"On se voit ce soir ?"
"Ouais, si tu veux."
"Tu veux venir chez moi pour une fois ?"
"Non, je préfère que tu viennes toi, ça me rassure."
Clara refuse catégoriquement de venir dormir chez moi : elle préfère que ça soit moi qui me déplace, de la banlieue parisienne vers le XIème arrondissement, plutôt que le contraire. Elle m'a avoué qu'elle avait une peur bleue des transports en commun, depuis qu'un voyou lui avait volé son téléphone dans le métro. Son choix, ou plutôt, sa requête, ne me déplait pas, j'y vois même certains avantages : elle vit seule, son appartement possède la tranquillité que ma colocation ne dispose pas. Sa chambre est exceptionnelement bien rangé, bien mieux que la mienne. J'ai peur qu'elle soit une maniaque du ménage, ce que je ne suis absolument pas. Je l'imagine poussant des cris de terreur en découvrant le tas de linge sale posé au milieu de ma chambre, les bouteilles de bière vides trainant autour du lit, seuls souvenirs du dernier passage d'Eric en région parisienne. Au final, dans cette situation, nous sommes tous les deux gagnants : Clara ne se sent pas mal à l'aise le soir dans les transports en commun, et moi, je n'ai pas besoin de nettoyer ma petite pièce de 8m² du sol au plafond trois fois par semaine. Et puis, si elle vient un jour chez moi, je devrais lui expliquer qui sont tous ces gens sur les photos qui tapissent ma chambre, pourquoi je lui ai caché que je savais jouer de la guitare, elle me dirait qu'elle a aussi lu tel ou tel livre, qu'elle est surprise que l'on est les même gouts sur beaucoup de choses. Elle essayerait de me percer à jour, de pénétrer le plus possible dans ma vie privée, alors que je refuse depuis le début que notre relation devienne plus intime que ce qu'elle est déjà.
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