Une magnifique fille s'est assise en face de moi dans le métro. La rame est presque vide, un vieux monsieur noir se tient la tête entre les mains, tandis que son voisin, le même en plus jeune, lit la page économie du Monde. La jeune femme observe les stations qui défilent devant ses yeux, les gens qui entrent dans le wagon, ceux qui en sortent, la publicité plaquée au fond du wagon pour apprendre rapidement l'anglais (satisfait ou remboursé, 95% de réussite), la carte des lignes métro sur sa droite, ses chaussures, l'intérieur de son sac, la poignée de la porte, ses ongles, la couverture de son livre de poche, ses textos en attente sur son téléphone. Elle observe tout et tout le monde, sauf moi ! Dans son esprit, je n'existe pas car j'ai l'affront de la mater. Oui, je ne suis pas vraiment discret, et j'aimerais qu'elle me montre, d'un simple regard, qu'elle a remarqué que je suis là, bien vivant. J'ai l'impression d'être un fantôme errant dans le métro, à la recherche d'un peu d'humanité. Plus je la fixe, et plus elle m'évite. Son manteau blanc crème, son léger maquillage et ses cheveux parfaitement coiffées lui donnent une allure d'actrice des années 60, elle est belle et elle le sait.
Dans sa tête, ça ne lui viendrait pas à l'idée de se "rabaisser" et de me donner un peu de bonheur, un peu d'espoir, en ne se forçant plus à m'ignorer : "je le sais déjà que l'on ne joue pas dans la même catégorie, tu n'as pas besoin de me le montrer, pétasse !", pensais-je très fort.
Elle quitte le wagon à toute vitesse, me laissant désormais entièrement seul, avec comme unique compagnon de voyage ma haine envers les filles qui ne seront jamais à mes pieds.
jeudi 3 décembre 2009
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