Les congés, la neige, la grippe saisonnière et d'autres maladies terribles (rhume, mal de tête), l'envie d'un week-end prolongée. Voici surement les raisons pour lesquelles je suis seul dans l'open space. Enfin, pas vraiment seul : un peu plus loin à ma gauche, le vieux garçon de la section, gros, la trentaine, cheveux gras et queue de cheval, est concentré devant son ordinateur. Il porte un pull immonde bleu à rayures blanches tout bouloché, que sa mère a du tricoter par amour pour lui. A ce point là, on ne peut pas se plaindre d'être célibataire, tellement ce type est à première vue repoussant. Comment a-t-il pu se faire embaucher, avec un tel accoutrement ? Ou alors, il a un costume qu'il ne sort que pour les entretiens, peut-être qu'il s'habille, ou pire, se lave quand l'enjeu le vaut ? Je ne sais pas, je ne comprends pas ce genre de personnes qui n'accordent pas une seconde de leur temps à leur apparence.
Quelques mètres derrière moi, un de mes supérieurs est aussi présent, bien assis derrière son bureau. Il a une tête de gentil malgré le haut de son crane qui se dégarnit. Quand nous nous voyons pour discuter de mon travail, il me parle à un débit très rapide, il dit toujours que je fais du "bon boulot" même si ce n'est pas le cas, et que je "continue comme ça", il ne s'énerve et ne me contredit jamais : le rêve de tout employé, en quelque sorte. Dommage qu'il soit autant stressé et hyper-actif, ses mains sont en permanence en train de trembler, il est plein de tics qu'il ne peut contrôler, et ça le rend un peu étrange : soit c'est un drogué du café fort, soit il carbure tous les matins à la cocaïne. J'aimerais que ça soit la seconde raison.
Je me sens seul au milieu de mes deux collègues, seul dans ce grand open-space, un peu perdu. Déjà que, d'habitude, je ne me sens aussi utile qu'une dame pipi, aujourd'hui, je n'ai même plus l'impression d'encore exister.
samedi 19 décembre 2009
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