samedi 23 janvier 2010

Jeudi 21 Janvier

C'est une évidence, mon travail ne me plait plus depuis bien longtemps : Je ne prends aucun plaisir à travailler dans cette entreprise, je m'y ennuie à un point. Je n'y ai aucun vrai ami, je n'ai pas d'attache, personne avec qui discuter sur autre chose que les résultats mensuels de vente. Lorsque je serai parti d'ici, j'imagine ne plus jamais revoir un seul des visages de mes collègues de bureau.
Depuis que Cédric s'est installé dans notre secteur, l'ambiance est devenue lourde, pesante. Son aura nous écrase, son cynisme nous fait peur. Je me suis lancé dans la recherche d'un nouvel emploi, et ainsi fuir cet univers malsain qui me bouffe de l'intérieur. J'ai posé mon CV sur des sites internet spécialisés dans le recrutement, et c'est fou le nombre d'entreprises qui sont intéressés par mon profil de glandeur.
Cette après-midi, je suis parti du travail à 14 heures sans avoir pris ma demi-journée de congés. J'avais un entretien, à la défense : l'offre était intéressante, la rémunération proposée importante. Dans ces quartiers, pas de faute de style, tout le monde est en costume, les commerciaux comme les ingénieurs en informatique.
Je suis arrivé avec un quart d'heure de retard, je me suis perdu dans ce dédale de gratte-ciels. Un homme, la quarantaine, les cheveux grisonnants, vêtu d'un costume trois pièces probablement sur mesure, est venu m'accueillir et m'a invité immédiatement à le suivre dans une petite salle de réunion, au douzième étage de la tour. Il m'a posé beaucoup de questions, sur mon parcours, mes études, mon job actuel, le salaire que j'espérais. Il me demanda ensuite "quel était mon rôle dans l'entreprise qui m'embauche". Potiche de luxe ? Je lui ai joué du pipeau sur trois octaves, j'ai inventé la belle histoire de Stéphane le commercial, qui réalise ses objectifs de vente et impressionne son boss. Un entretien, c'est du flirt, de la drague : l'interlocuteur doit penser que je suis un excellent parti, le gendre idéal que les jeunes femmes aimeraient présenter à sa famille. Je suis souvent très bon dans ce rôle.
Le cadre me questionnait encore : "Et pourquoi vous souhaitez partir de votre entreprise ?".
"Chez eux, je stagne professionnellement, j'ai envie d'évoluer, d'avoir plus de responsabilités." En même temps, c'est difficile de faire pire.
La suite de l'entretien a été en anglais, j'ai plutôt assuré. Il avait l'air content de mes capacités en langue étrangère, il m'a remercié d'être venu puis nous nous sommes serrés la main et il m'a raccompagné jusqu'au hall d'entrée. Mon peut-être futur supérieur me confia dans l'ascenseur qu'il était intéressé par ma candidature, mais qu'il attendait de voir les autres prétendants, avant de proposer le job à l'un d'entre nous. J'espère les avoir convaincus, lui et tous les autres recruteurs que j'ai rencontré ces jours-ci, de "ma motivation à rejoindre une entreprise sérieuse, moderne et dynamique" (selon les propos hypocrites formulés dans ma lettre de motivation). Qui vivra verra !

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