dimanche 31 janvier 2010

Jeudi 28 Janvier

Je me devais d'être présent ce matin au travail, Cédric voulait me voir en tête à tête, pour, j'imagine, me passer un savon. Rappel des faits : lundi dernier, je n'avais absolument pas été attentif durant une de ces stupides réunions, et mon impatience et ma lassitude l'avaient particulièrement exaspéré. La veille, j'avais perdu la confiance de ma petite amie et je n'en avais pas dormi de la nuit. j'étais exténué, je n'avais plus dormi depuis plus de 24 heures : mes paupières étaient lourdes, ma bouche pâteuse, mon crane me faisait un mal de chien, des cernes, épais de plusieurs centimètres se dessinaient le long de mes yeux. J'aurais préféré rester dormir chez moi, mais il m'était impossible d'annuler le rendez-vous malgré mon extrême fatigue. Je suis arrivé un peu en retard dans son bureau, je m'en suis excusé.
Cédric me dévisagea immédiatement : "Stéphane, t'as une mine affreuse. Tu devrais arrêter de picoler, ça commence à se voir !". Il a commencé par entamer les hostilités, ce n'était vraiment pas le moment : la vengeance d'Aline avait encore laissé une marque au fer rouge sur mon corps, je ressentais toujours cette brulure vivace, qui n'était pas prête de s'estomper.
"Je suis désolé d'être fatigué", dis-je, "mais cela n'a rien à voir la drogue ou l'alcool. C'est juste que ... j'ai mal dormi, voilà tout".
Il me répondit d'un ton sec et menaçant : "Je m'en fous de tes histoires, de ta vie en dehors du boulot. Moi ce que je veux, c'est que tu sois au top ici ! Lundi, quand tu m'as accompagné au bilan, tu m'as foutu la honte à bailler, tout le monde t'a vu, comment je peux être crédible après ? Je ne veux plus jamais que cela se reproduise, d'accord ?"
Il m'intimidait physiquement, en me poussant du bout du doigt. Son objectif était clair : je devais me taire, rentrer dans le rang, et rester son assistant personnel qui n'avait pas le droit à la parole, ce que j'avais pris l'habitude d'être depuis quelques semaines. J'ai cette image de gendre idéal, qui sourit et plaisante, qui ne fait pas de vagues et qui sait se faire apprécier en toutes circonstances. En apparence, j'ai l'air d'un mec bien. En apparence. Je ne suis pas impulsif : je suis un fervent partisan de la politique de l'autruche, je sais parfaitement me faire oublier. Mais, ce matin, revirement de situation : Les pleurs d'Aline, sa main qui me repousse, ses yeux qui m'évitent, tous ces douloureux souvenirs qui virevoltaient dans mon esprit depuis plusieurs heures avaient exacerbé ma sensibilité. Je n'ai pas su me contenir, je me suis rebellé et j'ai balancé à mon chef tout ce que j'avais sur le coeur. "J'en ai marre de ce boulot de merde, je me sens creux, vide, inexistant. Je ne fais rien de mes journées, je ne suis là que pour des raisons purement esthétiques, et cela me pose problème."
"Et alors ?" m'a-t-il répondu, "il en faut bien des gens comme toi ! Tu étais mauvais quand tu faisais ce pour quoi tu avais été embauché, je t'ai recyclé dans un autre poste, plus dans tes capacités."
J'étais vexé d'être pris pour un incapable : "Mes capacités, c'est de me taire et de sourire ? Mais, bordel, je suis pas une potiche qui se dandine au salon de l'auto ! J'ai fait des études, je suis capable d'exercer le métier auquel j'ai été formé !".
Il exprima le fond de sa pensée d'un air totalement méprisant : "J'ai vu tes résultats avant que j'intervienne, tu étais vraiment minable, incapable. Crois moi, c'était la meilleure chose que j'avais à te proposer."
Les voix se sont élevées, je me suis plaint de ma situation, il s'en fichait éperdument. Je ne l'avais jamais trouvé aussi arrogant et cynique que lors de cette altercation : il n'attendait qu'une seule chose, que je fasse l'erreur de demander ma démission. Je l'ai faite. Il m'a demandé de confirmer mes dires par écrit avant demain soir et m'a proposé de quitter l'entreprise dès la semaine prochaine. J'ai acquiescé sur-le-champ.

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