Cette semaine, dans la section, nous étions tous invités à passer un tête à tête avec le nouveau chef, Cédric. La direction lui a imposé de faire le ménage et d'éliminer les maillons faibles, ceux qui coutent plus cher que ceux qu'ils rapportent à la boite. J'avais conscience que je faisais partie de ce groupe de rebelles, mais je ne me sentais pas menacé, car j'avais encore en mémoire la conversion franche avec Cédric d'il y a quelques semaines. Ce matin à 11h, ce fut mon tour. J'appréhendais tout de même un peu la conversation, il m'impressionnait par son charisme. Il a entamé les hostilités à l'instant où j'ai posé mes fesses sur le siège en face de son bureau.
"Ecoute Stéphane, je vais être honnête avec toi. Comme tu le dois savoir, mes supérieurs m'ont clairement fait comprendre que je devais licencier les mecs inutiles de la section. Et pour ne rien te cacher, tu es actuellement un des mecs qui sert le plus à rien dans cette entreprise, si l'on se confère uniquement à ce que tu as rapporté en terme de ventes."
Evidemment, cela ne m'a pas étonné une seule seconde. "Je suis au courant."
"Pourtant, je n'ai pas envie de te virer." Il se lève de son bureau, et cherche du regard une personne dans l'open space, à travers la grande vitre qui sépare son bureau du reste de la pièce. Il me montre du doigt un de mes supérieurs à qui je n'ai jamais adressé la parole. "Tu vois le gros là-bas ? Le gars, qui, en observant sa chemise, tu peux deviner ce qu'il a mangé au petit-déjeuner et à midi ?"
"Oui je le vois."
"Ce gars, c'était le vice-je sais pas trop quoi du temps de votre ancien patron. Pour faire simple, c'est le mec qui doit m'accompagner à toutes les réunions inter-sections ! Non mais, tu m'imagines parler de notre travail, faire le bilan mensuel assisté d'un mec pareil ? Je ne serai vraiment pas crédible !" Il marque une pause, et me pose la question : "Je ne serai pas crédible, hein ?"
"Je ne crois pas non."
"Tu veux le poste ?"
Je ne m'attendais pas à ce revirement de situation, je restais sans voix.
"Ecoute, Stéphane, tu la veux cette promotion ? Je vais le virer de toute façon le gros, il ira bouffer à McDonald's toute la journée comme ça. Soit tu dis oui, tu gardes ton job et tu viens juste avec moi quand il le faut, à des réunions qui servent à rien. Ce n'est pas bien dur, j'ai juste besoin d'un mec qui ait un peu de style quand je représente la section. Ton salaire sera augmenté, t'auras un grade à la con en plus. Ou alors, si tu refuses mon offre, je te vire, je n'aurais plus aucune raison de te garder. C'est toi qui choisit."
J'ai réfléchi en fermant les yeux, en imaginant les bons côtés comme les mauvais de ma future décision. La première question qui me vint à l'esprit fut : "Augmenter, mais de combien ?"
Il me répondit instantanément : "bien plus que ce que tu peux imaginer".
J'aurais peut-être dû réfléchir. Il m'a tendu sa main, je l'ai saisi. Le deal était conclu.
samedi 12 décembre 2009
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