mercredi 6 janvier 2010

Dimanche 3 Janvier

Sara boit sa bière à la paille, a les plus beaux yeux du monde quand elle me regarde parler, est encore plus belle les cheveux détachés. Nous sommes tous les deux dans un bar de Rennes, elle a accepté de me voir le jour même. Sara fixe les règles du jeu, elle ne veut pas aller trop vite, elle me dit qu'elle veut prendre du temps avant de s'attacher, qu'elle me trouve intéressant mais qu'elle mettra du temps à avoir des sentiments. Au premier abord, elle m'a fait un peu peur, en posant cartes sur table dès notre seconde rencontre. Je m'inquiète de son sérieux pour les relations amoureuses, de cette quête de l'homme parfait : je ne suis pas à un rendez-vous galant, mais à un entretien d'embauche. Sara me pose des questions sur tout et n'importe quoi, sur mon nombre d'ex petites amis, ma couleur préférée, ce que je pense du chocolat blanc, du football, quel est mon film préféré, quel alcool me rend malade, si j'aime voyager, chanter sous la douche, les légumes, le théâtre, les dessins-animés.
Avec le recul, je me dis que ce n'est pas si bête d'en apprendre le plus rapidement sur son futur petit ami, et cela le plus tôt possible: la chute, si elle arrive, est de moins haut, on sait dès le début à quoi s'attendre. Même constat avec les sites de rencontres en ligne, où l'on découvre en deux clics les passions, l'âge et le physique, avec plus ou moins de précisions, de nos possibles partenaires. La drague moderne est devenu la même chose qu'acheter ses commissions : on se retrouve face à un vaste choix, et l'on choisit en fonction de critères financiers, du goût, de l'apparence et de notre expérience accumulée. Je ne lui ai demandé qu'une seule chose pendant notre face à face : "Et toi, est-ce que tu crois à l'amour ?".
Je l'ai raccompagné jusqu'à chez elle, elle me dit, avec son accent dont je ne me lasserai jamais, ces mots : "Stéphane, tu me plais.". On s'est embrassé quelques minutes et elle m'a laissé sur le perron de son immeuble. Elle m'a fait comprendre, à sa manière, qu'une fille comme elle, se mérite. A mon tour de me poser une question : "Vas-tu avoir la motivation suffisante pour te lancer dans une relation qui va prendre du temps, avec une fille que tu connais finalement peu, et qui habite à plus de trois heures de train de chez toi ?". Honnêtement, non. Dommage, parce que moi aussi, elle me plaisait bien.

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