". Mais nous étions loin d'être du même avis, alors je l'ai laissé choisir, pour éviter une dispute stupide.
Le héros charme le public par sa tendre maladresse, Clara me serre fort ma main, je ne refuse pas ce contact doux et chaud. Elle me surestime, c'est évident : elle me prend pour un type bien, ou peut-être comme un mec comme les autres qu'elle voudrait modeler, rendre meilleur, une version améliorée de moi, en plus attachant, plus câlin, beaucoup moins distant, et amoureux.
J'ai passé le reste de la séance ma main sur la sienne, à balader mes doigts entre ses phalanges et à les perdre sous sa paume. Même ses mains sont d'une beauté rare. J'aimerais tomber amoureux d'une fille comme elle, mais je n'y arrive pas. J'ai ce raisonnement égoïste, ou altruiste, tout dépend du point de vue, que je ne veux pas souffrir et la faire souffrir.
J'ai finalement été intéressé par le film, qui reflète une vision de l'amour parfaite, tellement sublime qu'elle ne peut qu'exister dans une salle de projection. Et dire que Clara y croit. Là où est son malheur, c'est qu'elle espère le même genre d'histoire, mais avec moi.

Mardi 1er Décembre

Une magnifique fille s'est assise en face de moi dans le métro. La rame est presque vide, un vieux monsieur noir se tient la tête entre les mains, tandis que son voisin, le même en plus jeune, lit la page économie du Monde. La jeune femme observe les stations qui défilent devant ses yeux, les gens qui entrent dans le wagon, ceux qui en sortent, la publicité plaquée au fond du wagon pour apprendre rapidement l'anglais (satisfait ou remboursé, 95% de réussite), la carte des lignes métro sur sa droite, ses chaussures, l'intérieur de son sac, la poignée de la porte, ses ongles, la couverture de son livre de poche, ses textos en attente sur son téléphone. Elle observe tout et tout le monde, sauf moi ! Dans son esprit, je n'existe pas car j'ai l'affront de la mater. Oui, je ne suis pas vraiment discret, et j'aimerais qu'elle me montre, d'un simple regard, qu'elle a remarqué que je suis là, bien vivant. J'ai l'impression d'être un fantôme errant dans le métro, à la recherche d'un peu d'humanité. Plus je la fixe, et plus elle m'évite. Son manteau blanc crème, son léger maquillage et ses cheveux parfaitement coiffées lui donnent une allure d'actrice des années 60, elle est belle et elle le sait.
Dans sa tête, ça ne lui viendrait pas à l'idée de se "rabaisser" et de me donner un peu de bonheur, un peu d'espoir, en ne se forçant plus à m'ignorer : "je le sais déjà que l'on ne joue pas dans la même catégorie, tu n'as pas besoin de me le montrer, pétasse !", pensais-je très fort.
Elle quitte le wagon à toute vitesse, me laissant désormais entièrement seul, avec comme unique compagnon de voyage ma haine envers les filles qui ne seront jamais à mes pieds.