Alors que nous nous baladions Eric et moi dans le vieux Lyon, je suis tombé par hasard sur un magasin hippie bobo fashion-hype-tendance. Je me suis alors dit que c'était l'endroit idéal pour acheter à Sarah un petit cadeau pour me faire pardonner d'avoir cherché à la mater nue, comme si c'était un crime. A l'intérieur, une des clientes était vêtue avec comme couleur dominante, le vert pomme. Et sans mauvais jeu de mots, je n'avais aucune envie d'aller croquer dedans. Là-bas, tout était cher et moche : un bracelet faussement antique était en réalité deux barres en fer tordus et soudés entre elles au misérable prix de 50 euros. Sérieusement, je ne comprends pas pourquoi, quitte à passer tout son argent dans les fringues, ne pas tout dépenser dans des costumes, tailleurs, chemises sur mesure ? Pour le même prix, je préfère avoir la classe.
Finalement, j'ai trouvé un collier bon marché que j'avais honte d'acheter, une tige circulaire avec une sorte de toile d'araignée qui pend maladroitement, mais l'essentiel, c'est que je savais que Sarah l'adorerait. Et ce fut le cas. Je viens à l'instant de lui remettre dans un petit emballage cadeau, et en récitant le monologue que j'avais un petit peu préparé : "Sarah, je suis désolé d'avoir crée ce climat instable à la coloc. Je ne sais plus comment m'excuser, j'aimerais que tout soit comme avant, et même mieux. En fait, on ne se connait pas beaucoup, mais le peu que j'ai pu voir me donne envie de découvrir ce qui se cache un peu plus enfoui en toi. J'aimerais qu'on devienne complices parce que tu as l'air d'être une fille bien. Voilà, j'aimerais, en clair, que l'on ne soit pas seulement des colocataires, mais avant tout de bons amis." J'y ai mis toute mon intensité, j'ai parlé d'une voix douce et sérieuse, posée et émue. Il ne manquait que les violons pour se croire dans un film à l'eau de rose. Sarah ne m'a pas répondu immédiatement, elle a esquissé un sourire, le premier qu'elle m'adressait depuis que nous vivions ensemble. Elle m'a tendu le collier et m'a demandé : "Tu peux me l'accrocher s'il te plait ?". Elle a pivoté de 180 degrés puis posé son dos chaud contre ma poitrine. Comme un démineur tremblant avant de couper le fil rouge plutôt que le fil noir, j'ai difficilement compris comment fonctionner le mécanisme associé au fermoir. Sarah était dans un état de joie assez surprenant : dès que le collier fut installé, elle courut vers la salle de bains pour admirer son nouveau "bijou", puis elle revint tout sourire jusqu'au salon. "Merci", m'a-t-elle dit. J'ai répondu, grand seigneur, "ce n'est rien".
Je me débrouille toujours pour passer pour un gentil avec les filles, quoi que je fasse : je retombe toujours sur mes pattes, quelque soit la situation dans lequel je me mets. Je peux les tromper, les prendre pour des connes, me laisser désirer pour finalement refuser, me faire surprendre en train de mater, j'arrive encore à me faire pardonner, voire aimer. Tant mieux.
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