dimanche 17 janvier 2010

Samedi 16 Janvier

Je m'étais déjà fait dragué en boite de nuit, il y a quelques années, par une jolie fille brune, fine, piercée à l'arcade gauche, au regard dévastateur. Je m'étais déjà fait draguer dans le train, par une autre brune, moins sexy, plus sérieuse, plus intéressante, moins coquine. Je m'étais déjà fait draguer au camping par une blonde un peu rondelette, qui m'avait demandé timidement si elle pouvait m'embrasser. Je m'étais déjà fait draguer à un concert, en soirée déguisée, dans un bar par une fille bourrée aux moeurs légères, à une fête étudiante par une future infirmière. Bref je n'ai pas à me plaindre, je ne remercierai jamais assez la nature de ne pas m'avoir donner un physique difficile. Pour autant, je ne m'étais jamais fait aborder dans un métro. Et c'est, depuis aujourd'hui, chose faite !
J'ai donc passé une très bonne journée avec Aline, à me promener dans les rues parisiennes, mais il était temps de rentrer, de retrouver mon antre. J'étais donc tranquillement assis, presque assoupi, sur un des sièges centraux de mon métro. A ma gauche, la place était vacante : une fille, que je n'avais absolument pas remarqué auparavant, s'y assoit, se cogne contre mon épaule, et s'excuse d'une manière, comment dire, très coquine : le "pardon, excusez moi" qui est sorti de sa bouche était tellement langoureux qu'on aurait pu lui reprocher de sur-jouer. Ses yeux ardents me fixaient implacablement, c'était déroutant : elle avait l'air plutôt jolie, sous son gros manteau turquoise, sa coupe au carrée et ses bas noirs la rendaient sexy. C'est elle qui a entamé la conversation par une avalanche de lieux communs : "il y a beaucoup de monde dans le métro, il va falloir se lever, qu'est ce qu'il y a comme monde !", etc. Je ne lui tendais aucune perche, je pensais à Aline, un petit peu, et je voulais, pour une fois, tout faire pour que mon histoire fonctionne : je venais de passer une formidable journée en sa compagnie. Ma voisine insistait lourdement pour qu'on fasse la discussion, et par courtoisie, je lui répondais. Elle m'a demandé, entre autre, comment je m'appelais, si j'aimais Paris et ses alentours, et ce que je pensais de l'accompagner à une soirée qui se déroulait chez un de ses amis.
J'ai refusé chacune de ses avances, elle était visiblement déçue. Alors, pour rectifier le tir, j'ai agi de manière stupide : par galanterie, par gentillesse, pour le beau geste ou par respect, tout dépend du point de vue, je lui ai demandé son numéro de téléphone, qu'elle a immédiatement noté sur son ticket de métro. Elle m'a tendu le petit bout de papier, m'a souri, et m'a fortement encouragé à l'appeler. Je tenais son numéro entre mes doigts, accompagné d'un cœur rapidement dessiné et d'un prénom, Marie, mais ne sachant pas quoi en faire : le jeter, dès que je m'éloignerai d'elle dans la poubelle la plus proche, et ainsi éviter encore une fois des complications ? Ou le garder, par sécurité, au cas où ma relation avec Aline tourne au vinaigre ? J'ai opté pour la seconde solution. Je sais, je suis faible.

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