Je suis assis confortablement dans le train qui me mène à Lyon. J'observe la jeune demoiselle assise en face de moi : les yeux d'un bleu clair à rendre la mer fade et quelconque, la veste blanche qui laisse devenir une poitrine abondante, des lèvres pulpeuses à rendre jalouse Angelina Jolie, une moue mi-triste mi-sexy qui lui donne un charme irrésistible. Ce n'est pas le coup de foudre, mais presque. Cette ravissante créature est bien plus belle que toutes les passagères que j'ai pu côtoyer ces dernières années dans les transports en commun : c'est mon jour de chance ! Je suis dans les starting blocks, prêt à lui bondir dessus dès que nos regards se croiseront.
Mais mademoiselle sait qu'elle est belle, et se laisse désirer : on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, doit-elle se dire. Elle m'inspire, j'ai envie de lui écrire un poème mais non, ça serait tellement ridicule, elle me prendrait pour un de ces connards de romantique dont je fais évidemment parti. Alors que dire ? Lui demander l'heure ? Avec une montre déjà au poignet, à éviter. Je ne sais pas quoi faire pour qu'elle me remarque! Je perds toujours mes moyens quand une fille est trop belle pour moi, quand nous ne jouons pas dans la même catégorie : je deviens gnangnan, accro, fleur bleue, amoureux, impulsif, en une phrase, je leur fais peur. C'est la raison pour laquelle que je ne sors qu'avec des filles dont je m'en fous : je foire toujours tout avec les demoiselles qui me plaisent du fond de mon coeur, je prends les choses trop au sérieux et à vouloir bien faire, j'enchaine les mauvais choix.
Ma passagère préférée a mis ses écouteurs, posé sa tête contre son épaule et fermé ses yeux. J'ai trop tergiversé, comme d'habitude. Je cherche dans mon sac mon casque audio, je règle le volume du son de mon iPod, je m'avachis sur mon siège, je contemple chaque trait de son visage, sa petite fossette sur le menton, et je l'avoue, sa poitrine qui se dessine sous son tee-shirt. Nous sommes assis juste à côté mais chacun dans son monde, à des années lumières l'un de l'autre : je l'observe, je pense à Anna, Clara et toutes les autres, et du plus profond de mon âme, je prie pour qu'un jour, je sois enfin heureux en amour.
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